Danse
Tajwal : Alexandre Paulikevitch ouvre le Printemps de la Danse arabe avec puissance et majesté

Tajwal : Alexandre Paulikevitch ouvre le Printemps de la Danse arabe avec puissance et majesté

20 avril 2018 | PAR Claudia Lebon

Le danseur libanais Alexandre Paulikevitch inaugure le Printemps de la danse arabe avec un solo majestueux qui vous envoûte et vous ébranle.

A l’initiative de l’Institut du monde arabe, Paris accueille un nouveau festival. Le Théâtre de Chaillot, l’Atelier de Paris, le Centre National de la danse et le CENTQUATRE s’associent à l’établissement pour célébrer la danse arabe autour de spectacles, tables rondes et projections cinématographiques. La soirée de lancement, qui s’est tenue ce mercredi 18 avril, annonce avec brio les couleurs d’un événement très prometteur.

Et c’est Alexandre Paulikevitch qui honore cette ouverture. Icône du baladi, cette danse orientale appelée avec erreur « danse du ventre », l’artiste libanais investit la scène de l’Institut du monde arabe avec puissance et majesté.

Son spectacle est précédé d’une projection d’extraits de comédies musicales égyptiennes où exalte la féminité sensuelle et grâcieuse des danseuses de baladi. Soudain, sensualité et grâce apparaissent sur scène. Chevelure bouclée en cascade, œil cerné de khôl, cambrure vertigineuse, démarche chaloupée. Ce corps nu d’homme perché sur des talons aiguilles nous intrigue, nous fascine, nous séduit. Une image qui bouscule les codes sociaux et déconstruit les perceptions du genre.

Ce corps qui dérange, Alexandre Paulikevitch va l’orner, le mettre en lumière, l’affirmer. Il l’habille de couleurs vives et nobles, rouge sang et or. Dans cette tenue traditionnelle des danseuses de baladi, l’artiste resplendit de beauté.

Il n’aura pas ce large sourire d’allégresse qu’arborent les danseuses des extraits précédents. Le visage est grave, le regard perçant, mais une volonté furieuse de vivre anime tout son être. Etre un homme homosexuel au Liban. Comment s’affirmer dans une société patriarcale qui sacralise les normes sociales ? Par la danse. En s’appropriant le baladi, traditionnellement réservé aux femmes, Alexandre Paulikevitch questionne « le genre et le sens politique du corps en représentation ». Nul ne pourra remettre en cause le succès de cette appropriation. Quelle performance ! Et quelle beauté ! Formé aux côtés de Leila Haddad, qui enseigne la danse orientale et les danses d’Afrique du Nord à Paris, et diplômé en danse et en théâtre de l’Université Paris VIII, Alexandre Paulikevitch est le seul homme du Liban et du Proche-Orient à pratiquer le baladi, une danse millénaire qui prend source en Egypte.

Sur une bande son qui laisse entendre toutes les insultes proférées à son égard dans l’espace urbain, l’artiste libanais danse la violence de sa condition. Il danse au son du mépris, de l’hostilité, de la cruauté, du jugement social. « Pédale » « fiote » « Inshallah, que tu meures ! » n’entameront pas ses mouvements mais au contraire, les nourriront. Le danseur laisse éclater sa fureur de vivre, sa soif d’expression. Les rythmes du baladi se font entendre dans une musique électrique angoissante où résonnent des bruits mécaniques d’outils qui martèlent, perçent, mutilent ce corps qui ne renonce jamais. Si l’on attend une libération, la suite dessine une toute autre progression. Peu à peu, le danseur est amputé de ses membres : d’abord un bras, puis l’autre puis les jambes. Ici, pas d’utopie, pas de fin heureuse et complaisante. Alexandre Paulikevitch nous donne à voir la réalité crue et aride d’une vie de combat. Mais l’espoir reste présent car le corps persiste à se mouvoir, faisant preuve d’une résilience inébranlable.

« Ce qui semblait au départ un handicap s’est petit à petit transformé en un processus de création », nous dit l’artiste. Alexandre Paulikevitch nous donne une magnifique leçon artistique en transformant la violence d’une vie en pure beauté.

Le Printemps de la danse arabe se poursuit jusqu’au 23 juin. Le prochain spectacle se jouera le samedi 21 avril, toujours à l’IMA. Saïdo Lelouh et la compagnie Black sheep mettent en avant la poésie du bboying, un style fondateur de la danse hip-hop.

Retrouvez le programme du festival ici

Visuels © Caroline Tabet

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Claudia Lebon

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