Danse

Hommage post-mortem à Merce Cunningham

04 décembre 2009 | PAR Alienor de Foucaud

C’est une saison chorégraphique endeuillée que le Festival d’Automne propose à ses parisiens cette année, après l’hommage rendu à Pina Bausch, c’est au tour de Merce Cunningham d’être célébré : deux artistes de génie continuent de faire vivre la danse malgré leur absence. Jusqu’au 16 décembre, le Théâtre de la Ville et le Théâtre des Abbesses mettent à l’honneur 13 danseurs de la Merce Cunningham Dance Company et c’est avec Nearly 90 que s’ouvre le programme, une création confirmant la modernité et l’esprit visionnaire du chorégraphe.

Dévoilée aux new-yorkais le 16 avril dernier, date anniversaire de Merce Cunningham qui fêtait ses 90 ans, la chorégraphie en est d’autant plus symbolique, sorte de pièce épitaphe qui vient clore la carrière d’un prodige. Elle explore un champ infini de possibilités dans son exploitation du mouvement, de l’espace et du son. L’aventure musicale se poursuit autour du fidèle Takehisa Kosugi, du multi-instrumentiste John Paul Jones (figure éminente du rock des années 60 aux côtés de Led Zeppelin), et des quatre mousquetaires de Sonic Youth.

Le spectateur est invité à voyager dans un espace multidimensionnel où les mouvements se décomposent, où le ralenti des postures nous fait entrer dans un rêve poétique dénué de toute notion spatio-temporelle, ici le temps s’arrête et l’espace n’a plus de limites. Treize danseurs envahissent la scène, duos et trios s’enchainent dans une continuité parfaite, les soli legato traversent le plateau dans un ralenti propre à Merce Cunningham, chaque couple chasse le précédent dans un glissement d’une grâce irréelle.

Portés, pirouettes, arabesques : une technique classique maîtrisée pose ses jalons mais le génie du chorégraphe réside dans sa capacité à aller au-delà de cette perfection. Parce qu’il estime « tous les mouvements possibles », Merce Cunningham parvient à surprendre son public à partir de simples étirements et contractions du corps : une architecture inédite se met en place et une chorégraphie imprévisible avec : qui sait jusqu’où cette jambe se lèvera, dans quelle direction ce torse pivotera ? Tout le vocabulaire technique de la création est travaillé en amont sur logiciel, le fameux Dance Forms qui permet de travailler sur la motion capture, la capture du mouvement. L’Einstein de la danse s’est emparé de l’espace chorégraphique et la façon de se mouvoir du danseur en son sein : il appartient à chacun de choisir ce qu’il regarde. Cunningham offre au regard le seul mouvement et bannit toute expressivité de l’interprète.

On aura beau théoriser sur les procédés d’écriture aléatoires du chorégraphe, sur la dissociation de la musique et de la danse, sur le découpage de l’espace et sur ses multiples perspectives, au tombé du rideau c’est au contraire la fabuleuse utilisation de la surface scénique des danseurs, leur habitation du mouvement et leur capacité à faire abstraction de la musique, fond sonore qui accompagne leur rêve mais qui n’en est pas le fondement, que nous gardons en mémoire : ici le corps commande et la forme se suffit à elle-même, la danse est là, partout, « dans notre sang » entonnait le chorégraphe et elle continue de vivre même lorsque la lumière s’éteint.

Nearly Ninety au Théâtre de la Ville, du 2 au 4 et du 8 au 11 décembre 20h30 ; Samedis 5 et 12 décembre, 15h et 20h30, Dimanche 6 décembre 15h. 2, place du Châtelet, Métro Chatelet (lignes 1, 4, 7, 11 et 14), réservations au 01.42.74.22.77

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