Théâtre

«  Mais n’te promène donc pas toute nue » de Feydeau : un vaudeville à la mise en scène heureusement facétieuse

« Mais n’te promène donc pas toute nue » de Feydeau : un vaudeville à la mise en scène heureusement facétieuse

21 décembre 2018 | PAR Jean Emmanuel P.

Pièce en un acte de Georges Feydeau, « Mais n’te promène donc pas toute nue », est actuellement à l’affiche de la Comédie de Picardie (Amiens), avant une tournée en cours de programmation. Jouée pour la première fois en 1911, la pièce est cette fois transposée en 68, où la mise en scène de Charly Marty se joue des codes et des temporalités.

Dès l’installation des spectateurs dans la salle, deux protagonistes portent une énigmatique banderole, où il est indiqué « Si vous n’aimez pas Feydeau, soyez bien sûrs qu’il ne vous aime pas non plus ». S’agit-il d’une prise de parole en période troublée ? Non pas vraiment, cela fait partie du spectacle bien évidemment, ce qui tranche avec l’idée qu’on se fait d’une pièce de Feydeau. La référence aux évènements de 68, dont on a fêté cette année les 50 ans, se fait donc immédiatement explicite, renforcée par la chanson diffusée en voix off de Arnaud Florent-Didier, « Mémé 68 » (dis mémé comment c’était, comment c’était mémé, 68… souviens toi… l’occupation c’était quoi).

La pièce « Mais n’te promène donc pas toute nue » se déroule d’abord dans un appartement bourgeois, chez le député Ventroux qui s’apprête à recevoir dans son salon un adversaire politique. M.Ventroux demande alors à sa femme Clarisse de cesser de se promener en tenue légère comme à son habitude. Cette dernière ne s’exécutera pas et restera en petite tenue pendant toute la pièce, affirmant ainsi son désir revendiqué de liberté et d’émancipation, un autre clin d’oeil à mai 68. Il est aussi question de De Gaulle et de Pompidou, ce dernier étant censé observer ce qui se passe dans l’appartement, au grand dam du député Ventroux.

En maître du vaudeville et en digne successeur de Labiche, Feydeau enchaine  les scènes de dispute entre les époux, où Hochepaix (le visiteur) et Victor (le valet) tentent d’arbitrer – bien malgré eux – leurs différends. Les adeptes des soirées de « au théâtre ce soir » (émission de télévision mythique des années 70) et des pièces de Boulevard y trouveront leur compte, et plus encore, car l’humour potache est parfois porté à son comble. Le chroniqueur se gardera à ce stade d’en raconter les séquences saillantes. Participant aussi au rire général, on serait quand même rester sur notre faim, si le spectacle en était resté là, sur le simple registre du vaudeville.

Mais une « deuxième pièce », inattendue, explosive et déjantée s’engage alors, poussant le spectateur à se questionner sur ce changement total de perspective. Le décor explose littéralement, se transforme en scène animée de mai 68, avec les mêmes personnages se mettant littéralement à nu, faisant exploser les codes et les symboles, avec en off la voix d’une témoin (la grand-mère du metteur en scène), le tout se terminant sur une chanson interprétée par tous les comédiens vantant la libération sexuelle. Il est probable que les deux parties de la pièce ne plairont pas forcément à tout le monde, mais leur juxtaposition renforce le questionnement sur notre époque, amenant même à s’interroger sur l’héritage de mai 68, à savoir : que reste-t-il – 50 ans après – de l’explosion des codes et de la révolution des mœurs ?

Au total, la pièce « Mais n’te promène donc pas toute nue » évite le piège des clichés, affirme une belle énergie notamment du personnage féminin, et offre une mise en scène au final explosif.

 

Distribution : mise en scène Charly Marty, avec Mathieu Barché, Yannick Landrein, Camille Roy, Charles Antoine Sanchez, et Simon Vincent

Dates : les 14, 15, 16, 18, 19 et 20 décembre 2018, à la Comédie de Picardie.

Photo : le rédacteur

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