Pop / Rock
[Chronique] « Domino » de Deportivo : retour aux sources d’un rock noisy et fougueux

[Chronique] « Domino » de Deportivo : retour aux sources d’un rock noisy et fougueux

14 octobre 2013 | PAR Bastien Stisi

Deportivo - Domino[rating=4]

Les trois garçons de Deportivo perdent le soutien de Barclay (pourtant producteur de leurs trois premiers albums), mais gagnent une belle indépendance et un retour aux sources authentique : leur quatrième album Domino a été produit d’une manière parfaitement autonome sur leur tout jeune label Titanic Records, mais plutôt que de les plonger dans un abîme duquel on ne revient pas, fait remonter à la surface la poésie énergique des premières productions du trio.

Du fracas foutraque et lo-fi qui entourait le rock noisy de leurs premiers albums (Parmi Eux en 2004, et à un degré moindre le plus âpre et introspectif Deportivo en 2007), on avait vu le trio francilien emprunter (s’égarer ?) dans un virage résolument pop et synthétique par le biais de l’opus Ivre et Débutants (2011), produit par le leader de Louise Attaque Gaëtan Roussel. Plus lisse et mieux arrangé, emplis d’une sérénité textuelle nouvelle, les Deportivo avaient alors troqué l’insouciance rafraîchissante de leur post-adolescence pour une maturité affirmée et assumée. L’album d’un groupe devenu adulte grâce à l’assistanat de l’omnipotent Roussel et d’un label ravi de voir certains titres du disque (l’éponyme « Ivres et débutants », notamment) prêt à s’exporter efficacement sur les ondes FM les plus accessibles.

Mais l’industrie globale du disque ne berçant pas forcément dans un optimisme et dans un état financier très réjouissant, il ne fut pas question pour Barclay d’accompagner Jérôme Coudane et consorts dans l’élaboration et dans le financement de leur quatrième album, un abandon surprenant lorsque l’on considère le nombre de ventes cumulées des trois premiers objets (plus de 100 000 ventes, tout de même).

Contraint d’être fondé sur un tout nouveau label (Titanic Records, les types ne manquant pas d’humour…), Domino apparaît finalement comme une cure de jouvence formidable pour le groupe, de retour dans des contrées lo-fi et fougueuses symbolisées par le mixage d’Arnaud Bascunana, qui s’était occupé jadis de l’arrangement du pionnier Parmi Eux.

Considérablement influencé par son exil d’un temps du côté du Brésil et de l’Amérique du Sud (on pense à Bertrand Cantat lors de son élaboration du mythique Tostaky de Noir Désir), Jérôme Coudane chante (et hurle, parfois) les chemins aléatoires de la vie (« Personne n’arrive à l’heure »), l’irrémédiable fuite du temps (« Imbéciles »), les écorchures amoureuses embarquées dans « la brise » (« Toutes les Choses »), les jolies rêveries d’adulte (« En Ville »), le tout en usant d’une poésie alambiquée et symboliste appuyée par l’efficacité mesurée et parfois sauvage des guitares.

Limpide et laconique en studio (30 minutes, comme d’habitude), Domino prendra encore sans doute davantage d’ampleur en live, terrain de jeu que le groupe maîtrise avec une énergie foutraque et rafraîchissante depuis ses débuts, et prouve une fois encore le caractère sacrément patraque et attristant de l’industrie actuelle du disque.

Deportivo, Domino, Titanic Records, 2013, 33 min.

Visuel : © pochette de Domino de Deportivo

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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