Fictions

« Les Loyautés » de Delphine de Vigan : Nous sommes la nation française

« Les Loyautés » de Delphine de Vigan : Nous sommes la nation française

11 janvier 2018 | PAR Julien Coquet

Dans la même veine que Les Heures souterraines, Delphine de Vigan revient sur des êtres perdus aux destins plus que compliqués. Le récit est cependant moyennement convaincant tant il est une accumulation de faits sordides.

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Il est étonnant de constater que la littérature française semble s’emparer moins souvent que le cinéma français des grands problèmes de société. Au cinéma, on moque d’ailleurs (gentiment ?) les films français qui semblent remplir un cahier des charges particulier : souffrance des enfants, alcoolisme, drogue, maladie, violence, etc. Peu d’écrivains français (Olivier Adam en fait partie, Delphine de Vigan aussi) osent se frotter à des sujets si sensibles.

Les Heures souterraines, de la même auteure, paru en 2009, racontait le destin de deux êtres perdus dans la capitale : Mathilde faisait face à ce qu’on allait appeler un peu plus tard un « bore-out » tandis que Thibault, médecin urgentiste, se déplaçait d’arrondissements en arrondissements pour rencontrer des patients esseulés. Delphine de Vigan reprend la même narration pour Les Loyautés : à chaque court chapitre, les protagonistes donnent directement leur avis, l’auteure se concentrant sur un personnage particulier.

Tout tourne autour de Théo, garçon de douze ans, qui vit très mal le divorce de ses parents. Son père, au chômage, reste allongé toute la journée dans son appartement crasseux. Sa mère, qui ne veut plus entendre parler de son beau-père, ne peut vraiment aider son fils, ne souhaitant pas le questionner sur ce qui se passe chez son père. D’un autre côté, Mathis, le meilleur ami de Théo, est entraîné lui aussi sur la pente de l’alcoolisme. Sa mère, qui parle toute seule, ne peut plus supporter son mari qu’elle découvre en internaute raciste et misogyne après avoir découvert un papier jeté à la poubelle. Enfin, il y a aussi Hélène, la prof de SVT des deux garçons, qui s’inquiète du mutisme de Théo car elle s’imagine le garçon battu, comme elle l’était enfant par son propre père.

Chargé, nous direz-vous. C’est en effet le cas. Il est d’ailleurs assez dommage qu’un livre traitant de tels sujets paraisse un peu vide : peut-être cela tient-il à la structure du roman, alterner quatre points de vue en 200 pages ne permet pas vraiment de creuser les personnages. Reconnaissons toutefois à Delphine de Vigan une plume qui ne tombe jamais dans le misérabilisme et qui décrit de manière sensible ces personnages qui cherchent à s’en sortir. Vous aurez peut-être dans vos vies personnelles des moments de doute ou des drames, mais n’oubliez jamais que nous sommes la Nation française.

« Les loyautés.
Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires. »

Les Loyautés, Delphine de Vigan, JC Lattès, 208 pages, 17 euros

Date de parution : 3 janvier 2018

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