Danse
Solo et trio pour Jean-Claude Gallotta

Solo et trio pour Jean-Claude Gallotta

19 avril 2011 | PAR Alienor de Foucaud

Á l’affiche du Théâtre des Abbesses pendant une semaine, Jean-Claude Gallotta reprend son légendaire Daphnis é Chloé, auquel il ajoute un solo inédit en guise de prologue, dont le titre sonne comme une injonction : Faut qu’je danse ! Entre souvenirs et nostalgie, toujours le corps à l’ouvrage trente ans plus tard, le chorégraphe continue de nous surprendre.

 

Á l’occasion de ses retrouvailles avec le Théâtre de la Ville, Jean-Claude Gallotta crée un solo en prélude à Daphnis é Chloé, une sorte de « Je me souviens » chorégraphique dans lequel il raconte la genèse de sa pièce entremêlée d’anecdotes et de quelques pas de danse. Pas de musique, seulement quelques sons, un décor inexistant, un jean et un tee-shirt noir, Gallotta est dans la sobriété. Sa seule nécessité, c’est de danser. Car il danse comme il est, sans artifices, sans chercher à reproduire un idéal ni à faire illusion. Sa drôle de dégaine fait sourire, ses mimiques et ses grimaces. Sorte de pantomime légère entrecoupée de « faut qu’je danse », leitmotiv sonnant comme une impulsion, et de réminiscences.

Gallotta rend hommage par sa parole et sa gestuelle à la danse des Ballets Russes, mais aussi à la danse qui entremêle le classique et le moderne, l’or et le feu, le désordre et le furtif. Il rend hommage à ces dames âgées de la maison de retraite de Grenoble qui chantèrent dans le chœur lors de la représentation de Daphnis é Chloé au Festival d’Avignon en 1982, dans le Cloître des Célestins. Il rend hommage à Mathilde Altaraz avec qui il fonda le groupe Émile-Dubois et à Henry Torgue dont les notes de piano vibrent encore dans son âme. Mais que le public ne s’y trompe pas, Gallotta ne fait pas un adieu à la scène, sa danse est toujours là, continuant de vivre par la transmission et la filiation.

Daphnis é Chloé se construit dans une double approche. Celle d’une part de prendre en charge la modernité apportée dans les années 80 par les Merce Cunningham, Trisha Brown et autres, et celle d’autre part de rester fidèle aux racines de la danse, de Nijinski et Diaghilev. Réduit à trois danseurs, le ballet est ramené à son essentiel, Daphnis, Chloé et le dieu Pan. Sur scène, Francesca Ziviani surprend par sa beauté sauvage, son allure et son énergie. Les deux hommes qui l’accompagnent, formant duos puis trios, sont aussi vifs qu’impétueux, Nicolas Diguet et Sébastien Ledig ont une prestance de taille. L’incroyable liberté d’expression de ces trois danseurs, le fascinant abandon dans lequel ils livrent leurs corps et leur danse font de cette chorégraphie une pièce maîtresse de la création contemporaine. Tant physique et endurante que langoureuse et sensuelle. Tout y est.

Comment comprendre le spectacle vivant ? Comment le vivre avec toutes ses contradictions ? Il faut voir et revoir la danse qui s’inscrit dans les méandres de la connaissance, il faut se souvenir, scande Jean-Claude Gallotta. La danse est un art éphémère, c’est une forme d’écriture qui a peu de possibilités d’exister comme répertoire. En continuant de « faire vivre » ses pièces, trente ans plus tard, avec le même engouement et la même passion du travail, Jean-Claude Gallotta défie le temps et lui répond avec ironie : « Faut qu’je danse ! »

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Alienor de Foucaud

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