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[Interview] Saint Michel : « pas peur de ne pas être pris au sérieux »

[Interview] Saint Michel : « pas peur de ne pas être pris au sérieux »

21 octobre 2013 | PAR Bastien Stisi

Saint Michel, Making Love & Climbing, Columbia : Sony MusicAprès deux années de travail et la mise sur pied de plusieurs EP très remarqués (« Katerine », « Ceci n’est pas une Chanson »…), les deux garçons de Saint Michel sortent aujourd’hui Making Love & Climbing, leur tout premier album grand format, véritable pépite d’électro pop baroque et romantique. Rendez-vous dans les locaux de Sony pour en discuter aux côtés de Philippe et d’Émile, séparés par une bonne dizaine d’années mais rassemblés dans une volonté commune d’authenticité maximale et de dynamitage de leurs origines sociales versaillaises…

J’avoue être assez surpris : je vous imaginais avec une longue chevelure blonde, une paire d’ailes encastrée dans le dos, et le trio épée / bouclier / armure en guise d’ornement vestimentaire…Malgré ça, y a-t-il quand même un dragon que combat Saint-Michel ?

Philippe : Mais oui, tout à fait, il y a des choses à combattre, et même sans un costume issu d’une iconographie religio-guerrière ! Métaphoriquement, l’image du dragon à qui l’on tranche la tête, c’est notre manière d’exprimer notre volonté de conquérir le Monde et les gens par le biais de notre musique. On aurait pu s’appeler Iron Man 4, mais on a choisi Saint Michel I, dont l’histoire est un peu aussi un gros blockbuster…

Émile : Oui, et d’habitude, on le porte ce costume…

Philippe : Saint Michel, c’est aussi le nom du bateau de Jules Vernes et ça évoque le tour du Monde. C’est aussi le nom des galettes…ça évoque plein de choses plus marrantes, mais on n’ a pas peur parfois de ne pas être pris au sérieux. On met tout notre cœur et toute énergie dans cet album, et c’est ce qui compte.

Vous êtes « nés sous le signe du V », comme le chantait Fuzati et son Klub des Loosers sur un sample de Air (tous issus de la scène versaillaise). Y a-t-il vraiment à Versailles un climat particulier qui favorise l’éclosion musicale, et tout particulièrement l’éclosion électro ?

Philippe : Ok, c’est une bonne référence ! Fuzati a carrément compris le truc et bien fait le tour de la question. Les gens comme lui ou comme nous aimons Versailles pour ce qu’elle est, et surtout parce que l’on a compris que ça provoquait une réaction chez nous. Lorsque tu fais de la musique et que tu habites Versailles, c’est assez lourd à porter, dans la mesure où tu n’es pas franchement dans la norme.  Mais au final, si tout le monde était cool avec des cheveux longs en train de fumer des pétards, on ne pourrait plus être cool et on aurait plus à réagir ! On ne voudrait donc pas que Versailles bouge d’un poil !

C’est encore vrai aujourd’hui ça ? Le passage de mecs comme Air, Phoenix, Daft Punk ou Alex Gopher, qui sont issus de Versailles, n’a pas un peu changé la donne ?

Philippe : Je t’assure que ça ne change pas. Viens, on t’invite à boire un coup ce week-end…

Ça va aller, merci, j’ai des trucs cools à faire à Paris ce week-end…D’ailleurs, c’est bien la capitale parisienne qu’évoque directement votre nom, et non pas les lumières de Versailles. C’est la volonté de jouer sur le côté « French Touch » sexy ?

Philippe : Il y a la volonté d’avoir un nom « à l’ancienne », une manière de sonner très versaillais, bien gosses de riches. On aime bien l’idée que l’on puisse permettre à des nigauds de tomber dans le panneau.

J’imagine que ça vous permet aussi de vous exporter plus facilement à l’étranger…

Philippe : Tu vois, par exemple, tu n’es clairement pas un nigaud ! Le premier réflexe a en effet été de vouloir trouver un nom qui fait français pour un mec qui, justement, n’est pas français. Pour un parisien, « Saint Michel » sonne ringard, mais pour un étranger, c’est cool et sexy. On aurait pu prendre un nom hype qui sonne bien contemporain, comme « One Again », mais on préférait le nom français. On est convaincus que c’est un truc positif à long terme pour le reste du monde, même si on sait qu’actuellement on agace pas mal de français avec notre nom…

…un nom qui vous permettra peut-être d’être compris par le Japon du coup, un pays auquel vous faites référence dans votre album (« I Love Japan ») et auquel on associe forcément Phoenix, un groupe auquel on ne peut s’empêcher de penser en regardant votre parcours…

Philippe : Comme tout le monde, on a beaucoup écouté Wolfgang Amadeus Phoenix, qui se tient quand même très bien du début à la fin. Les autres albums, je ne les comprends pas toujours, je les vois un peu comme des épopées bizarres. Ce sont des albums que je n’écoute jamais d’une traite. Bankrupt! par exemple, c’est physiquement épuisant. Après, je suppose que cette influence se ressent un peu dans notre musique.

Il y a quand même eu chez vous un virage entre l’électro pop grandiloquente et baroque de vos premiers EP, et la pop jazzy de « Ceci n’est pas une Chanson ». C’est un contraste que l’on retrouvera sur Making Love & Climbing ?

Émile : En fait, c’est une exception dans l’album.

Philippe : Oui, « Ceci n’est pas une Chanson », on ne voulait même pas la mettre dans Making Love & Climbing à la base, car on trouvait que c’était une chanson ratée (d’où son titre). Entre les couplets, les accords blues et les refrains qui font très « hip hop de blanc », ça ne passait pas. Bon, le reste de la production la voulait sur l’album, et en plus, il y avait quand même John Helliwell (ndlr : le saxophoniste de Supertramp) dessus, ça aurait été dommage de s’en passer.

Émile : On a finalement arrangé le morceau afin de garder une cohérence dans l’album, et ce même si on a organisé dans la foulée ce concours de remixes du morceau pour nous permettre d’avoir un son plus électro, plus dancefloor du titre…

Alors justement, entre ce concours de remixes et la planelle de making of de vos morceaux publiés sur la toile, on peut avoir l’impression d’être confronté à un gros plan marketing de promo de l’album, ou/et à une volonté de faire participer au maximum votre public à l’aventure Saint Michel…

Philippe : On avait surtout envie que les gens voient l’envers du décor. On ne voulait pas faire croire à une maîtrise totale et absolue de notre vie et de notre carrière, et que le public puisse nous voir fatigués, en caleçon à la maison en train de tourner trois boutons sur un synthé…l’idée était d’extirper de nos phases de créations un truc un peu vrai sans pastiche ni décorum.

Référence à Magritte dans « Ceci n’est pas une Chanson », collaboration avec le saxophoniste de Supertramp, jeu de lumière niché éclairant les buildings new yorkais comme les diodes d’un ampli pour le clip de « Katerine »… Saint Michel, c’est de la pop arty qui a aussi l’ambition de parler à la foule ?

Émile : Oui, j’aimerais bien qu’on nous présente plus souvent comme ça.

Et sérieusement, vous n’avez pas un bar à me conseiller métro Saint-Michel ?

Philippe : C’est très dur comme question ! J’ai ma grand-mère qui habite un tout petit peu plus haut, je crois que c’est le meilleur endroit du coin pour aller picoler !

Saint Michel, Making Love & Climbing, Columbia / Sony Music, 2013

Visuel : © pochette de Making Love & Climbing de Saint Michel

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

One thought on “[Interview] Saint Michel : « pas peur de ne pas être pris au sérieux »”

Commentaire(s)

  • Nicolas

    Plutôt sous le charme de leur EP Katerine, je suis allé voir Saint Michel en juin dernier pour leur concert au Nouveau Casino. Et là quelle déception! Des interprètes qui surjouaient tellement sur scène qu’on se demandait s’ils vivaient la même expérience que leur public, un rythme qui peine à se mettre en place et qui est stoppé net par le choix étrange de se lancer dans l’interprétation de balades guitare/voix au beau milieu du concert… Il faut espérer qu’avec un peu plus d’expérience Saint Michel parviendra à livrer des prestations scéniques un peu plus sincères et authentiques que ce qui a été réalisé ce soir là. Sinon la comparaison avec leurs illustres pionniers versaillais risque de ne pas perdurer très longtemps…

    octobre 21, 2013 at 11 h 41 min

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