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Brahms par Sasha Waltz, Bach par Laurent Chétouane : le mariage de la musique sacrée et de la danse contemporaine

Brahms par Sasha Waltz, Bach par Laurent Chétouane : le mariage de la musique sacrée et de la danse contemporaine

15 juin 2015 | PAR Christophe Candoni

Sasha Waltz avec le Deutsches Requiem de Brahms, Laurent Chétouane avec la Passion selon Saint Jean de Bach : deux chorégraphes et metteurs en scène s’emparent d’œuvres sacrées qu’ils réinterprètent extraites de leur contexte religieux pour mieux mettre au cœur de leur représentation la portée émotionnelle de la musique. Si Human Requiem donné à la Philharmonie de Paris est une bouleversante réussite, on ne peut en dire autant de l’inepte BACH / PASSION / JOHANNES qui clôturait à Montreuil les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis.

Il y a deux façons d’assister au très original Deutsches Requiem donné à la Philharmonie : l’écouter, traditionnellement assis au balcon de l’ex-Salle des concerts de la Cité de la musique ou le vivre, inhabituellement debout et pieds nus, à l’étage inférieur, débarrassé pour l’occasion de ses sièges et de la scène. Les spectateurs sont ainsi invités à se séparer du confort sécuritaire propre au cérémonial concertant jugé parfois compassé et assister à une réelle exploration sensible et totale de la musique qui prend alors une autre dimension en engageant tout l’être. C’est l’enjeu de cette performance imaginée par Jochen Sandig et Sasha Waltz, produite au Radialsystem V de Berlin, un ancien entrepôt devenu lieu de recherche de formes innovantes en abolissant la frontière salle/scène pour réconcilier tradition et modernité.

Le Requiem allemand de Brahms, le Rundfunkchor Berlin l’interprète inlassablement, saison après saison, dans le monde entier, dans sa version orchestrale (sous la direction de Kent Nagano entre autres) et dans la version londonienne de l’ouvrage, comme c’est le cas ici, pour piano à quatre mains.

Les 65 choristes de l’ensemble berlinois, les solistes (la soprano Sylvia Schwartz et le baryton Konrad Jarnot) se mêlent à l’assistance. Anonymes, en vêtements du quotidien, ils déambulent librement dans le vaste espace nu et faiblement éclairé suivants des trajectoires aléatoires qui traduisent l’hésitation hagarde, la perte de repères d’un groupe dont les membres endoloris se rencontrent à travers des regards furtifs et quelques accolades discrètes mais intenses. Ensemble, chanteurs et spectateurs forment une communauté errante et consolante. Un cortège s’organise où les dépouilles sont portées et amenées au sépulcre.

Le Requiem de Brahms n’est pas tant une lamentation pour les morts qu’un chant fervent pour la vie célébrée par les mouvements allègres et enfantins de balançoires qui descendent des cintres. Entre dépouillement et recueillement, ce concert performatif fut simplement beau et fort, généreux, émouvant, humain.

Laurent Chétouane qui travaille régulièrement sur des chefs d’œuvre du répertoire classique (Beethoven, Stravinsky) s’attaque cette fois à Bach. Pourtant, sa dernière pièce chorégraphique donne l’impression qu’il n’écoute ni ne comprend la musique. Chétouane se demande : qu’est-ce qui touche dans la musique et comment ? Il invite alors ses danseurs à mettre en geste la manière dont la musique agit sur eux et sur leur relation à l’Autre. Plus intuitive que figurative, la danse est d’une désespérante neutralité. Les corps inexpressifs s’égarent dans des mouvements d’une incroyable mollesse, si minimalistes et hasardeux qu’on les croirait totalement improvisés. Il en va de même pour l’exécution musicale assurée par le Solistenensemble Kaleidoscop. Non pas que la réduction de la partition pour un orchestre de chambre de sept instruments et une interprétation en creux ne soient pas valables. On voit bien dans la pièce de Sasha Waltz comme le piano seul peut apporter en intimité et en émotion pure à la place de l’opulence d’un orchestre entier. Mais ici la musique de Bach devient une matière sonore dissoute, informe, dénervée, dépourvue de ses couleurs, contours et reliefs. « Il ne s’agit pas de l’interpréter musicalement à la perfection » disait le programme de salle ! Au moins, on était prévenu… Tout semble donc atone, amorphe dans cette Passion dépassionnée.

Visuels BACH / PASSION / JOHANNES © Benoïte Fanton, Human Requiem © M- Heyde.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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