Danse
Métropole, la danse de combat de Volmir Cordeiro

Métropole, la danse de combat de Volmir Cordeiro

24 novembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce si grand danseur est artiste associé à La Briqueterie (CDCN du Val-de-Marne), et c’est donc naturellement qu’il y présentait hier sa nouvelle création, Métropole, dans le cadre du Portrait Lia Rodrigues du Festival d’Automne. 

Vous le savez, Lia Rodrigues a offert son portrait à d’autres artistes brésiliens, danseurs et chorégraphes. C’est le cas de Volmir Cordeiro qui a souvent travaillé avec elle, notamment pendant l’un des confinements, à distance pour le puissant Outrar. Pour Métropole, Volmir veut monter sur le ring pour se battre avec Bolsonaro, pour le faire dégager dans une danse de sorcier. 

Métropole est un duo. Un ring dans un ring. Au centre de cet espace carré se trouve le batteur Philippe Foch qui va taper fort et tout du long sur ses différentes caisses. Volmir, comme à son habitude, traverse la scène comme armé de bottes de sept lieues. Il est immense et se grandit encore plus ici en se parant d’un costume de terreur. Il a une cape, un chapeau, une longue barbe, un masque presque vaudou. Il fait peur. Tout le spectacle est d’ailleurs guidé par trois mots : terreur, révolte et stupidité, et il se découpe suivant ce fil-là. 

L’idée de la pièce est très juste. Bien sûr, un danseur seul ne va pas faire tomber un dictateur. Mais un danseur seul fait partie d’un tout, et peut, comme il le fait en s’ancrant fort dans le sol, mettre un coup de pression. Metropole offre une collection d’images géniales et souvent drôles. Volmir se déploie et occupe l’espace de façon très dense pour aller jusqu’à un corps à la fois libéré et resserré sur lui-même dans une parodie de ces danses TikTok qui ne sont que divertissement sans réflexion.

Néanmoins, la construction séquencée de la pièce nous paraît un peu trop littérale. Ses trois personnages, le soumis, le manifestant et l’anesthésié, sont finalement inégaux.  Nous doutons de la présence finale d’un écran symbolisant le smartphone. Le message est ici peut-être un peu trop premier degré. Cela n’enlève rien à la puissance de Métropole, particulièrement vorace dans sa partie « masqué » et dans son approche de l’idée d’un « seigneur citoyen » qui vaudrait un spectacle en lui-même. C’est une chanson de Tom Zé (1972).  La chanson dit : « (…)Monsieur le citoyen le citoyen, quelle vie amère Quelle vie amère. Oh Monsieur le citoyen, je veux savoir, je veux savoir Avec combien de kilos de peur, avec combien de kilos de peur Est-ce une tradition ? » Finalement, Métropole s’avère une pièce triste qui avoue son échec à justement être un « seigneur citoyen » au pouvoir efficient. Si la question est intacte à 50 ans d’écart, danser en étant une métropole, sourde et violente, grouillante, semble être un acte désespéré.  

Il faut alors reprendre le dessus, et comme il le fait, suivre les paroles d’Elsa Dordin : « On soupçonne un pas de danse d’être déjà un engagement au combat. »

Le 24 novembre à 20h30 à La Briqueterie (arrêt Briqueterie T.9). Informations et réservations.

Visuel : ©Marc Chesneau

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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