Spectacles

« Void story » au Centre Pompidou : une « psychanalyse de l’anti-conte de fées » signée Forced Entertainment

13 février 2010 | PAR Soline Pillet

Tim Etchells, directeur de la compagnie britannique Forced Entertainment, n’en finit pas d’étonner. Après avoir mis en scène un monologue surréaliste présenté au Festival d’Automne 2009, il revient avec « Void Story », sa dernière création, qui explore une nouvelle fois des formes inédites.

L’idée est simple, et pourtant on n’avait jamais vu ça : un film d’animation doublé en live. Peu habitué à un tel spectacle, le regard  du spectateur se promène, passe de l’écran où défilent des images d’animation à la facture naïve, aux quatre comédiens sur scène qui réalisent doublage et bruitages, lisant leur script et manipulant la régie à vue. S’agit-il vraiment de performance, de spectacle vivant ? La réponse est oui, tant l’observation de ces comédiens au travail est fascinante : modifiant leur voix, réalisant les bruitages, ils dévoilent de ces « trucs » pour obtenir certains effets sonores que le spectateur n’a jamais l’occasion de voir.

Le photomontage, réalisé par Tim Etchells lui-même, n’a rien de révolutionnaire du point de vue esthétique, évoquant davantage le roman-photo que le véritable film d’animation afin de ne pas court-circuiter la performance des comédiens en surchargeant le regard. Le texte aux multiples  allégories concentre en revanche de nombreuses lectures possibles. Il relate les péripéties ubuesques d’un couple qui, expulsé de son appartement,  va aller de mésaventure en mésaventure à travers un monde en plein chaos. La fiction ressemble étrangement à une cruelle réalité métaphorique…

Explorant les recoins sombres de l’imaginaire collectif, Tim Etchells écrit une véritable fable contemporaine. Défile un florilège de ces endroits universellement cauchemardesques : une bouche d’égout à la profondeur abyssale, une forêt hostile, une ville en guerre entourée de champs de mine, une fête foraine à l’ambiance malsaine…  Les personnages secondaires, toujours marqués d’un singulier écho contemporain teinté d’humour noir, sont à la hauteur de ce parcours semé d’excentriques embûches. Les héros sont enfermés dans une cabane au milieu de la forêt quand le téléphone sonne. « Connaissez-vous bien Jésus ? » L’interlocutrice se lance dans une délirante élucubration au sujet de Jésus qui aurait eu des problèmes de GPS, puis au moment du crucial dénouement, elle s’interrompt en déclarant qu’on ne peut connaître la fin de l’histoire qu’en échange d’un don par carte de crédit… Eloquente également, la séquence de l’hôpital où deux médecins abusent de l’examen de routine « Avez-vous mal ici ? Et là ?… », qui va se transformer en véritable séance de sévices sur le patient…

Une fois de plus, Tim Etchells et sa bande de lurons timbrés dont la devise est « Stimulating, challenging, provocative, exciting » jettent un pavé dans la mare et distillent avec « Void Story » une vérité terrifiante à prendre au premier degré.

Pour plus d’informations sur la pièce, accédez au site officiel de Forced Entertainment ici

Pour réserver vos places au Centre Pompidou, cliquez ici

« Void Story » par la compagnie Forced Entertainment – Du 11 au 13 février 2010 à 20h30 – Grande salle (niveau -1), Centre Pompidou – Paris 4ème

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

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