Danse
Israël Galván électrise le Théâtre de la Ville

Israël Galván électrise le Théâtre de la Ville

14 janvier 2012 | PAR Elodie Rustant

De hautes montagnes de chaises s’élèvent sur la scène. Même ceux qui ne connaissent pas le travail d’Israël Galván pressentent la chute de ces fragiles édifices. C’est bien le cas. Une à une, les chaises seront précipitées à terre. Car Israël bouscule tout, les meubles, les objets et surtout le flamenco.

Dans sa dernière création, La Curva, c’est le spectacle de flamenco en tant qu’entité qui est disséqué et passé au scalpel. Israël Galvan en sépare les trois composants essentiels : la danse, la musique et le chant. Accompagné par Inés Bacán, maestra du chant jondo andalou, de Bobote aux compas et de Sylvie Courvoisier, figure du jazz expérimental, il tord le coup à l’imagerie folklorique de cette danse.

Fils du danseur José Galván et de la danseuse Eugenia de los Reyes, sa connaissance du flamenco est infiniment profonde, son exécution viscérale.

Pas de castagnette, de mantille ou autre joujou, Israël ne s’intéresse qu’au rythme et au corps. Ce corps à la fois maigre et musculeux qui rappelle évidemment Antonio Gades mais aussi Valentin le Désossé, le célèbre danseur du Moulin Rouge. Les membres deviennent des entités parfaitement indépendantes les unes des autres tant Israël en possède une maîtrise absolue.

Cette maîtrise n’empêche pas une liberté totale et ironique face aux contraintes du flamenco. Le bassin du danseur supposé totalement immobile ondule de façon outrancière. Le corps devient instrument. Israël martèle ses genoux, ses pieds, sa tête, sa bouche même pour marquer les temps. Le public rit, il fallait oser !

Puis la danse devient compulsive. Les talons frappent le sol, parcourent le bois d’une table qu’Israël escalade puis exécutent un morceau de bravoure sur un couvercle posé par terre. Le simple sol ne peut contenir l’énergie du danseur. On pense à Fred Astaire dans Royal Wedding dansant le long des murs de sa chambre.

Le flamenco ne se contente pas de s’inscrire dans l’espace, il sculpte l’espace. Une large tache blanche sur le sol. De la craie en poudre ? Les pieds fous du danseur s’y aventurent, timidement au début puis hardiment. La poussière blanche vole autour d’Israël. Une image de cette volonté de dépoussiérer le flamenco ?

C’est couvert de cette poussière qu’Israël finit le spectacle. Pieds nus, débarrassé de ses chaussures ferrés, symbole par excellence du flamenco. Ultime pied de nez du génie à cette danse aimée et sans cesse réinventée.

Photo :

Israël Galván, La Edad de Oro © Felix Vasquez

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Elodie Rustant

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