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[Interview] Jeanne Added : « l’envie passe au-delà de l’angoisse »

[Interview] Jeanne Added : « l’envie passe au-delà de l’angoisse »

16 mars 2015 | PAR Bastien Stisi

Elle est aux yeux de beaucoup l’incontournable révélation de la dernière édition des Transmusicales, où elle est assurée cinq soirs d’affilée d’avoir une série de lives manifestement plus habités les uns que les autres. Parce qu’on n’a pas eu la chance d’y assister, et parce que se dressait devant nous la possibilité de lui poser quelques questions en marge de l’apéro de présentation du Printemps de Bourges 2015 (elle y participera, après avoir fait un tour au Festival Les Femmes s’en Mêlent la semaine prochaine), on a ainsi tenu à rencontrer la Française Jeanne Added, volcanique sur scène et un peu pudique en interview, qui sortira son premier album au mois d’avril

De l’extérieur, on a l’impression que les Transmusicles ont changé quelque chose dans ton statut…

Jeanne Added : Et bien, étant à l’intérieur, c’est plus difficile pour moi de juger ! Mais c’est sans doute vrai : le simple fait de te rencontrer, déjà, c’est bien le fait que les choses changent, par exemple.

Comment gère-t-on cinq soirs d’affilée dans la même salle ? Tu as eu l’impression d’être FAUVE ?

J. A. : C’est un peu l’idéal en fait. De pouvoir s’installer dans un endroit, de laisser le matos trainer, de ne rien avoir à plier pour repartir. C’était une chance inouïe pour moi, d’autant plus que c’est le genre de choses qui arrivent relativement rarement.

Personnellement, je n’ai pas eu la chance de te voir aux Transmusicales. Mais tout le monde en parle, de ces lives. Comment ça se fait ?

J. A. : Très bonne question. Tu sais, la scène est un endroit que j’aime beaucoup. Que je respecte énormément. Je ne prends pas ça à la légère. C’est un endroit hyper important dans ma manière d’envisager ma musique. C’est une grande part de ma pratique musicale, et c’est ainsi un endroit où j’ai des sensations. Certaines que je connais, d’autres que je ne connais pas, mais ça représente dans tous les cas un baromètre assez fin de mon état.

Est-ce que les morceaux que tu as composé en studio ont été pensés pour la scène ?

J. A. : On n’a pas fait ça non. Les morceaux du disque n’ont pas été pensés pour autre chose que pour figurer sur le disque. Le travail de mise en scène du disque a été d’autant plus important que j’ai composé la plupart des sons de mon disque à l’ordinateur, et que sur scène, j’ai des musiciennes avec de vrais instruments pour m’accompagner…Ça change forcément beaucoup la donne.

Faire appel à un trio féminin en live, c’est une démarche féministe ?

J. A. : Non, c’était une volonté détachée de ça. Je suis féministe, c’est la base (et pour moi, « féministe » n’est pas un gros mot), mais cette démarche-là ne l’était pas. La démarche était plutôt intime en réalité. Mais c’est vrai que généralement, en tant que public, ça me manque de ne pas voir davantage de filles sur scène. Voir uniquement des mecs sur scène, tout le temps…Je peux finir par ne plus me sentir concernée, par me dire que cet endroit-là ne s’adresse pas à moi. Après, d’un point de vue musical, je me contente de faire de la musique. Je ne parle pas de ça dans mes paroles. Je ne suis pas militante.

On sait que tu es passée par une formation classique (violoncelle, chant lyrique, jazz) avant de passer à un format plus pop…

J. A. : Avant, je ne composais pas, j’étais interprète. J’étais au service des autres, et j’ai eu besoin d’arrêter de l’être. J’avais besoin de commencer à utiliser ma voix de la manière dont j’avais envie de le faire, d’écrire la musique qui allait avec ça, et donc d’arrêter ce que je faisais avant. Il a fallu un peu de temps pour que je prenne cette forme de conscience qui m’a fait entrer en contact avec moi-même.

C’est pour ça que tu composes l’intégralité de ta musique ? Si l’on excepte la production, prise en charge par Dan Levy, moitié de The (ndlr : pendant notre discussion, le Shake Shook Shaken des Dø, comme un signe, se fait justement entendre dans les locaux du Printemps de Bourges…)

J. A. : C’était essentiel oui, je ne pouvais en aucun cas partager cet espace-là avec quelqu’un d’autre. En live, on partage toutefois l’interprétation.

Et tu ne te verrais pas les faire seule, ces lives ? Dans le genre femme-machine avec des sampleurs partout ?

J. A. : J’ai déjà fait des concerts toute seule avec ma basse comme unique partenaire. Mais j’avais envie de bouger sur scène, et donc de lâcher cette basse. C’est venu naturellement de m’entourer de musiciennes.

À la base, ce sont tes morceaux qui sont proches du second album de The , ou c’est Dan Levy qui a amené ça ? Je trouve ça assez confondant sur « It », par exemple…

J. A. : Ah ouais c’est marrant, tu vois, il y a effectivement des morceaux que je trouve très proche du son de certains The Dø, mais celle-ci n’a quasiment pas bougé avec l’apport de Dan Levy ! Mais clairement, Dan a beaucoup apporté à ma musique. Peut-être parce que l’on a un langage assez proche (on a tous les deux fait de la musique classique avant de faire de la pop), il m’a beaucoup poussée à écrire, et j’ai énormément avancé en ce sens grâce à lui.

Dans les lyrics, dans le son, dans le titre de ton single « A War is Coming », on a l’impression qu’une menace guette…

J. A. : Ça parle beaucoup de ma peur à moi d’y aller, de me bouger. C’est quelque chose contre je lutte encore. Le fait de prendre la parole, de participer, de rencontrer des gens, de faire des interviews, de tomber amoureuse…

C’est pour lutter contre ces craintes que tu as fait cet album ?

J. A. : Oui. Le simple fait d’avoir fait cet album, je t’assure, est déjà une belle réussite ! Il a été long à composer. Mais je crois que ça m’a fait du bien de l’écrire. Et ça me fait du bien de le jouer, de le chanter, de le défendre.

Où en est ton premier album, que l’on annonce pour le mois d’avril ?

J. A. : Il est prêt, ça y est ! Je le jouerai au 22 au Printemps de Bourges notamment. Ça fera comme à Rennes où les gens ne me connaissaient pas toujours en arrivant, mais bon, ça ne me fait pas peur : l’envie passe au-delà de l’angoisse.

En concert au Divan du Monde le 26 mars, dans le cadre du Festival Les Femmes s’en Mêlent, et au Printemps de Bourges le 28 avril.

Visuel : © pochette de Jeanne Added

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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