Fictions

« On ne voyait que le bonheur » de Grégoire Delacourt : une magnifique fable familiale cruelle et désolée

« On ne voyait que le bonheur » de Grégoire Delacourt : une magnifique fable familiale cruelle et désolée

13 août 2014 | PAR Yaël Hirsch

Après le succès phénoménal de La liste de mes envies sous toutes ses formes (roman, pièce,  film!), Grégoire Delacourt était attendu au tournant.. Riche, lucide, et d’une écriture tout à la fois sensible et généreuse, On voyait que le bonheur est encore mille coudées au-dessus du précédent succès. Un roman magnifique qui fait partie de nos chouchous de cette rentrée littéraire 2014. 

[rating=5]

On ne voyait que le bonheurAntoine est en crise de la quarantaine. Au chômage, laissé seul à la maison et humilié à s’occuper de ses deux enfants tandis que sa femme, la jolie Nathalie, éprouve le feu de ses charmes ailleurs, il est en bout de course. C’est après la fin que commence le livre, quand la renaissance est possible, et aussi le fait pour Antoine de pouvoir se replonger dans sa propre histoire familiale pour se rendre compte qu’il est bien difficile de « pousser » sans présence maternelle.

Rythmé par deux drames, et construit habilement en flash-back et en plusieurs voix qui lui permettent de s’étaler tranquillement en une triade passé/présent/futur,  On ne voyait que le bonheur qui sonne juste, à tous les étages. La langue de Grégoire Delacourt est polymorphe mais toujours généreuse et musicale, tant et si bien qu’on se prend de sympathie pour un personnage plus que limite jusqu’à ce que la force de vie et de franchise de sa fille vienne libérer le lecteur du charme monstrueux du désarroi qui se justifie. Un roman magnifique et, qui se saisissant d’un thème vu et revu par les deux dernières générations sur le mode du désenchantement un peu glauque, prend ici une nouvelle vigueur, ravivé à la plume habitée d’une énergie constructive. Un des phares de cette rentrée littéraire qu’on voit mal sortir dès l’automne sans un prix.

Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur, JC Lattès, 360 P., 19 euros. Parution en août 2014.

visuel : capture d’écran du site de Grégoire Delacourt.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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