Danse

[àut], Rencontre avec le danseur Samuel Lefeuvre à 72 h de la première

[àut], Rencontre avec le danseur Samuel Lefeuvre à 72 h de la première

04 juin 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Samuel Lefeuvre est le danseur qui grimpe. Il fait partie avec Raphaëlle Latini et Nicolas Olivier du groupe Entorse. Le nom est bien choisi, car l’artiste repéré dans Accidens (ce qui arrive), semble toujours au bord de la rupture. Avec [àut], prononcez « out » à l’anglaise, il propose un spectacle sur la distorsion. Rencontre et répétition avant la première  le 7 juin à June Events aux Ateliers de Paris

 

Avant d’accéder au saint des saints, à une répétition, presque un filage, Samuel Lefeuvre nous offre un bon quart d’heure d’interview dans le prestigieux studio de danse qui a vu tant de fois danser Carolyn Carlson.

Samuel Lefeuvre a fait partie de la troupe de Peeping Tom, qui présentait ces jours ci l’époustouflant A louer au Théâtre de la Ville. Nous lui demandons avant tout ce qu’il recherche dans cette danse contrainte, faisant la part belle aux chutes. « Créer des émotions fortes chez le public. Chercher une limite qui a l’air risquée mais qui ne l’est pas pour moi, et à l’intérieur de mon corps, aborder un matériel chorégraphique qui est possible seulement si on y va à fond. Je n’ai pas envie de danser quelque chose qui a une extrémité dans la maîtrise, je préfère avoir un challenge à faire, quelque chose qui demande un engagement entier sur le plateau, c’est la recherche que j’avais fait quand je faisais partie de Peeping Tom. »

Il quitte ensuite Peeping Tom, expérience géniale, familiale et donc par définition oppressante. Il développe alors avec Raphaëlle Latini une interaction entre la danse et la musique dans la proposition d’un plateau moins théâtral, « plus physique », avec  « plus d’improvisation ». La musique est extrêmement liée à la création. « L’idée est de créer quelque chose où la lumière, la danse et la musique sont importants à égalité, là, nous sommes en train de mettre cela en place, voir comment la lumière peut changer l »expérience du direct. » « C’est cela qui m’intéresse, être en direct avec le public ».

Dans [àut], il partage la danse avec l’époustouflante Meytal Blanaru , « elle a une danse fine, ténue, elle est très impressionnante, dans le processus de création, il y à une confrontation entre le sensible et la dureté. » La recherche ici est celle de la subtilité, quand les choses ne sont pas dites de façon évidente.

[àut], c’est un titre qu’on ne prononce pas, c’est l’écriture phonétique de la racine de « ou ». « L’idée pour nous était de travailler sur la différence de perception d’une personne à l’autre. Il n’y a pas de vision de la réalité qui soit valable, toutes les interprétations sont justes. J’aime l’écriture phonétique des mots, car on ne peut pas les lire. C’est comme voir un mot du dessus. »

Impossible de savoir vraiment ce que le public verra jeudi soir, mais il est acquis que le décalage sera  le fil de lecture.

Le décor voit deux pans de murs se rejoindre en pointe. Elle est debout, un peu repliée, lui la regarde. Doucement elle se mettra en mouvement, ils se rencontreront, se sépareront. Déjà vu ? Ah non ! Jamais comme ça. Les gestes ne sont jamais où on les attend, elle et lui pourraient être des personnages de dessins animés ou des pantins manipulés par un tiers fort agile. Le rythme surprend, la lumière lynchienne vient ajouter du trouble au récit qui malmène avec bonheur la réalité du temps et de l’espace. Cela est largement appuyé par la matière sonore de Raphaëlle Latini munie de platines dont elle sort des bouts de Dalida, des vrombissements, des textures. A l’étape des répétitions, nous avons vu un spectacle qui s’annonce sublime d’esthétisme et d’innovation artistique.

Il parlera d’amour et de séparation, de vie où les machines deviennent incontrôlables et où les hommes peuvent se maltraiter les uns les autres.

L’effet recherché est atteint : chacun y mettra sa lecture, le trouble est total entre ce qui est vu et ce que l’on croit voir.

A voir, coup de cœur assuré.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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