Danse

La Création du Monde à l’Opéra de Lille

La Création du Monde à l’Opéra de Lille

17 février 2013 | PAR Audrey Chaix

L’Opéra de Lille invite le chorégraphe congolais Faustin Linyekula à présenter sa Création du Monde, créée en mai 2012 à Nancy, avec les danseurs du Ballet de Lorraine, également jouée en juin au Théâtre de la Ville. Le chorégraphe reconstitue ici un ballet de 1923, associant Darius Milhaud pour la composition, Blaise Cendrars pour le livret, Fernand Léger pour les décors et Jean Börlin pour la chorégraphie. En 2012, Linyekula relit ce ballet avec un angle politique qui semble l’emporter sur le geste artistique.

 

Pour cette recréation en effet, le chorégraphe ouvre la pièce par une composition moderne, qu’il a lui-même imaginée. Fabrizio Cassol en a écrit la partition, qui est peut-être ce que l’on retiendra de plus réussi dans ce premier mouvement du ballet version 2012. Vêtus de combinaisons aux couleurs sombres et couvertes de formes abstraites, les danseurs évoluent sans que l’on perçoive vraiment le propos, et le tout devient rapidement répétitif. En bord de scène s’affaire le seul danseur à la peau sombre, en habits de ville, et dont les mouvements oscillent entre démarche naturelle et pas dansés. Le tout sur des rythmes qui mêlent cordes classiques et beats jazz, entrecoupés de sonorités africaines.

 

Si la transition entre cette période moderne, dont on peine à saisir le propos, et le ballet originel à proprement parler, est très réussie (apparition des décors de Fernand Léger sur des pendards qui créent un nouveau plateau), la cohérence entre les deux mouvements n’est pas évidente. Plus enlevée, cette deuxième partie est plaisante pour l’œil autant que pour les oreilles : les costumes africains inspirés de la tendance « négrico-cubiste » appartenant à la création de 1923, ainsi que les mélodies de Darius Milhaud, sont un documentaire historique intéressant, même si un public de 2013 perçoit avec acuité la naïveté cruelle qui relève de cette glorification d’une Afrique édénique et primitive. D’autant plus que la composition de Darius Milhaud sonne comme une Rhapsody in Blue de moindre qualité (pour rappel, Gershwin composa sa célèbre rhapsodie moins d’un an plus tard).

 

Cela pourrait s’arrêter là, mais Linyekula décide d’ajouter encore un niveau de profondeur à sa réinterprétation de la Création du Monde, qui ajoute encore à la confusion : Djodjo Kazadi, le seul interprète de couleur noire, se fait porte-parole du chorégraphe et crache sa colère contre cette vision primaire et colonialiste du continent africain. Colère justifiée, certes, mais qui sort dans une logorrhée peu compréhensible, et dont on ne sait, finalement, que faire. Peut-être la danse aurait-elle permis d’exprimer cette critique plus subtilement – assénée comme elle est, elle semble desservir le propos plus qu’elle ne le soutient.

 

Partant d’une démarche intéressante, Linyekula propose ainsi une création qui manque de cohérence dans son ensemble, avec une première partie qui manque de souffle, une deuxième qui manque de mise à distance, ce qui est compensé par la troisième partie, qui en devient, pour le coup, trop pesante et explicite. Si bien qu’on en ressort avec le sentiment de ne pas avoir suivi le chorégraphe dans sa réflexion.

 

 

Photos : © Mathieu Rousseau

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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