Danse
Daina Ashbee aboie sur les Rencontres chorégraphiques de Seine Saint Denis

Daina Ashbee aboie sur les Rencontres chorégraphiques de Seine Saint Denis

10 juin 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Pavillon de Romainville, le pointu festival de danse donnait à voir hier le premier travail de groupe de la chorégraphe québécoise Daina Ashbee, Time, Création and Destruction : J’ai pleuré avec les chiens. A la fois classique et déroutant.


Nous sommes autour, pas en cercle mais en carré. Et les chiens, ou plutôt les loups, vont être lâchés. Tour à tour, Gabriel Nieto, Angelica Morga, Briseida López, Irène Martinez et Greys Vecchionace se déshabillent et se mettent à arpenter le plateau à quatre pattes la nuque baissée et les cheveux cachant le visage. Ils vont lentement sans but propre. Parfois ils se croisent. Il n’y a pas encore d’interaction mais on sent que cela va venir.


On le sent car l’écriture a une allure de déjà-vu. Cela n’est pas grave, on ne demande pas à chaque artiste de refaire l’histoire de la danse avant de penser un spectacle. Et c’est donc ce que qui se passe, la meute se fait vorace, agressive, en un mot : musclée.


Dans un geste très 70’s, les corps se muent dans une collection d’images faites d’improvisations contrôlées.


On pense à Cunnigham ou au Living Theatre pour les plus anciens, dans cette idée que le mouvement vient d’une commande, et qu’elle peut être aléatoire. Cela n’a rien à voir avec une danse totalement libre, c’est une danse compartimentée, et souvent de l’extrême.

Les taches, les actions sont répétées. Mais elles sont plurielles. Au début un texte est dit sur le fait que nous sommes responsables de nos maladies, que nous les provoquons et que nous avons en nous le pouvoir de les empêcher. En cela elle rejoint la pensée d’ Anna Halprin, disparue il y a quelques jours.

Le travail du corps va prouver cela, dans un dialogue incessant entre douleur et plaisir. A chaque fois les interprétes sont poussés à bout, mais ce bout, c’est à eux de le définir.

Alors, cela donne des images incroyables, comme on pouvait en trouver chez Dave Saint Pierre il y a quelques années ou plus récemment chez Lia Rodriguez, où les corps sont mis en péril, en équilibre, en torsions, en inversions.

Daina Ashbee se sert intensément du yoga, et elle nous propose un catalogue où les danseurs sont exposés sous toutes les coutures dans des portés irréels, où l’un ou l’une est sur l’autre, à quatre pattes, et ils avancent, ou, quand d’une posture sur la tête, ils passent en pont et repassent en inversion debout. La recherche de la performance physique est partout car les temps de repos sont rares.

La pièce vient dire qu’il faut retrouver l’animalité, c’est-à-dire abolir la conscience pour que le corps soit sans douleur. Et c’est dans une transe hurlée que pour elle,  la conscience de soi peut justement exulter.

A noter, Les Rencontres Chorégraphiques se poursuivent jusqu’au 20 juin avec un beau programme, et ensuite, des propositions hors les murs et gratuites prendront place dans l’espace public, par exemple, le 22 à 19h Dirty Dancers de Anna Chirescu et Gregoire Schaller.

Visuel :Daina Ashbee @David Wong


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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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