Danse
When the ice melts, will we drink the water ? La danse clouée au sol de Daina Ashbee

When the ice melts, will we drink the water ? La danse clouée au sol de Daina Ashbee

08 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Hier, c’était soir de première à Montpellier Danse. Et une vraie première car la pièce n’a jamais été montrée en France. La chorégraphe canadienne, que le festival met en avant, présente donc aujourd’hui seulement cette « installation chorégraphique » où le corps de Greys Vecchionacce est offert aux yeux voyeurs du public.

Nous l’avions compris lors des dernières Rencontres internationales de Seine-Saint-Denis, Daina Ashbee adore travailler à l’horizontale et emprunter son écriture au yoga. C’est donc sur le dos que nous trouvons la danseuse lors de l’entrée en salle du public. Elle est en demi-pont, cette figure du yoga classique qui laisse le haut du sol en appui quand le bassin monte, les pieds en demi-pointes. Cette énergie part du Muladhara, autour du périnée. Elle est très puissante.

Et c’est sur ce point de chakra que toute la performance se tient. C’est lui qui permet aux bras de se mouvoir au rythme de la respiration. C’est lui qui guide les mains qui se serrent en poings et qui frappent le sol. Au fur et à mesure de cette transe qui est presque une méditation active, la danseuse bouge tout en restant accrochée à son socle. Elle tripe, elle plane. On la regarde.

Dans ses gestes la violence rend l’image politique. Nous avons oublié de dire que la danseuse n’était pas nue contrairement aux précédents travaux de la chorégraphe. Elle porte un débardeur beige, une culotte haute et des richelieux à talons. Elle a les cheveux lâchés dans une magnifique boule afro et les lèvres rouges. L’image est celle d’une soumission et les cris qui bientôt accompagnent les gestes sont inquiétants. Scène de viol ? Scène de prostitution ? On ne sait pas. Ce que l’on sait c’est que se lever est impossible, que quelques rares torsions permettent de sortir les épaules du plateau. Plateau qui est d’ailleurs plutôt un ring, très haut et bifrontal. 

Il y a dans son rapport au corps et à la violence une vision animale très ancrée dans l’écriture des années 2000. Elle présentait d’ailleurs la semaine dernière à Montpellier Danse, Pour, une pièce où la danseuse évolue nue, huilée. Les deux mots réunis convoquent Lisbeth Gruwez dirigée par Jan Fabre, évoluant dans le même appareil. La comparaison s’arrête là. 

Daina Ashbee donne à voir de façon frontale et sans ménager le public la violence contenue des femmes. À voir mais surtout finalement à entendre. La pièce date de 2016, un an avant que les invisibles ne cessent de l’être. C’est autant une archive qu’un manifeste.

Aujourd’hui jeudi 8 juillet à 18 heures au Hangar Théâtre. Durée 1h.

Visuel © IreneMartinez

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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