Cirque
Biac 2021 : « Parallèle 26 » : Crise existentielle en cage

Biac 2021 : « Parallèle 26 » : Crise existentielle en cage

13 février 2021 | PAR quentin didier

Pour sa quatrième édition, la Biennale internationale des arts du cirque n’ouvre ses portes qu’aux professionnels, situation sanitaire oblige. Ces « rencontres professionnelles » organisées sur quelques jours au début février en partenariat avec la fondation BNP Paribas, permettent aux artistes de tout de même présenter leur travail devant du public. La compagnie Archaos (partenaire de cette Biennale) et la compagnie Sylvie Guillermin ont conçu Parallèle 26 en 2006. Cette œuvre circassienne est aujourd’hui reprise par une troupe de jeunes artistes de l’Ecole du cirque CRAC Piste d’Azur à la Roquette sur Siagne, et de l’Ecole de danse PNSD Rosella Hightower à Cannes.

Il faut dire que ce spectacle fait particulièrement écho à la triste actualité que nous refusons de nommer une énième fois. Parallèle 26 c’est plusieurs acrobates qui évoluent dans une cage composée de 26 perches métalliques machiavéliquement agencées. Prisonniers et désemparés, les 8 artistes livrent un spectacle grandiose en évoquant l’enfermement, la solitude, l’aliénation… Ça vous dit quelque chose ?

Sortir de la cage

Où donner de la tête avec une mise en scène aussi spectaculaire ? Les artistes livrent chacun une performance singulière avec force et agilité. Ils descendent, remontent, s’échappent, se coincent dans cette cage en métal si symbolique. Mais comment peuvent-ils bien échapper à cette prison aussi physique que mentale ? Parallèle 26 construit son propos et sa mise en scène autour de cette quête de liberté, une liberté qui s’assimile ici à un soulagement. On assiste alors à une chorégraphie structurée mais en apparence déstructurée, avec des passages presque frénétiques. Les mouvements des danseurs et acrobates paraissent alors instinctifs, comme une pulsion qu’ils ne peuvent pas refreiner. Ils laissent place à leurs instincts les plus primaires, il est nécessaire pour eux de bouger et d’être en mouvement. Le parallèle avec l’expression artistique, et particulièrement les disciplines des arts du cirque, est très joliment trouvé. La partition elle, incorpore de nombreuses percussions, rappelant la matière métallique et toute sa froideur. La musique semble assaillir les jeunes acrobates. Dans cette cage, le calme est une utopie que les artistes vont perpétuellement rechercher.

Une prison mentale

C’est une intensité certaine qui parcourt Parallèle 26. Celle-ci est jalonnée par des instants de grâce où dans des élans humanistes, les personnages interagissent et s’entraident. Alors la collectivité apparaît comme un salut dans cet univers carcéral glacial. Dans une époque toujours plus individualiste, on comprend la volonté de cette création circassienne d’interroger le rapport aux autres. C’est un ballet intense et particulièrement bien réfléchi qui nous est présenté ici. Les mouvements propres aux arts du cirque communiquent parfaitement les émotions des interprètes. Ces derniers s’émancipent sous nos yeux au fur et à mesure du spectacle. La frustration amène un puissant désir de liberté que les personnages pourchassent toujours. On peut sans trop de doute faire un parallèle avec les temps actuels où le secteur culturel, comme bien d’autres pans de la société, est muselé. L’individu lui-même est aliéné. Parallèle 26 nous amène alors à la réflexion : comment sortir de la cage ?

La Biennale internationale des arts du cirque 2021 en partenariat avec Archaos, met à votre disposition l’intégralité du spectacle Parallèle 26 des compagnies Archaos et Sylvie Guillermin.

Visuel : ©Philippe Cibille

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