Théâtre
Le sexe brut du théâtre

Le sexe brut du théâtre

14 février 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’amour n’est pas sur les plateaux un acte tendre et sympathique. Il est à l’image de la sur-réalité que le théâtre contemporain donne à voir, une violence plus proche de l’humain que ne le sont les comédies à l’eau de rose.

Sexe distant

Et voici une colle : quand avez vous vu pour la dernière fois une scène torride, sincèrement sexy dans le spectacle vivant ? Quand on dit le mot « amour » son corollaire est désormais « clôture » depuis que le chef-d’oeuvre de Pascal Rambert est devenu un blockbuster traduit jusqu’aux USA. On y voit un couple qui a baisé, beaucoup, puis moins, puis plus du tout.

« Je voulais te dire que ça s’arrête, que ça va pas continuer » dit Stan à Audrey au début du spectacle. La tension est là, la même que celle qui les envahissait avant de jouir avant. Maintenant, elle n’est que clôture, que rupture.

« Le contemporain est celui qui perçoit l’obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde » écrit Girorgio Agamben,

. Et dans le spectacle, qu’il soit dansé ou performatif, les corps amoureux sont rarement enlacés.
Ils peuvent être nus, se chevaucher sans se toucher, nous sommes alors dans Tragédie de Dubois. Ils peuvent s’encastrer, comme dans Still standing you ou Pieter Ampe et Guilherme Garrido sont un duo viril qui joue la troisième mi-temps avec humour.

Des sexes on en voit souvent. Le nu est toujours une intervention radicale qui permet d’ôter toute distance entre l’œil du spectateur et l’acteur. Dans Jérôme Bel, le couple se triture, se touche, va jusqu’à une intimité quasi scatologique, mais jamais jamais, l’amour charnel ne traverse le plateau.

Scènes de viol

Quand il y a symbolique de penétration sur un plateau c’est généralement qu’il y a viol. Toujours dans une esthétique flamande, Jan Fabre mettait en scène Tragedy of a Friendship, l’amitié tumultueuse qui a uni Richard Wagner et Friedrich Nietzsche à la fin du 19e siècle : c’est surtout Wagner, cependant, qui intéresse Fabre ici, beaucoup plus que le philosophe. Le programme de la soirée annonce la couleur : Jan Fabre s’explique une bonne fois pour toutes avec Wagner dans ce spectacle de 3h20, véritable marathon. Pour ce faire, il utilise la violence :le viol d’une femme par deux hommes, qui la prennent par devant, par derrière, avant de la dépecer pour lui faire manger sa propre peau. Ou bien Le Crépuscule des Dieux, où les performers de Troubleyn se contorsionnent de douleur, comme victimes d’un bûcher, arrachent de leurs corps ce qui semble être leur peau de grands brûlés, avant de mimer une scène d’orgie charnelle qui les pousse à l’épuisement.

Autre viol, celui que propose Dave Saint Pierre dans Pornographie des âmes. A une scène abjecte qui révulse, ce succède une fête. Nous sommes dans l’indigeste, le porno pur. Nous sommes dans un voyeurisme pervers. Dans le même spectacle, si on cherche une baise claire et nette, sans angoisse ni distance, il faut la trouver dans la bande son. On entend Your are my high, dont le clip lui est sans conteste moins torturés que les metteurs en scène que nous adorons.

Visuel : Théâtre de la Bastille

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “Le sexe brut du théâtre”

Commentaire(s)

  • Antoine

    Bonjour Amelie, j’entame un Master 1 Théâtre cette année et j’hésite entre plusieurs sujets de mémoire. Notamment, la place du sexe, de l’érotisme, du pornographique au théâtre. Ton article m’a donné déjà d’excellentes références, à ajouter à celle que je me constitue en littérature et beaux-arts du genre, et je me demandais si, par hasard, tu aurais connaissance d’autres pièces qui entretienne la théâtralité tout en usant de ressort post-dramatique sexuels ?

    Cordialement,

    Antoine

    septembre 9, 2016 at 14 h 59 min

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