Cirque

De bien jolies « Petites histoires de cirque »

De bien jolies « Petites histoires de cirque »

07 octobre 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Dans le OFF du Festival de Charleville cette année, l’un des six collectifs était animé par le Cirque dans les étoiles, qui proposait des représentations de Petites histoires de cirque. Un spectacle pour toute la famille, qui mêle sans prétention, mais avec humour et poésie, la marionnette et la contorsion, la bidouille plastique et le jonglage, le théâtre forain et le théâtre d’objet… rien que ça! Sous son petit chapiteau, la troupe offre des numéros inattendus et détournés, exécutés par des artistes maîtrisant parfaitement leur partie. Joliment décalé, soigné jusqu’au moindre détail, c’est une très belle proposition de spectacle populaire et intelligent, qui a ravi l’intégralité du public.

Quand un cirque plante son chapiteau sur la place d’un bourg, une cohorte d’images caricaturales viennent en tête, héritées d’un imaginaire collectif qui plonge ses racines loin dans la tradition des cirques itinérants: clown grimé de blanc, animaux domptés, voltigeuses pailletées et Hercules aux muscles bandés, les attentes sont précisément définies.

Mais le Cirque dans les étoiles déjoue totalement ces attentes, et c’est tant mieux, pour proposer plutôt de s’installer dans l’intime, d’instaurer le décalage, de flirter avec la poésie.

Il y a bien quelques numéros qui font appel à des savoir-faire circassiens, d’ailleurs bien maîtrisés, ils sont souvent détournés pour proposer des horizons différents de la simple performance ou de la seule prise de risque. Peut-être les numéros les plus classiques sont-ils ceux qui font appel au diabolo, dont Jonas Thomas est un expert bien entraîné. Mais, de même que son personnage de Monsieur Loyal est décalé et surprenant, il ouvre l’espace de l’imaginaire autour de son numéro par une foule de petits détails qui le poétisent. Son expérience de la piste transparaît dans sa grande capacité d’improvisation dans ses rapports avec le public. De même, la contorsion proposée par Véronique Calderari est détournée de ses attentes car elle est mariée à la marionnette, de façon inattendue mais très bien trouvée. Les numéros à dimension clownesque de Bruno West reposent beaucoup moins sur un burlesque physique que sur un comique de situation beaucoup plus fin, avec des numéros de dressage d’objets bien trouvés.

Car la présence du Cirque dans les étoiles dans le OFF de Charleville n’était pas incongrue: ce cirque intimiste et décalé inclut de nombreux numéros dont le coeur est situé au niveau de l’objet ou des marionnettes. Les balles de jonglage, ici, sont capturées puis mises en cage, sont dressées en direct et tiennent la vedette de numéros de magie. D’étranges personnages apparaissent dans une fenêtre du décor jouant le rôle de castelet: figurés par des pieds affublés de nez de clowns, ils arrivent pourtant à prendre une présence convaincante alors même que les spectateurs doivent imaginer leur regard, et leurs histoires muettes sont parfaitement lisibles. Le numéro enfin où une marionnette à gaine vient interagir avec la contorsionniste endormie, qui manipule en utilisant la technique du corps-castelet, est admirable de maîtrise technique.

Bref, c’est intelligemment écrit, et fort bien exécuté.

Et le spectacle s’enrichit en outre d’une dimension musicale particulièrement réussie. Les deux musiciens qui accompagnent le spectacle en direct sont doués, et colorent les différents numéros de diverses nuances musicales: percussions diverses, jazz manouche, blues, la palette est large et variée, et tient le public en haleine aux moments clés. Peut-être les spectateurs les plus proches de l’orchestre ont-ils été un peu gênés, du fait du volume sonore, parfois un peu fort pour la petite taille de l’endroit et la proximité avec le public.

L’ensemble est d’autant plus plaisant que Petites histoires de cirque présente une grande inventivité au niveau des accessoires et décors. Particulièrement, une galerie de véhicules bricolés, à la taille de jeux d’enfants, servent aux artistes pour se déplacer sur la piste, et forment une ronde avant le salut final. Caravane à ascenseur monte-diabolo, petit train remorquant les cages miniatures du dompteur-pour-de-faux, tout est joliment fignolé.

En bref, il s’agit d’un spectacle d’autant plus méritant qu’il réalise un équilibre délicat entre une filiation au cirque clairement identifiable et un détournement constant et imaginatif des numéros attendus. C’est enlevé et joyeux, et cela prend les spectateurs, quel que soit leur âge, pour des personnes capables d’apprécier un humour un peu élaboré quelque peu teinté de poésie. Une belle expérience à tenter en famille!

Le Cirque dans les étoiles poursuit sa route entre deux passages par sa base dans les Yvelines: à guetter, pour en profiter s’il passe près de chez vous!

 

Distribution:

Avec: Bruno West, Jonas Thomas, et Véronique Calderari
Musique: Gabriel Westphal et Arthur Henn

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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