Théâtre
Kheireddine Lardjam enfonce son clou

Kheireddine Lardjam enfonce son clou

13 février 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

A la demande de Kheireddine Lardjam, Marion Aubert a écrit un texte sur les traces de la guerre de l’Algérie dans notre imaginaire collectif. La pièce programmée pour 2022 est prometteuse.

Marion Aubert est une écrivaine dramaturge, chevalier de l’ordre des Arts et lettres, connue depuis 1996 pour ses déjà nombreuses pièces mises en scène en principal par Marion Guerrero. A la demande de Kheireddine Lardjam, Marion a écrit sur une réalité qu’elle découvrait  : le premier match entre l’équipe de France et l’équipe d’Algérie  en 2001,  presque 40 ans après l’indépendance!

Nouvel Opus de son travail sur l’Algérie.

Après Page en construction (2016), End/ignés (2018) Désintégration (2019) Fièvres, généalogie d’une insurrection (2020) Kheireddine Lardjam et sa troupe répètent au Théâtre Quartiers D’Ivry, à la table leur prochain spectacle, un texte sur l’histoire de la décolonisation. La pièce  En pleine France plonge dans le substrat d’une histoire nationale mal digérée car à peine abordée ; elle se veut une chronique de la colonisation et de la décolonisation, une portion de l’histoire de l’émigration-immigration d’une population plurielle pensée comme une masse compacte et indifférenciée. 

La guerre d’Algérie, substrat invisible de la société française.

En 1958, débute ce qui allait devenir les événements d’Algérie, patronyme pudique de la guerre d’indépendance. Un couple de professeurs nouvellement nommés, les époux Monnerot, débarquent en Algérie, ils seront assassinés près de Batna. La même année onze footballeurs musulmans d’Algérie quittent leurs club de métropole pour créer l’équipe du FLN et participer activement à la lutte pour l’Algérie indépendante.

En 2001, le premier match amical oppose les deux équipes séparées par la Méditerranée. Dans les tribunes, une majorité d’algériens de France reprend en cœur  l’hymne algérien ;  la Marseillaise est sifflée. Le match est suspendu à la 75è minute de jeu après l’envahissement du terrain par des jeunes supporters alors que les bleus mènent 4 à 1. 

En 2010 Mediapart, organe de presse pro Tarik Ramadan allume le feu de la paranoïa et prétend que des acteurs du football français envisagent des quotas au sein de l‘équipe nationale. Les travaux ne concernent pas le souvenir des 11 footballeurs de 58 mais principalement des jeunes joueurs d’Afrique sub-saharienne susceptibles de changer de nationalité après leur formation en France. Mais les esprits s’échauffent. Le fantasme et l’emballement médiatique qui suit en disent long des susceptibilités à fleur de peau, des émotivités, et aussi des penchants coloniaux, des pensées culpabilisantes et secrètes.

L’épisode du match de foot est pathétique comme ce déclassement de la pensée cependant qu’il est un cri ; Marion Aubert a écrit un texte chorale qui devient synecdoque édifiante de l’histoire commune. A l ‘intérieur d’un Cluedo imaginaire, la pièce veut dévoiler le trauma caché dans  la cuisine, le grand salon ou la bibliothèque. Partout des gens et des dires inutiles ou pas circulent, se bloquent, bifurquent, se sédimentent. Des gens qui  soufrent et s’engluent dans le présent pour ne pas savoir revisiter le passé.

Kheireddine Lardjam est un combattant romantique 

Kheireddine Lardjam est un homme de cœur (le nom de sa compagnie El Ajouad signifie Les généreux, d’après le titre d’une pièce de Abdelkader Alloula, dramaturge assassiné en 1994 en Algérie par des islamistes) ; il est un militant discret et anxieux. Il refuse la victimisation, contourne les stigmatisations comme les dénis, les amalgames et les raccourcis. Sa pensée, si nous osions la périphrase, réside dans une conviction forte identique à celle de Simone Veil en la réconciliation mais appliquée à la France et de l’Algérie. Il rêve de rincer les nœuds créés par l’histoire, par les peurs, les racismes et les radicalités. Il rêve qu’enfin la France entende la déclaration d’amour de ces jeunes et sachent  y répondre. Il est temps d’essayer l’amour. Sa voix nous oblige. C’est avec impatience que nous attendons la création de la pièce où nous retrouverons Linda Chaib, Azzedine Benamara, Nedjma Benchaib, Marie Cécile Ouakil et Marion Casablanca.

EN PLEINE FRANCE. Texte Marion Aubert, mise en scène Kheireddine Lardjam, scénographie Estelle Gautier, Avec Linda Chaib, Marion Casabianca, Marie-Cécile Ouakil, Azeddine Benamara, Mohamed Rouabhi, Elya Birman et Issam Rachyq-Ahrad.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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