Danse

Les Ballets Russes

11 janvier 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Il y a 100 ans, les Ballets russes ont permis une formidable irruption de la danse dans l’art du XXème siècle. Au-delà de la révolution chorégraphique et visuelle suscitée, c’est l’invention des notions qui deviendront les fondamentaux de la danse actuelle qui surgit alors. L’occasion de revenir sur ce mythe et de (re)découvrir cette aventure exceptionnelle.

sergei diaghilevL’histoire d’une révolution.

Ils sont venus, ils sont tous là : Nijinski, Pavlova, Bolm, le ballet, l’orchestre, les décors et les costumes, avec bien sûr, Diaghilev à leur tête. Le 19 mai 1909, Paris les découvre au Théâtre du Châtelet, les aime et leur fait un triomphe : pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.

C’est au cœur de la Belle Epoque que surgit ce bouleversement chorégraphique et jamais Paris n’a connu une telle effervescence dan la création artistique. Tandis que le ballet est devenu un véritable genre littéraire et que la propriété de l’œuvre revient à l’écrivain et au compositeur, Diaghilev entend bien rompre avec ce conservatisme et cette tradition. De même qu’au fait de l’hégémonie des danseuses, dont le règne est parvenu à un point de perfection. La force de Diaghilev est de rétablir la danse masculine et de sortir la danse de la tentation littéraire, le travail entre un chorégraphe, un musicien et un plasticien tend à permettre à l’œuvre de ne pas illustrer un texte mais de produire un ballet d’une forme nouvelle, dégagé de l’assujettissement à la littérature : l’auteur du ballet est désormais le chorégraphe, et non l’écrivain ou la ballerine.

Nijinski, le Dieu bondissant.

Le saint intercesseur de la danse n’a sauté que pour sombrer dans la folie et la mort. Dieu de la danse, il s’inscrit à la suiteNijinski1 de ces dieux de la nature : Dionysos, Atys, Adonis. Après le saut de Schéhérazade, les spectateurs pensaient qu’il ne toucherait plus terre, qu’il s’élançait dans le ciel : on criait au miracle, et c’était un miracle.

En Nijinski coexistait deux entités contradictoires, un danseur classique à l’apogée de son art, et un chorégraphe d’avant-garde qui jugeait que la danse académique avait atteint une limite, un sommet, qu’il fallait regarder ailleurs et faire autre chose.

En créant le Sacre du Printemps, il suscite un scandale équivalent à la bataille d’Hernani, autant pour la musique obsédante et syncopée de Stravinsky, que pour la chorégraphie convulsive, déconcertante et forcenée qui l’accompagnait.

Nijinski part de principes qui n’existent pas encore, pour la première fois, on déplace le centre d’intérêt de l’histoire et des personnages sur chaque danseur, qui devient un évènement en lui-même et porte en lui toute la dynamique et la passion que la musique exprime. On reconnaît dans ce programme, la révolution exécutée par un Merce Cunningham vers 1950.

Nijinski a su instaurer un autre style de danse, ouvert, libéré, aventureux et risqué.

La Sacre, sa vie, ses avatars.

Depuis quatre-vingts ans, le rituel sauvage du Sacre du printemps hante l’imagination des chorégraphes. Les rythmes telluriques et la violence primitive de la partition de Stravinsky, comme le thème de l’Elue sacrifiée pour que renaisse le printemps, symbole de vie et de fertilité. L’ouvrage suscita le plus formidable scandale artistique du siècle, le soir de sa création le 29 mai 1913, au Théâtre des Champs-Elysées.

Nijinski signe ici un ballet précurseur de la danse moderne, en brisant le mouvement, en le ramenant vers le simple geste, il fait renter l’expression dans la danse : c’est le corps lui-même qui parle.

Le sacre du printemps, Maurice Béjart Le Sacre du Printemps, Maurice Béjart

Au fil du temps, de nombreux chorégraphes s’approprient le Sacre, Léonide Massine, en 1920, Martha Graham en 1930, puis Maurice Béjart qui livre la version de référence des temps modernes et dont le succès fut à l’origine du Ballet du XXème siècle. Classique dans sa structure, moderne dans son vocabulaire, universelle dans son langage, cette chorégraphie d’une puissante beauté rejette tout folklore et tous les artifices du pittoresque pour seulement célébrer l’essentiel : l’union de l’homme et de la femme, union du ciel et de la terre, danse de vie ou de mort, éternelle comme le printemps.

Enfin, en 1975, Pina Bausch imagine l’une des plus sombres conceptions où hommes et femmes s’affrontent, s’épuisent en courses affolées, se roulant sur la terre répandue sur scène.

Suivront Mats Ek, Kenneth Archer et tant d’autres : on pouvait croire la boucle bouclée mais ce serait méconnaître la force créative du printemps, source d’inspiration toujours renouvelée.

L'Après-midi d'un faune Nijinski dans l’Après-midi d’un faune.

Pour célébrer les Ballets Russes, Paris et Monaco, port d’attache de la troupe itinérante, livrent des hommages et donnent lieu à des spectacles et des expositions de choix.

Au mois de décembre, l’Opéra Garnier proposait un programme Fokine, Massine et Nijinski, l’occasion de réunir sur une trajectoire invisible, par-delà le temps et l’espace, deux troupes fort dissemblables quant à leur statut, mais très proches quant à leurs directions.

Les Ballets de Monaco et le Monaco Dance Forum célèbrent avec faste le centenaire des Ballets Russes, sous la direction de Jean-Christophe Maillot, qui organise à compté de ce mois, un véritable feu d’artifice chorégraphique remarquable dans sa richesse et sa durée, comme dans sa diversité.

A Paris, deux expositions retracent la trajectoire artistique des Ballets Russes : La BNF sort sa collection d’images, l’occasion de faire le point sur la troupe de Diaghilev et l’Opéra de Paris : Exposition Les Ballets Russes, jusqu’au 23 Mai à la Bibliothèque de l’Opéra Garnier: www.operadeparis.fr

Puis le Centre National de la danse étudie l’empreinte laissée par les Ballets Russes, mettant l’accent sur la pédagogie et les dogmes de transmission : exposition Dans le Sillage des Ballets Russes, 1929-1959, du 6 janvier au 10 avril au CND: www.cnd.fr

Pour en savoir plus : Le Roman de l’âme slave de Vladimir Fédorovski, paru aux Editions du Rocher propose une ballade au temps des Ballets russes, de St Pétersbourg à Paris, de Moscou à New-York, à travers des histoires peu connues ou inédites.

En Russie ou ailleurs, les œuvres traversent les temps, la danse est bel et bien un art mouvant, qui évolue sans cesse. Revenir sur l’irruption des Ballets Russes dans l’art du XXème siècle permet de constater qu’il s’agit avant tout de donner l’opportunité à des artistes de se rencontrer, l’esprit de ces ballets est de produire, au sens Baudelairien, des Correspondances.

En regroupant plusieurs artistes autour d’une même œuvre, Diaghilev est parvenu à rendre l’art chorégraphique indépendant et de lui donner une place majeure.

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Alienor de Foucaud

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