Spectacles
A Paris, des spectacles musicaux pour les fêtes

A Paris, des spectacles musicaux pour les fêtes

30 décembre 2013 | PAR Christophe Candoni

La reprise chicissime de My Fair Lady au Châtelet, Psyché de Molière exhumée à la Comédie-Française en cabaret néobaroque peu inspiré, une revisite décalée et jubilatoire du Didon et Enée de Purcell aux Bouffes du Nord…  La capitale caresse le rêve de se faire un peu Broadway, pour le meilleur et le moins bon. Tour d’horizon des spectacles musicaux de cette fin d’année.

Adapté de la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw, immortalisé au cinéma en 1964, le standard My fair Lady fait chaque soir le bonheur du public du Châtelet comme à sa création en 2010. Orchestré d’une main de Maître et dans les pures règles de l’art par le metteur en scène Robert Carsen, ce grand spectacle séduit irrésistiblement par la beauté époustouflante de ses décors et ses costumes, la malice de son histoire, l’allant de ses airs et ses danses, et par ses formidables interprètes. Aussi bons acteurs que chanteurs, Katherine Manley joue une délicieuse Eliza  Doolittle, Alex Jennings un professeur Higgins malin, Ed Lyon un irrésistible Freddy. Un luxuriant divertissement.

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A la Comédie-Française, la sociétaire Véronique Vella monte Psyché de Molière. La déception l’emporte sur la curiosité face à un texte très rarement joué mais maladroitement défendu par la troupe.

La pièce commandée par Louis XIV à Molière en 1671 pour fêter la réouverture de la salle des machines du Palais des Tuileries recèle d’effets à faire éclore la somptuosité d’un deus ex machina porté à son comble et visant à épater le spectateur de l’époque. Véronique Vella met quant à elle astucieusement en branle le plateau nu de la salle Richelieu sur tournette, dévoile  et use de ses cintres et ses trappes, mais d’une manière bien rebattue depuis le Cyrano de Podalydès (réalisé avec autrement plus de virtuosité) et qui paraît désormais aussi redondante que désuète.

Malgré la musique et les airs entraînants de Vincent Leterme, tout dans cette comédie musicale est lourdeur et manque de goût, des décors et costumes (la Venus rasta-baroque de Silvia Bergé !) à l’interprétation des acteurs qui surjouent constamment. Les deux sœurs garces et piaffantes de Coraly Zahonero et Jennifer Decker dans un remake appuyé des Précieuses ridicules tout comme les prétendants d’opérette que sont Félicien Juttner et Pierre Hancisse font sourire un temps puis agacent. Seule, dans le rôle-titre, Françoise Gillard fait merveille.

Plongé dans l’état de léger ennui que nous inspire cette Psyché, on pense à l’autre tragi-comédie, pas musicale celle-là mais bien stridente, que jouent en coulisses les sociétaires de la maison. Ces-derniers manifestent dans une lettre adressée à la Ministre de la culture leur souhait de voir partir Muriel Mayette en dénonçant l’absence d’une réelle politique artistique… alors qu’ils assument eux-mêmes et « en famille » la majorité des mises en scène de la saison en cours et déjà pas mal de productions passées, hélas, sans faire de miracle. Ils disent être désireux d’un théâtre plus radicalement contemporain dans sa forme que ne le propose l’actuelle administratrice et veulent jouer sous la direction de grands metteurs en scène européens de la trempe de Thomas Ostermeier. Soit. Pourquoi alors ne saisissent-t-ils pas l’occasion quand elle leur est donnée de prendre le chemin de la modernité scénique et par là même de donner plus de poids à leurs prétentions ? Leur inadaptation au jeu avec micro HF et l’exaltation d’un théâtre passéiste comme l’est Psyché ne semble guère aller dans ce sens.

le-crocodile-trompeur_victor-tonelli_carrousel_02Tout aussi hétéroclite et foutraque que Psyché mais par bonheur plus drôle, plus fin et plus inventif, Le Crocodile trompeur, une libre adaptation de Didon et Enée de Purcell cosignée par les metteurs en scène Samuel Achache et Jeanne Candel aux Bouffes du nord, est un pur moment de plaisir.

Le crocodile qui donne son nom à l’énigmatique titre de ce spectacle est le bel Enée (Lawrence Williams) dont la reine carthaginoise Didon (Judith Chemla) est tombée amoureuse mais finit délaissée sans ménagement.

Le spectacle réunit de jeunes artistes et une somme incommensurable de talents divers et complets. Aussi bons  comédiens, chanteurs, musiciens, ils se présentent en scène dans l’habit parfaitement soigné de concertistes lyriques. Mais la queue de pie ne trompe pas longtemps. Ceux-là sont bien peu conventionnels et usent d’un esprit décoiffant qui n’est pas du tout classique. Leur excentricité est toujours juste, jamais gratuite. L’émotion est également présente.

Sur le plateau, le décor brocanteur de Lisa Navarro conjugue à merveille simplicité et inventivité. On y voit pèle-mêle une montagne de pierres et de plâtres entre autres débris, un lustre chancelant, un arbre qui saigne, des bâches, une tête de biche. L’univers dans lequel nous fait plonger cette joyeuse équipe d’artistes est à la fois très singulier, loufoque et déglingué.

Florent Hubert ouvre la pièce en adoptant un savoureux ton d’ingénu et livre une conférence faussement savante sur l’harmonie des sphères, de la musique, de la famille, des corps humains, de la cité tandis que le spectacle qui suit se déroule à l’inverse sous les signes de l’éclatement et de la pluralité. Vladislav Galard est un drolatique meneur de revue en parfaite complicité avec le public qu’il entraîne malicieusement comme dans le jeu de la grappe au raisin empoisonné, Leo-Antonin Lutinier en chef d’orchestre élastique planté sur des skis ne craint pas les chutes et fait hurler de rire. Tous s’amusent et amusent sans complaisance. Judith Chemla, merveilleuse chanteuse lyrique, resplendit. La troupe entière est brillante.

 

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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