Musique

Une rentrée agitée pour l’Opéra de Paris

Une rentrée agitée pour l’Opéra de Paris

24 septembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Avec des reprises assez moyennes de très anciennes productions, le départ du chef d’orchestre Alain Lombard à la suite d’un sacré clash avec la star Roberto Alagna, les déclarations de ce-dernier dans la presse, les grèves des techniciens de l’Opéra et leurs lourdes conséquences sur les représentations de cette semaine, le mécontentement d’une partie du public face aux nouvelles mesures institutionnelles anti-populaires de Nicolas Joël (la hausse des prix des places, la disparition des places debout au fond du parterre à Bastille, la modification des horaires d’ouverture des guichets…), l’Opéra de Paris cumule les bévues.

Ce devait être l’événement inaugural de la troisième saison de Nicolas Joël à la tête de l’Opéra national de Paris, la nouvelle production du « Faust » de Gounod a été donnée, pour sa première, le jeudi 22 septembre, en version de concert pour cause de grève d’une partie des techniciens de l’Opéra. La veille, la première du programme Lifar/Ratmansky, qui marquait la rentrée du ballet de l’Opéra en grande pompe avec défilé et gala Arop à Garnier, a pour sa part été complètement annulée. Rappelons que des grèves similaires contre les réformes des régimes spéciaux de retraite avaient déjà bousculé la programmation de fin de saison l’été dernier : deux représentations d' »Otello » données en version concertante et la première de la création de Wayne Mc Gregor « L’Anatomie de la sensation » reportée de plusieurs jours. D’autres préavis sont susceptibles d’être déposés par les syndicats SUD et FSU pour le début du mois d’octobre, ce qui pourrait empêcher la captation et la retransmission de « Faust » dans les cinémas et à la télévision prévue le 10 octobre.

La nouvelle mise en scène de « Faust » par Jean-Louis Martinoty était pourtant très attendue car elle a la lourde responsabilité de succéder à la légendaire et controversée production de Jorge Lavelli, un des piliers (avec « Les Noces » de Strehler) de l’ère Liebermann. Tous parlaient déjà du spectacle depuis une bonne semaine, lorsque, le vendredi 16 septembre, Alain Lombard qui devait diriger les représentations décidait de claquer la porte inopinément, évoquant pour motiver son départ, les retards répétés du ténor-vedette aux répétitions matinales. Roberto Alagna conteste cette version en rapportant sans vergogne des ennuis de santé qui auraient contraint le chef (70 ans) d’abandonner. Quoi qu’il en soit, la mésentente entre le chanteur et son chef est maintenant de notoriété publique. Alagna a même dit avoir pensé lui aussi déclarer forfait ; il a finalement été rattrapé par la maison au détriment de Lombard remplacé le jour même par le jeune chef français Alain Altinoglu. Celui-ci a assuré avec rigueur et vigueur la générale de lundi 19, finalement ouverte au public. Il serait incorrect de commenter ce qui était avant tout une dernière séance de travail pour les artistes, disons qu’on a pu découvrir lors de cette soirée une réalisation scénique malheureuse, grossièrement spectaculaire, aux effets ridicules et lourdement pompiers. En revanche, elle a donné à voir un plateau vocal solide et chaleureusement accueilli (avec Roberto Alagna en pleine forme malgré l’affectation qu’il décrit dans les journaux) et une direction d’orchestre vive et dramatique.

Pas de quoi se consoler avec les reprises de « Salomé » et de « La Clémence de Titus ». La première est une reprise d’un spectacle exhumé d’un temps antédiluvien, il remonte à l’ère de Pierre Berger. On se réjouissait d’y applaudir Angela Denocke dans le rôle-titre, admirable pour ses prouesses musicales et théâtrales dans les divers Janacek ces dernières années à Paris ; ici, elle a légèrement déçu, tant par sa prestation vocale (fausse et diluée dans les effluves rutilantes de l’orchestre dirigé par Pinchas Steinberg) que par son incarnation scénique. On dira à sa décharge qu’elle n’est pas aidée par la mise en scène peu inspirée d’André Engel. Celle-ci n’évite aucun cliché en plongeant le chef d’oeuvre de Strauss dans un exotisme de pacotille avec pour décor une caverne d’Ali Baba bien peu pertinente. D’un point de vue scénique et dramaturgique, la mise en scène de « La Clémence de Titus » réalisée par Willy Decker est plus intéressante mais largement surpassée par le travail des époux Herrmann importé de la Monnaie et découvert à Garnier il y a quelques années. Klaus Florian Vogt n’ est pas très en place dans ce rôle mozartien mais il est compensé par une distribution féminine de haute volée, dominée par une Stéphanie d’Oustrac électrisante.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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