Comédie musicale
Le travestissement dans les comédies musicales

Le travestissement dans les comédies musicales

08 mars 2014 | PAR Marie Boscher

Qu’elles soient montées à Broadway ou directement adaptées sur pellicule, les comédies musicales ont profondément marqué l’imaginaire collectif depuis leur apparition au tout début du XXème siècle. Mêlant danse, chant et théâtre, la confusion des genres y règne dans une tradition toute Shakespearienne qui faisait que les hommes jouaient les rôles de femmes. Sur les planches des théâtres du monde entier ou dans les salles obscures, l’homme des comédies musicales est une femme comme les autres.

Viktor und Viktoria, Reinhold Schünzel, 1933.

Le film musical allemand est l’un des premiers à utiliser le travestissement dans son intrigue. La jeune Suzanne aspire à devenir une star de la chanson mais le succès lui échappe désespérément. Grâce à son ami Toddy, elle va se composer un rôle de travesti en faisant croire qu’elle est un homme déguisé en femme et dès lors, les cabarets parisiens s’arrachent ses prestations. Réadapté en 1982 par Blake Edwards avec Julie Andrews dans le rôle de Victor/Victoria, c’est un classique pour les fans de comédies musicales. Le travestissement est une clé et sert l’histoire en utilisant les codes classiques du quiproquo.

The Rocky Horror Picture Show, Richard O’Brien, 1973.

rocky-horror-picture-show-postersFaisons un bond de plusieurs décennies, et surtout de genre, pour entrer dans l’univers follement azimuté du Rocky Horror Picture Show. Classique parmi les classiques des midnight movies, il met en scène les aventures de Janet et Brad, un jeune couple un peu niais qui se retrouve embarqué par une nuit d’orage dans les bacchanales nocturnes du Dr Frank-N-Furter, « un gentil travesti qui vient de Transsexuel, en Transylvanie ». Bas résilles, maquillage outrancier, attitudes ultra féminines et surtout provocantes, tous les clichés burlesques du travestissement sont concentrés dans le personnage interprété par Tim Curry. Ici, le travestissement est grotesque, vulgaire, sexualisé au possible. Tout l’excès relatif à l’imaginaire transgenre se retrouve dans ce film qui est ancré dans la culture populaire et fait l’objet de nombreuses références. Les limites manichéennes entre le vrai et le faux, la réalité et la fiction, le féminin et le masculin sont floutées, moquées, transgressées.

Starmania, Michel Berger et Luc Plamandon, 1978.

starmaniaUne fois n’est pas coutume, c’est une comédie musicale francophone qui a abordé le thème du travestissement. Créée par Michel Berger et Luc Plamandon, elle raconte les destins malheureux de plusieurs personnages vivant à Monopolis, la capitale d’un pays imaginaire. L’une d’entre eux, Sadia, dirige avec Johnny Rockfort la bande des Étoiles Noires qui sème la terreur sur la ville. L’incertitude plane sur l’identité sexuelle de Sadia. Il est clairement indiqué qu’elle se travestie mais l’on ne sait pas s’il s’agit d’un homme déguisé en femme, ou l’inverse. Ici, la dualité du genre du personnage sert à amener la double-personnalité de Sadia qui finira par trahir son propre camp par jalousie.

Hairpsray, John Waters, 1988.

Divine hairsprayLe septième long-métrage de John Waters a marqué un tournant dans la filmographie du réalisateur décadent. Dans les années 60, Tracy Turnblad, une adolescente de Baltimore et sa meilleure amie Penny, passent les auditions pour le télécrochet The Corny Collins Show. Malgré ses rondeurs qui ne correspondent pas aux critères de beauté de l’époque, Tracy remporte le concours et vient mettre un coup de pied dans la fourmilière parfaitement organisée de l’émission. Sur fond de ségrégation raciale, Hairspray s’adresse à un public plus large que les précédents films de John Waters et on retrouve aux crédits sa muse, Divine. De son vrai nom Harris Glen Milstead, Divine est un drag-queen, « la plus belle femme au monde » d’après John Waters. Dans la quasi-totalité des films du réalisateur américain, Divine impose son physique XXL et son style détonnant. Le travestissement n’est plus ici une clé de l’intrigue mais un élément visuel à part qui n’intervient pas dans l’histoire. Seul le spectateur en est conscient. Dans l’adaptation du film en 2007, John Travolta rend hommage à cette curiosité underground habituée des scandales en interprétant le rôle d’Edna Turnblad, la mère de l’héroïne, lui-même travesti. Presque constamment travesti dans ses films, Divine finit par garder l’habitude de s’habiller en femme dans sa vie de tous les jours. John Waters avait su capter l’intensité de ces travestissements qu’il a mis en scène dans la quasi totalité de ses films, en maintenant la confusion sur le genre de Divine. Selon ses mots, Divine était un « acteur pour rôle de femmes« .

Visuels :
Affiche de The Rocky Horror Picture Show © Twentieth Century-Fox Film Corporation
Affiche de Starmania
Divine dans Hairspray © New Line Cinema

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Marie Boscher

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