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SENSE8 sur Netflix, la communion des « Sensates »

SENSE8 sur Netflix, la communion des « Sensates »

15 juin 2015 | PAR Jérôme Avenas

La première saison de Sense8, écrite par Lana et Andy Wachowski est une grande réussite. La série met en scène huit personnages doués de pouvoirs télépathiques, répartis sur quatre continents. Reliés par une étrange femme, traqués par un homme aux motivations mystérieuses, les « Sensates » ressentent ensemble douleurs et plaisirs. Une histoire singulière et captivante qui prend le temps de donner vie aux personnages.

Sense8 fascine dès le pilote : n’écoutez surtout pas ceux qui vous diront qu’il faut passer le cap des trois premiers épisodes pour commencer à trouver de l’intérêt à la série de Lana et Andy Wachowski (les créateurs de Matrix et Cloud Atlas). On découvre le réseau sophistiqué de huit personnes reliées par un don télépathique. Qu’ils soient de Mumbai, Nairobi ou Berlin, de Chicago, Reykjavik en passant par Séoul, San Francisco ou Mexico City, les personnages apprennent au fil des épisodes à se visiter, à ressentir les uns au travers des autres, à se servir des compétences de chacun pour affronter un danger. Pourquoi eux ? Pourquoi ce don ? À quelles fins ? Autant répondre à la question « pourquoi la vie ? »… N’écoutez pas non plus ceux (nombreux) qui ne trouvent pas de signification à ces connectés des sens, qui ne comprennent pas ce qui se passe. Pourquoi, d’ailleurs, cette résistance à une narration qui ne mâche pas le travail du spectateur mais lui demande une confiance aveugle et teste sa capacité à accepter le mystère ? Sommes-nous devenus des spectateurs-consommateurs pressés – donc paresseux – au point d’exiger de tout savoir, de tout comprendre dès le premier épisode ?

Sense8, c’est avant tout de beaux personnages auxquels on s’attache très vite. Pour n’en citer que trois, nos préférés : Sun, la fille sacrifiée d’un grand industriel coréen, kick boxeuse de génie, empêtrée dans la promesse faite à sa mère mourante de prendre soin de son petit frère, escroc sans scrupule, Nomi, l’hacktiviste trans’ de San Francisco qui affronte avec courage les dogmes mortifères de sa famille, Wolfgang, né dans l’ex-Allemagne de l’Est, musicien contrarié par un père tyrannique, viscéralement attaché à son ami d’enfance. Tous ont une histoire personnelle, au-delà des frontières, au-delà des religions, qui résonne avec nos préoccupations, nos angoisses et nos émotions. Dans un monde du « tous connectés », les Wachowski nous rappellent qu’avant tout, nous sommes « tous reliés », ne serait-ce que par la condition humaine.

La série aux images souvent d’une grande beauté, au montage efficace place la maternité biologique face à la maternité spirituelle. Qui nous met réellement au monde ? Quel est le véritable jour de notre naissance ? Comment trouvons-nous notre place ? Chaque personnage entretien une relation problématique avec son héritage familial. Conflit pour les uns, attachement extrême pour les autres. La première image commune aux huit « Sensates » (les Sensitifs en français), c’est celle de la mystérieuse Angelica, qui les relie et les met symboliquement au monde.

Qu’on ne se trompe pas, Sense8, n’est pas seulement le récit simultané des joies et emmerdements de huit personnages sur quatre continents, c’est aussi l’histoire d’une traque qui s’installe lentement, efficace parce qu’aussi violente qu’énigmatique. Qui veut anéantir le lien précieux, subtil et puissant des huit « Sensates » ? On le découvrira plus tard dans une autre saison, peu importe et tant mieux. Une bonne série n’épuise pas dès la première saison son potentiel narratif, elle ne « franchise » pas son pitch jusqu’à l’écœurement du spectateur. En ce sens, Sense8 est déjà une très bonne série.

Visuel : Affiche et photo ©Netflix

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Jérôme Avenas

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