Fictions
« Les Forrest » d’Emily Perkins : une touchante histoire de famille

« Les Forrest » d’Emily Perkins : une touchante histoire de famille

16 mars 2015 | PAR Audrey Chaix

Evelyn et Dorothy ont huit et sept ans lorsque leurs parents emmènent toute la famille (un frère, et une autre sœur) de New York à la Nouvelle Zélande. Nouveau pays, nouvelle ardoise pour un père qui s’est brûlé les ailes aux États-Unis… sauf que dans cette famille hippie et anticonformiste, il ne faudra pas longtemps pour la mère s’exile quelques semaines dans une communauté auto-suffisante, traînant ses enfants ainsi que Daniel, un petit voisin qui fait presque partie de la famille. Traumatisant pour certains, initiatique pour d’autres, ce séjour est le point de départ d’un roman qui s’attache plus particulièrement aux deux sœurs aînées, Eve et Dot, pour dérouler l’histoire de la famille Forrest, sans esbroufe mais avec une sincérité palpable.

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Il n’y a pas d’effets de manche ni de poudre aux yeux dans l’écriture d’Emily Perkins. Simplement un sens très aigu de l’observation et de la description, aussi bien du monde qui entoure ses personnages que de l’âme humaine. À petites touches, elle dresse le portrait d’une famille atypique, bancale, non parce que les parents sont séparés, ou absents, ou violents… mais parce qu’ils ne sont pas stables, et ne donnent donc pas un socle solide à leurs enfants sur lequel fonder leur vie adulte. Chaque enfant se construit donc lui-même, en dépit de ce manque de repères, et c’est cette capacité à se créer soi-même qu’Emily Perkins met au jour dans Les Forrest.

Chacun des enfants a donc une trajectoire personnelle : les deux sœurs aînées, Dorothy et Evelyn, restent très proches tout au long de leur vie, jusqu’à l’événement dramatique qui les sépare. Dorothy, amoureuse de Daniel, le fils des voisins, depuis leur enfance, renonce rapidement au jeune homme devenu aventurier, et qui ne pourra pas lui apporter la stabilité à laquelle elle aspire. Pour se consoler, elle mettra au monde toute une tripotée de gamins. De son côté, Evelyn vit aussi une histoire avec Daniel, sans réussir non plus à le garder avec elle. Michael, le seul garçon, finit pauvre et esseulé dans la communauté qui a abrité les Forrest pendant leur enfance, tandis que Ruth, la plus jeune sœur, papillonne de mari en mari après être retournée vivre aux États-Unis avec leurs parents.

C’est surtout à Evelyne et à Dorothy que l’auteur s’attache, comme si le destin des deux sœurs symbolisait celui de toute la famille. Emily Perkins signe ainsi une belle histoire de fratrie, aussi maîtrisée dans sa structure que dans son écriture. Équilibré, le roman se déploie avec simplicité, laissant au lecteur l’impression d’avoir feuilleté un vieil album de photos de famille un peu jaunies, parsemé de faire-part de naissance et de décès. Surtout, il s’attache à dresser de beaux portraits de femmes, mises en valeur aussi bien par leurs forces que par leurs faiblesses.

Les Forrest, d’Emily Perkins. Traduit de l’anglais (Nouvelle Zélande) par Isabelle Chapman. Éditions JC Lattès. Paru en janvier 2015. 350 p. 22,50 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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