Pop / Rock
[Live report] Babe, Petit Fantôme et Frànçois & The Atlas Mountains au Bataclan

[Live report] Babe, Petit Fantôme et Frànçois & The Atlas Mountains au Bataclan

19 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Quelques mois après une date d’anthologie à la Gaîté Lyrique et un passage réussi à Rock en Seine, Frànçois & The Atlas Mountains investissaient hier soir le Bataclan afin d’y injecter les noirceurs lumineuses de leur dernier album Piano Ombre. L’occasion également pour François Marry, celui grâce à qui tout a commencé, de rendre hommage aux projets satellites de ses musiciens (Babe et Petit Fantôme) qui forment ensemble les Atlas Mountains depuis une dizaine d’années.

C’était pourtant hier soir l’anniversaire de François Marry. Ceux qui se souviendront de l’air et des paroles de la chanson en « -aire » lui souhaiteront évidemment à plusieurs reprises. Mais loin du narcissisme un peu automatique lié aux circonstances, c’est vers les autres qu’il se tourne ce soir. Et tout sera pensé et effectué afin que tous les projets qui défileront se voient accorder une importance similaire.

Comme dans le début d’un roman d’Agatha Christie, il va falloir à partir d’ici être très attentif aux noms énoncés. Car ces musiciens, s’ils se sont émancipés du projet mère, n’en ont pas pour autant quitté le nid de manière définitive. Les Atlas Mountains paraissent être en effet une véritable famille (nombreuse), qui échangent les rôles et les positions dans l’orchestre en fonction du projet, poupées russes muli-instrumentistes dont il est parfois un peu compliqué de saisir la place exacte…

Babe : cold wave et volupté

Et tout va s’enchaîner de manière assez limpide. C’est d’abord Babe qui investit la scène. Ce projet-là est celui de Gerard Black, le bassiste des Atlas Mountains, qui en profite pour mettre en valeur ici sa voix aiguë et pleine d’échos, au sein d’une pop étirée entre cold wave romantique, disco antarctique, et quelques élans rock fondus dans une house de clinique. « Tilt », « Aerialist Barbette » : les morceaux de Babe évoquent les Cure, mettent en avant l’accent britannique charming de Gerard, et permettent à Amaury Ranger, originellement percussionniste pour les AM, de se charger ici de la basse et du synthé (on rappellera que Gerard et Amaury partagent également le projet Archipel…)

Petit Fantôme, et grosse perf’

Et puis, comme à la maison, François Marry se charge d’occuper la transition Babe / Petit Fantôme en coulisses en venant s’asseoir devant un piano disposé sur le côté, à l’abri de l’exposition lumineuse de la scène. Il y jouera sa « Fille aux Cheveux de Soie », rappelant le live intime et au piano de Christophe, et laissera bientôt sa place à Gerard Black, venu caresser à son tour avec une grâce véritable la douceur de l’éther. Quelques instants avant le concert de Babe, c’était Botibol (membre d’Iceberg) qui occupait cet espace, lui que l’on retrouve désormais sur scène aux côtés de Petit Fantôme, le projet de Pierre Loustaunau (claviériste des Mountains), également entouré ici de François Marry (en charge des synthés) et de l’excellent Jean Thevenin, le batteur des Mountains qui officie aux percussions. D’autres musiciens accompagnent également Pierre.

Bon, il commence à y avoir beaucoup de noms. À peu près autant, en fait, que d’influences dans la musique de Petit Fantôme et dans cette mixtape sublime (Stave, toujours en libre téléchargement par ici), jonchée entre dream pop chamanique, krautrock écorché, et shoegaze éthéré. Une sensation de liberté immense y règne. C’est que le champ d’action du spectre est vaste. Et que cette pop-là s’enroule dans le beau, dans le sensible, dans l’insensé, comme au sein de ces rêves que l’on refuse d’épouser, toujours, de manière trop concrète. Petit Fantôme n’est pas l’être le plus charismatique qu’il soit. Son nom parle pour lui. Et sa musique a sa place. Son morceau « Couvre-moi », qui ponctue le set avec un shoegazing saignant (et un Jean Thevenin absolument habité), en est presque symbolique.

Frànçois, The Atlas Mountains, toute la famille

Et puis, après un nouveau passage de Babe (aka Gerard Black donc) au piano, voici enfin Frànçois & The Atlas Mountains. C’est bien sûr cette arrivée que le public célèbre le plus bruyamment. Et pourtant, ici encore, François Marry va insister pour centrer le propos, non pas sur sa petite personne, mais sur ce groupe qui en est véritablement un. Ainsi, dès l’engagement des débats avec « Bois », issu de ce Piano Ombre dont on livrera les plus beaux instants, le jeu de lumière prend soin d’isoler chaque membre du groupe (François, Pierre, Gerard, Amaury, et Jean, qui vient doubler le jeu de percussions), afin de mieux les regrouper. Les néons circulent, s’évaporent et reviennent, et donnent à la scène du Bataclan la même allure que la pochette du dernier album du groupe. C’est très réussi.

En fond sonore, les grillons interviennent, alors que François Marry engage cette gestuelle tordue, presque curtisienne dans cette façon de déhancher son corps de manière parfaitement inhabituelle. Le timbre s’orientalise, l’afro rock se confond avec une pop transmise en français, les percussions sont au centre du propos. À elles seules, elles font voyager, dans des contrées proches de celles de Glass Animals, d’Animal Collective, de Django Django à la française, proposant un buff d’une jungle aux échos pyramidaux (ceux qui résonnent dans l’Atlas ?) qui trouve son apogée avec le survitaminé tube « La Vérité » (20 000 fois plus convaincant ici qu’en studio), et surtout, avec un « Way to the Forrest » allongé jusqu’à l’extrême et d’une richesse incroyable, qui imposera un constat : la pop de Frànçois & The Atlas Mountains, paraît n’avoir aucune limite, aucun carcan, aucune raison de nous empêcher de la célébrer à outrance.

Avec un bonheur d’être sur scène absolument perceptible (quelle rage, quels sourires sur les visages…), et malgré un passage synthétique raté qui fera intervenir sur scène des danseurs mixtes et masqués (la scène est trop petite, c’est moche) le groupe terminera en invitant tous les membres de cette grande famille recomposée mais aimante sur scène (ça fait du monde), et offrira le tube qui lui a permis de grandir, le mille fois diffusé « Les Plus Beaux ». Encore un symbole au sein d’une soirée qui les aura multiplié. Pour la bonne cause. Celle qui consiste à mettre en avant le collectif aux dépens de l’individualisme.

Visuels : © YBouH

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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