Danse

Nora Chipaumire enflamme Paris

Nora Chipaumire enflamme Paris

21 décembre 2018 | PAR Bénédicte Gattère

Nora Chipaumire, personnage incontournable de la scène new-yorkaise se produisait cette semaine au  Théâtre de la Cité internationale. Sa venue à Paris dans le cadre du programme New settings de la Fondation Hermès était un événement auquel nous avons eu la chance d’assister. 

Nora Chipaumire : s’il n’était pas encore pas encore parvenu à vos oreilles, retenez ce nom, car il est de ceux qui comptent. Nora Chipaumire est l’incarnation même d’une certaine flamboyance qui irradie au-delà de la scène. Nora Chipaumire est chorégraphe, performeuse, chanteuse, danseuse mais aussi un modèle pour beaucoup. Artiste queer et engagée dans tout son travail pour l’émancipation du corps noir, celle qui voulait rendre hommage à Grace Jones dans le second volet de son travail sur la pop culture dépasse l’hommage pour raconter sa propre histoire. Celle d’une battante, d’une femme libre, dont l’énergie enflamme les cœurs et marque les esprits.

100 % Pop est un spectacle-performance qui invite à abolir la frontière entre spectateurs et performeurs, entre regardeurs et observés. Les spectateurs sont invités à pénétrer par le jardin dans la petite salle de la Cité internationale, à l’ambiance underground. Au milieu, deux tables de mixage installées sur des chaises empilées les unes sur les autres donnent un aspect complètement Do It Yourself à l’espace ; Nora Chipaumire, son danseur Shamar Watt et la DJ Atiyyah Khan semblent encore dans les préparatifs ; nous faisons cercle. L’ambiance est d’emblée détendue, certains s’assoient, d’autres choisissent de rester debout… Quelque chose dans l’air annonce déjà que nous n’aurons pas forcément envie de rester statiques. Parmi les personnes présentes, au moins deux groupes scolaires sont venus accompagnés de leurs professeure.e.s, – si ce détail est ici mentionné, c’est qu’il a son importance, les propositions de la chorégraphe zimbabwéenne s’élaborant littéralement avec le public. Et si Nora Chipaumire impressionne par sa gestuelle guerrière, de même que Shamar Yatt, et s’impose très vite comme maîtresse du jeu, son énergie communicative donne tout simplement envie de venir la rejoindre.

L’atmosphère de 100 % Pop est celle d’une « party » géante, d’une soirée en boîte où tout le monde peut entrer. Et du cercle commence à sortir un jeune vogueur, puis deux. Ils rejoignent Nora Chipaumire et Shamar Watt, ruisselant, entre Djying et danse sensuelle, guerrière et comique, se jouant des clichés qui collent aux peaux noires. Tous deux nous prouvent qu’un plateau peut bien être le lieu de véritables petits miracles. Les deux performeurs, loin d’être déroutés, mais heureux de ce qui est en train de se passer répondent par leurs gestes aux improvisations. La salle s’électrise. Une jeune lycéenne vient faire un solo, puis une autre lycéenne, puis trois, puis quatre. Le plateau sera peu à peu envahi par les groupes de jeunes, après avoir été un lieu de battles, dans la pure tradition du voguing, – danse urbaine qui a vu le jour à New York à la fin des années dans les milieux gays afros et latinos.  

De l’icône pop des années 80 Grace Jones à aujourd’hui, Nora Chipaumire marque elle-même le jalon d’une émancipation des figures noires et « powerful ». Plus encore, ce qui force l’admiration, c’est qu’elle parvient non pas à créer seulement les conditions de sa propre émancipation, mais celle de tous et toutes. Son personnage de scène, ainsi que celui incarné par Shamar Watt, – au corps musclé, viril et éminemment sensuel, habillé d’un tutu blanc de papier –, ouvre une voie de libération de soi, tout en assumant des revendications purement politiques de reconnaissance et de visibilité des minorités. Cette joie que l’on ressent au sortir de 100 % Pop, c’est celle d’avoir vécu un vrai moment d’intensité, où chacun.e a pu se reconnecter avec sa propre puissance de se mouvoir, d’agir dans l’espace public et de crier sa fierté et sa joie d’exister. Remarquable antidote contre toute forme de morosité. L’éclat de cette soirée passée en compagnie de la chorégraphe brille encore dans les yeux de chacun.e. Nous nous quittons en ordre dispersé, sur les « We’re born free » et « It is the revolution in Paris » scandés par Nora Chipaumire. Avec elle, réellement, « Paris is burning » ! Et ce slogan des années 90 « We’re here! We’re queer! Get used to it! », la chorégraphe récompensée de trois Bessie Awards semble parfaitement l’incarner.  

Visuels : ©Antoine Tempé

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Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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