Danse
De quoi tenir jusqu’à l’ombre : Christian Rizzo accompagne l’Oiseau Mouche

De quoi tenir jusqu’à l’ombre : Christian Rizzo accompagne l’Oiseau Mouche

20 mars 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Faire danser des handicapés, faire ressentir aux « valides » l’espace d’une petite heure le trouble, la circonspection et l’étonnement face à l’inconnu. Le chorégraphe Christian Rizzo nous a hier soir plongés dans une dense brume.

La compagnie de l’Oiseau Mouche existe depuis 34 ans, elle forme des personnes en situation de handicap mental au métier de comédien. Il n’est pas question ici d’art-thérapie mais bien d’une entrée au monde. Dans De quoi tenir jusqu’à l’ombre c’est à cela que nous assistons : la capacité à être sur scène, à évoluer, à esquisser un mouvement de danse minimal avec une aisance relative.

Le plateau est muni à jardin d’un long rideau soyeux, à cour, des panneaux, identiques à ceux utilisés dans Sakinan göze çöp batar. À l’époque, en conférence de presse, il avouait être en cours de création d’une pièce conçue pour une personne handicapée, ce sera donc De quoi tenir jusqu’à l’ombre où dans un processus d’inversion l’obscurité arrive au fur et à mesure du spectacle. Les comédiens se montrent doucement, ils étaient assis planqués au premier rang. Il vont se poser lentement sur le plateau et proposer un travail simple sur les lignes où l’importance est donné au regard posé sur l’autre. Dans leurs gestes, l’important est d’être en relation, de pouvoir se prendre par la main, de pouvoir se serrer dans les bras de l’autre, qu’il soit homme ou femme.

Rizzo choisit de les montrer intacts, dans leurs vêtements habituels, bien loin du culte du costume qu’il déployait dans «L’oubli, toucher du bois» où un bric-à-brac de fin de défilé de mode envahissait la scène.

Ici, tout est radical. L’ultra réalité des intervenants, leur inexactitude dans les traces. Ils sont en relation avec la lumière qui navigue entre noirceur et éclats ponctuels. Le son joue ici le rôle d’un personnage à part entière, d’abord piano obsédant avant de devenir tendre ballade dans la forêt.

La signature Rizzo est là, bien là, dans son obsession géométrique ici portée pas des cônes et des panneaux rectangulaires et dans une dernière scène d’envol, magnifique tableau, 100 % performatif et contemporain.

Pour le reste, assister à une représentation de De quoi tenir jusqu’à l’ombre n’est pas évidente, elle intervient dans un processus d’accompagnement, de regard assumé sur ceux qui sont anormalement en marge. Ceux que l’on nomme « déficients » , les invisibles, disons le, les intouchables, deviennent le temps d’un spectacle les héros du plateau. Nous sommes à notre tour les déficients, soumis à un aveuglement et à une incompréhension.

visuel (c) Autorisation Villette

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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