Comédie musicale

Comédie Musicale : Carousel installe sa magie au Châtelet jusqu’au 27 mars

Comédie Musicale : Carousel installe sa magie au Châtelet jusqu’au 27 mars

19 mars 2013 | PAR Yaël Hirsch

Flirtant avec les limites de l’opéra, le « Carousel »(1945) du duo Rodgers/ Hammerstein II (Oklahoma, The sound of Music) a été élu par le Times « Meilleure comédie musicale du 20ème siècle » en 1999. En partenariat avec l’Opera North de Leeds, le Châtelet en offre une version somptueuse, aussi bien visuellement que vocalement, et asseoit encore sa réputation de petit Broadway au cœur de Paris.

Dans un village de pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre, le Carrousel est une attraction d’autant plus fascinante que son bonimenteur, Billy Bigelow (le superbe baryton australien Duncan Rock) est plaisant. Mais lorsqu’il est séduit en retour par l’adorable Julie (Kimy McLaren), il perd son job. Sans jamais s’avouer leur amour (« If I loved you« ), les tourtereaux finissent par se marier, tandis que la meilleure amie de Julie, Carrie (Rebecca Bottone) fait le choix d’un époux bien plus posé, « Mr Snowe » (David Curry). Quelques mois plus tard, alors que juin pointe le bout de son nez (fameux air « June is bustin’ out all over« ) et que le village entier s’apprête à faire un pique-nique de palourdes, l’on apprend que désespérée de ne pas travailler Bigelow cogne sa femme, la douce Julie. Il traîne même avec un sale type, Jigger (excellent Nicholas Garrett). Lorsque Julie apprend à Bigelow qu’elle est enceinte, le futur papa a peur de ne pas faire face (dans le très long, très bien écrit et très original Solliloquy) et accepte de suivre Jigger dans un vol qui devrait lui permettre d’élever son enfant… Pris sur le fait alors que le pique-nique de palourdes se termine, Bigelow préfère mettre fin à ses jours que de se retrouver en prison. Mais une fois au paradis, les autorités supérieures lui donnent la chance de retourner sur terre pour aider sa femme et sa fille et se racheter…

Organisé en rond autour de l’arbre central du manège, dans une mise en scène signée Jo Davies, à la fois somptueuse et légère utilisant le bois et la lumière avec un goût exquis, Carousel commence comme un conte populaire un peu « wasp » et simplet dans ses thèmes et prend des tournants inattendus : le politiquement incorrect d’un héros battant sa femme, le rachat possible du suicidé et une fin parfaitement ambiguë. Si l’on sourit avec nostalgie à voir un village d’innocents du Nouveau Monde se réjouir, beaucoup travailler, un peu aimer pour croître et se multiplier, dans le deuxième acte, « Carousel » devient subitement une œuvre magistrale et prenante sur la mort. La composition même en témoigne. Certains airs (« If  I loved you« , « You’ll never walk alone« ) ont la gravité de l’Opéra et les voix nécessaires pour les porter (bravo à toute la distribution, vraiment magistrale) ;  le fameux « Soliloquy » de Bigelow innove formellement;  enfin les sublimes ballets imaginés pour la création par Agnes de Mille sont divinement conservés par Kay Sheperd pour culminer avec la danse de Louise, la fille  muette de Bigelow et Julie.  On passe donc en beauté d’une comédie musicale très traditionnelle à un spectacle bouleversant et nourri d’une créativité qui se confronte à l’au-delà et à la mort. A recommander chaleureusement à la fois aux amateurs du Brodway classique et à ceux et celles qui aiment être surpris par des spectacles où danse, chant, costumes, décors et fines paroles (vive Hammerstein II !) interagissent pour ouvrir sur de nouveaux horizons.

« Carousel », de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, d’après la pièce Liliom, de Ferenc Molnar, danses originales de Agnes de Mille, Orchestre de Chambre de Paris, direction musicale : Kevin Farrell, mise en scène : Jo Davies, décors et costumes : Anthony Ward, Chorégraphie : Kay Shpeherd, Kim Brandstrup, avec Duncan Rock, Kimy McLaren, Rebecca Bottone, David Curry, Nicholas Garrett, Lisa Milne, 3h (20 d’entracte), Corpoduction Théâtre du Châtelet – Opera North de Leeds.

Photo: Alastair Muir

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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