Danse

Le corps de la danse affecté par le sida

01 décembre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

L’influence du sida sur la danse a fait couler beaucoup d’encre et nombreux sont les débats et manifestations qui levèrent le tabou sur ce sujet. Bill T. Jones, Dominique Bagouet, Jorge Donn, ils sont plusieurs danseurs et chorégraphes à avoir été victimes de ce virus. Cette journée mondiale est l’occasion de leur rendre hommage et de constater que de tels milieux artistiques sont aussi des lieux où la maladie continue de sévir.

Amorcé en 1990 dans les cercles de la danse, ce débat s’attarde notamment sur l’influence de la maladie sur les formes esthétiques et chorégraphiques. Le journaliste Gérard Mayen (Mouvements, Danser), souligne ainsi l’impact important du virus sur la représentation des corps : “A l’ère du sida, se modifie substantiellement la façon dont la danse se voit, dont la danse se vit, et plus sourdement, dont elle se produit.” Conséquence de la libération des corps en 1968, l’explosion de la nouvelle danse, portée par la jeune génération, est court-circuitée par le VIH qui fait son apparition en 1985. “Le sida affecte l’image des corps, que la danse n’imaginait plutôt que bien portants et attirants”, rappelle G. Mayen en insistant sur la désérotisation de la nudité dépouillée de toute fraîcheur émancipée, sur le ralentissement du mouvement (et le vieillissement accéléré des corps malades), l’introspection et la déconstruction du spectaculaire.

La difficulté première qui se présente à un danseur atteint du sida réside donc dans l’exhibition de son corps, matériau principal de la danse, montré, étiré, contorsionné. Comment restituer à la danse l’esthétisme et la beauté du corps mis en mouvement lorsque celui-ci est malade ? Et surtout, comment éviter l’écueil de l’association danseur/homosexuel ?
De telles interrogations restent encore aujourd’hui sans réponse, mais nombreux sont les danseurs à avoir tenté de lever ces tabous sans réserve. Bill T. Jones est un des premiers danseurs noirs-américains à assumer sans complexe son homosexualité avec son compagnon Arnie Zane. Il aborde dans ses pièces chorégraphiques des sujets conflictuels comme la condition des noirs-américains et l’homosexualité ; il n’hésite pas à prendre position sur différents enjeux sociaux. Danseur d’exception, il écrit aussi bien des solos autobiographiques, mêlant la vidéo et le texte, que des duos à fleur de peau. Arnie Zane, décède en 1988 des suites du sida, Bill T. Jones, lui-même séropositif, fait perdurer la compagnie, et exorcise ce traumatisme dans des spectacles comme Still / Here en 1994 qui traite de l’agonie et de la survie.
On se souvient enfin du magnifique ballet de Maurice Béjart, clairement écrit contre le sida, et dédié à son compagnon Jorge Donn, danseur mythique de la compagnie Béjart. Titré Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat, tout commence dans l’immobilité. Les corps sont allongés, recouverts de draps blancs. Ces draps linceuls ont circulé dans bien des spectacles, notamment dans Drap-housse de la Camionetta, qui rendait hommage à Dominique Bagouet. Maurice Béjart aborde ainsi frontalement la question du sida, en cela assez proche de Bill T. Jones, allant jusqu’à épeler les lettres du mot maudit en direct sur scène puis jusqu’à lancer cette phrase dans sa naïveté: «Vous nous avez dit faites l’amour pas la guerre. Pourquoi l’amour nous fait-il la guerre?» Loin du cérémonial, Maurice Béjart aborde avec bonheur, par le grand spectacle et pour le grand public, le sujet encore peu traité du sida, qui touche particulièrement la danse, en lui posant notamment la question du chaînon manquant dans la transmission.

 

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Alienor de Foucaud

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