Pop / Rock

[Live report] Fidlar au Point Éphémère : fabuleux feu d’artifice punk

[Live report] Fidlar au Point Éphémère : fabuleux feu d’artifice punk

20 février 2013 | PAR Bastien Stisi

Le Firewoks Festival ! poursuit sa course éclectique et effrénée, trimballant dans les salles les plus branchées de la capitale les vibrations de sa line-up d’exception. Après la perf’ envoutante et aérienne de Pegase et d’Isaac Delusion la semaine dernière au Café de la Danse, le festival se projetait hier soir vers le Point Éphémère et vers les turbulences engendrées par le punk de Fidlar et de ses californiens voltigeurs et perturbateurs, têtes d’affiche du festival et têtes à claques excitées et vivifiantes :

Le concert, récurrence charmante quasi systématique lorsqu’il s’agit du Point Éphémère, débute en retard, le temps laissé sans doute à l’esprit du punk californien d’infiltrer convenablement le lieu et aux garçons de Fidlar d’affiner et d’acérer leurs guitares et leur garage rock déjanté en coulisses. Le temps aussi pour les Childhood d’occuper les tympans et les rétines du public durant la première partie de la soirée. Peu d’informations filtraient avant le début des hostilités sur ce quatuor britannique, porté par le tube « Blue Velvet » et par un look largement hérité des folles heures rock des années 80’. Rock honnête, linéaire et normé aux consonances grunges et aux longues plages instrumentales et guitareuses, ornementé par le chant désinvolte et énergique d’un chanteur frisé et charismatique, les Childhood occupent la scène une trentaine de minutes durant, et s’éclipsent sans histoire et sans tumulte véritable. On retrouvera un peu plus tard dans la soirée la silhouette longiligne du chanteur, jouant des épaules et slamant rageusement dans la fosse, lorsque l’ouragan punk des Fidlar sera portée à son paroxysme le plus impressionnant…

Cet ouragan, il débutera en réalité dès les premières notes balancées rageusement par les quatre garnements qui occupent la scène avec grandeur et bonne humeur, faisant immédiatement mouvoir sur les sonorités de « Cheap Beer » une fosse littéralement blindée et compacte, champ de grenades punk qui n’attendaient qu’à être dégoupillées afin de pouvoir exploser convenablement. Les Fidlar, acronyme d’un symptomatique « Fuck It Dog Life’s A Risk » (« Et Merde, Faut Savoir Prendre Des Risques »), toujours à la frontière d’un punk rock dynamiteur, d’un garage minimaliste ou d’un rock bitumé flirtant de courts instants avec de la pop énervée, déclament leur amour pour la tise, pour la baise, pour la marijuana, pour la coke et pour le bordel scénique le plus total. L’esprit du punk humecté dans la culture skatteuse la plus naïve et la plus véritable est là, épidermique et originel, dénué de toute modernité et de toute alambiquée sonore. « No Waves », « Got No Money », « No Ass », les Fidlar ne paraissent rien avoir à offrir d’autre au Point Éphémère que leur inépuisable énergie et que la vivacité de leur talent, et exécutent les quatorze titres de leur premier album éponyme en citant alternativement les mélodies transgressives des Hives, le punk-rock adolescent de Blink-182, ou les riffs ravageurs de Joey Ramone et de sa bande, dont les Fidlar reprennent avec efficacité le mythique « LDA ».

Dans la fosse, les épaules se heurtent, les têtes se balancent, les corps les plus endiablés parviennent à monter sur scène afin de se jeter sur leurs congénères et d’entamer des slames sur le toit d’une foule toujours plus compacte, et ce malgré les réprimandes appuyées du service de sécurité. Sur les côtés, les plus apaisés et les plus vieux approuvent et hochent la tête  avec bonheur : le punk est cette musique sans âge et sans langue qui fédère et transcende les générations et les individus, regroupés autour de la même passion du bruit, de la fureur, du refus du conformisme ambiant et de la vitalité la plus totale.

Quatre garçons, quatre accords, mais pas plus de trois minutes pour des morceaux aussi raccourcis que le short de Zac Carper, le turbulent chanteur, ivre de bière et de musique, qui finira par se jeter dans la fosse aux lions, le micro sur les lèvres, porté par les bras d’un public surexcité et tellement abasourdi par la performance enivrante des quatre californiens qu’il gardera en souvenir quelques résidus du tee-shirt du chanteur…Un rappel tonitruant, un dernier assaut punk pour achever les derniers tympans qui tenteraient encore de résister dans la foule, et les Fidlar disparaissent des lieux sans même dire au revoir, comme des amants orgueilleux et désinvoltes qui quitteraient les lieux et les draps de leur partenaire aussitôt après la satisfaction d’un dernier orgasme essentiel…Ce fut court comme un vrai concert punk. Mais ce fut intense.

Visuel (c) : pochette de Fidlar de Fidlar

Découverte d’une oeuvre de jeunesse de Yasunari Kawabata
Dans l’ombre de la lumière : la face cachée d’un saint homme
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

One thought on “[Live report] Fidlar au Point Éphémère : fabuleux feu d’artifice punk”

Commentaire(s)

  • Nanker Phelge

    LDA, reprise « mythique » des Ramones? I don’t think so !

    décembre 8, 2014 at 12 h 12 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *