Expos

Nature-Culture-Nourriture : la raison d’être de la Zone Sensible – Ferme urbaine de Saint-Denis

Nature-Culture-Nourriture : la raison d’être de la Zone Sensible – Ferme urbaine de Saint-Denis

07 octobre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Ouverte au public en 2018 à l’initiative du Parti Poétique, la Zone Sensible – Ferme urbaine de Saint-Denis est un lieu atypique, mêlant la culture de la terre et celle de l’esprit. Chaque année, elle accueille plusieurs artistes en résidence, dont les projets sont en lien avec la nature alentours.

Vue générale de la ferme.

Le Parti Poétique et la Zone Sensible – Ferme urbaine de Saint-Denis.

Installé à Saint-Denis depuis 2003, le Parti Poétique s’attache particulièrement à mettre en œuvre des actions et des projets dans l’espace public, en associant tous les types de public. Une tâche particulièrement difficile lorsque l’on sait que les habitants de Saint-Denis représentent à eux seuls près de 155 nationalités différentes.

Une des premières initiatives entreprises par le Parti Poétique a été d’installer des ruches dans l’espace public, les abeilles étant, selon lui, un indicateur de la richesse des territoires. Actuellement, ce sont environ 700 kilos à 1 tonne de miel Béton, qui sont produits chaque année sur les trottoirs, les places, les théâtres…, où les abeilles sont installées dans le cadre des projets de « pollinisation de la ville ».

Miel Béton produit sur la ferme.

Plus récemment, en 2016, le Parti Poétique a remporté l’appel à projet de la Ville de Saint-Denis concernant la reprise d’une ferme maraîchère du XIXe siècle, encore en activité aux portes de Paris, sur la plaine des Vertus. Le collectif dispose d’un bail de 25 ans pour récréer un espace de biodiversité sur cette ferme urbaine, qui s’étend sur près d’un hectare et qui est alimentée par son propre forage. Pour l’aider, l’institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement AgroParisTech lui a fourni des informations sur la qualité des sols.

Au-delà de sa fonction nourricière, le Parti Poétique a souhaité également faire de cet espace un centre de production d’art, à même de sensibiliser le public à différentes thématiques et à divers enjeux de société. Ainsi, depuis son ouverture au public en 2018, la ferme dispose d’un espace événementiel au sein de la Zone Sensible, appelé Espace 365. Celui-ci offre une programmation pluridisciplinaire (expositions, concerts, cinémas en plein air…) et transgénérationnelle autour de la nature, de la culture et de la nourriture. Pensé comme un « green cube », un espace décloisonné qui prend le contrepied des « white cube », ce lieu tire son nom des 365 mètres carrés consacrés 365 jours par an à la création contemporaine.

À terme, en partenariat avec le chef Alain Ducasse, le projet MIEUX !, une académie de cuisine, verra également le jour à proximité, toujours dans l’optique de promouvoir une nourriture locale, saine et de qualité, dans une ambiance conviviale et de partage.

https://www.facebook.com/zonesensible/

[N.A !] Project.

En 2011, seulement un à deux ans après sa naissance, la marque [N.A !] (Nature Addicts), fondée par Bertrand Jacoberger, a souhaité renforcer son engagement en faveur de l’environnement en invitant le grand public à changer de regard sur le monde, par le prisme de l’art. C’est ainsi qu’est né [N.A !] Project, un fonds de dotation en faveur de l’art contemporain. Ce dernier soutient dans la durée des artistes engagés, dont les œuvres sont liées à la nature, l’environnement, les changements globaux, la biodiversité, l’alimentation et l’humain, comme Intelligent Beehive, le projet de ruches connectées d’Anne-Marie Maes, qui a vu le jour sur son toit, à Bruxelles. Selon lui, tout comme l’alimentation, l’art peut nous nourrir, nous enrichir et éveiller nos consciences aux enjeux de nos sociétés. 

En 2019, [N.A !] Project s’est associé au Parti Poétique pour lancer une bourse [N.A !] – 365, afin d’accueillir des artistes plasticiens en résidence au sein de ce laboratoire de création à ciel ouvert qu’est la Zone Sensible et de leur offrir une bourse de création. Les projets réalisés au cours de cette dernière ont été présentés sur l’Espace 365 au moment de l’équinoxe d’automne le 23 septembre 2019. L’idée est de réaliser petit à petit un parcours d’œuvres pérennes sur la ferme et d’accompagner chaque année deux artistes dans leur démarche de production et de recherche.

Vue de l’Espace 365 avec l’ensemble des installations artistiques.

https://na-project.org

Cette année, les deux lauréats de la bourse sont Raphaël Dallaporta et Morgane Porcheron.

Raphaël Dallaporta.

En résidence depuis juin 2019 au sein de la Zone Sensible, Raphaël Dallaporta a souhaité remettre le soleil et le rythme des saisons, au cœur de l’organisation de nos vie, en imaginant Méridienne, un cadran solaire géant qui domine l’Espace 365.

Raphaël Dallaporta devant sa Méridienne.

Cette œuvre célèbre le temps et les saisons, deux facteurs très importants pour l’agriculture, qui connaissent de graves changements.

Elle se compose d’une méridienne, matérialisée par une installation au sol, qui marque la division de l’année en deux et le midi solaire. Une chaise qui, comme le Mont Blanc, culmine à 4807 mètres, dessine de son ombre la position du soleil et donc l’heure de la journée. Percée en son centre, son assise est inclinée de 49° pour projeter une ombre assez ronde du soleil.

Les plus visiteurs les plus audacieux pourront faire l’ascension et s’installer quelques instants dans cette parodie de chaise d’arbitre, du haut de laquelle il pourra contempler l’horizon, la biodiversité et l’extension de l’urbanisation. Chaque passage laissera une trace puisque la personne assise sera reportée au sol et marquée par un repère qui restera sur place. L’ensemble des repères formera ainsi une constellation des personnes qui auront marqué le temps.

Pour ce projet, l’artiste a bénéficié de l’aide de l’astronome Denis Savoie, un des spécialistes mondialement reconnus des cadrans solaires : l’emplacement de chaque élément de la pièce a donc été calculé avec une extrême position.

Tout comme les autres œuvres de Raphaël Dallaporta, Méridienne interroge la nature face à la science et à la technique.

https://www.raphaeldallaporta.com/

Morgane Porcheron.

Héritière de l’Arte Povera et du Land Art, Morgane Porcheron s’intéresse aux rapports entre nature et constructions humaines. Dans le cadre de sa résidence au sein de la Zone Sensible, elle imagine Construction structurée, deux sculptures architecturales évolutives, composées d’une armature en treillis métallique enfermée dans une gangue en terre rouge crue.

Morgane Porcheron devant Construction structurée.

Cette installation fait écho aux serres se trouvant sur la ferme, ou du moins, à des vestiges de serre… Elle renferme du terreau et des graines de fèves qui, sous l’effet de l’humidité et de la chaleur, perceront petit à petit leur cocon terrestre pour laisser place à une arche végétale. Cette œuvre vivante témoigne à la fois  de la maîtrise de l’Homme sur la nature et, inversement, de la force et de la constance de cette dernière à reprendre ses droits.

Dans les créations de Morgane Porcheron, on observe toujours cette dualité entre matériau industriel et naturel, symbole d’un questionnement sempiternel : Qui du vivant ou de la matière inerte l’emportera à la fin ? À cette interrogation fondamentale, nul ne peut apporter de réponse car personne ne peut prédire la forme finale de ces œuvres vivantes, ni leur évolution.

www.morganeporcheron.com

Jean-Pierre Sageot, Trapier & Duporté : trois autres artistes en résidence au sein de la Zone Sensible.

Non loin de ces installations, vous pourrez admirer une série de dix tirages photographiques sur alu Dibond réalisée par Jean-Pierre Sageot entre septembre 2017 et juillet 2018. Véritable travail documentaire l’instar de celui mené par les anthropologues, ces photos retracent les temps forts de la ferme urbaine depuis sa reprise par le Parti Poétique, ainsi que les mutations opérées grâce aux travaux de réhabilitation menés. Le photographe, en résidence sur la Zone Sensible, est ainsi devenu le témoin de la vie de la ferme, de ses transformations et des rencontres qui ont eu lieu avec les scolaires et les habitants.

Photographie de la ferme urbaine prise par Jean-Pierre Sageot

http://www.signatures-photographies.com/photographe/jean-pierre-sageot

En parallèle, tous les mois, Trapier & Duporté, un duo d’artistes plasticiens proposent des œuvres ou des performances, dans le cadre de leur résidence de recherche au sein de la Zone Sensible. Ce mois-ci, il présente Ce qu’il nous reste, une œuvre ambiguë, qui évoque à la fois la rosée du matin sur l’herbe et les lendemains de fête qui déchantent, où l’euphorie de la veille laisse souvent place à une atroce migraine et des remords. Elle se compose d’un baril alimentaire, d’une pompe de drainage, d’un brumisateur et de vin rouge, qui forme une sorte de système d’épandage. Prenez garde à ne pas vous approcher de trop près si vous ne voulez pas repartir avec une odeur de piquette et les vêtements maculés de tâches rougeâtre, comme si vous vous aviez écumé les bars et vous étiez frotté à une cohorte d’ivrognes. Le travail de Trapier & Duporté part en effet du postulat que le monde est une fête et que notre époque en est l’after… Une vision pessimiste contrebalancée par leur seconde œuvre exposée sur la ferme.

Ce qu’il nous reste.

Plus loin, au cœur de la ferme urbaine, au-delà de la place centrale, d’où l’on peut observer le cycle des récoltes au fil des saisons, se dresse un long tube métallique surmonté d’un bloc de sortie de secours. Cette seconde création du duo de plasticiens, intitulée Sans titre – sortie de secours, laisse entrevoir une lueur d’espoir. La flèche de cette signalétique bien connue de tous désigne en effet le sol, comme si l’unique moyen de s’en sortir est de renouer avec la terre.

Sans titre – sortie de secours.

Tout comme chaque plantation a trouvé naturellement sa place au sein de la Zone Sensible – Ferme Urbaine de Saint-Denis, chaque oeuvre présentée a su également trouver ses racines, en harmonie avec le cadre naturel environnant. 

Place central au coeur de la ferme.

Expositions des oeuvres des résidents du 23 septembre au 19 octobre 2019, au sein de la Zone Sensible – Ferme Urbaine de Saint-Denis. Ouverture au public chaque samedi de 10h à 18h. Entrée libre.  

Prochains projets à venir dans le cadre du [N.A !] Project :

  •  Du 23 octobre au 23 décembre 2019 : Cosmopolis #2 au Centre Pompidou (Le [N.A !] Project soutient la plateforme de l’exposition et le projet de l’artiste Fernando Garcia-Dory) ;
  • Octobre / novembre 2019 : Les artistes présentés depuis cinq ans chaque année à der Tank par [N.A!] Project exposent à Paris, au centre culturel suisse sous le commissariat de Chus Martinez ;
  • Du 13 au 17 novembre 2019 : David Wahl en résidence au Musée de l’Homme, à Paris ;
  • Courant mars 2020 : Installation par l’artiste Anne-Marie Maes d’une ruche connectée dans le jardin du siège de Solinest, à Brunstatt.

Visuels : Photographies de ©Magali Sautreuil.

Infos pratiques

Festival international des arts de la marionnette à Saguenay (FIAMS)
Théâtre de la Contrescarpe
Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *