Pop / Rock

[Chronique] « Saltos » de Perez : équilibrisme pop

[Chronique] « Saltos » de Perez : équilibrisme pop

16 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Après 3 EP parus au cours des 3 dernières années, Perez sort son premier LP chez Barclay. Un album qu’on pourrait voir résumé par son titre, Saltos, puisque celui-ci évoque à la fois les galipettes du corps et de l’esprit, et les sauts périlleux permanents entre les genres de prédilection du Français.

[rating=4]

On suit Julien Perez depuis longtemps. Depuis la sortie de Cramer en fait, son premier EP signé chez les très cradingues D.I.R.T.Y. Records (le label de Pilooski, moitié de Discodeine), intervenu juste après le terme de l’aventure de rock azimut Adam Kesher (deux albums, dont l’excellent Heading for the hills, feeling warm inside), un premier disque solo qui devait imposer, par le biais de quelques extraits gredins et noctiliens ( « Le Prince Noir », « Je Te Cherche Dans La Nuit », « Cramer »), ce qui allait devenir la marque de fabrique première de Perez : un attachement similaire à la variété française lettrée (de Bashung à Christophe) et à la cold-wave mouvementée (de Kraftwerk à Suicide), qu’il s’agit ici de faire cohabiter.

Désormais signé chez le géant Barclay (qui a également fait paraître ses deux précédents EP, Perez et Les Vacances Continuent), Perez a dû mettre de l’eau dans son vin et de la lumière (tamisée) dans son entonnoir jusqu’ici tout noir. Logique lorsque l’on passe de la sphère indie à la sphère major, et lorsque l’on passe à la production de la patte Pilooski à celles, mieux lavées, de Jean-Louis Pierrot (Daho, Bashung) et de Pierrick Devin (Fortune, Cassius).

Que l’on se rassure toutefois, et que  l’on incrimine personne ici injustement : ce premier LP, et malgré quelques compromissions FM évidentes (le très sucré « Gamine » en est une), n’a rien à voir avec le « Blockbuster » très grand public que pourrait évoquer son morceau du même nom. Il conserve au contraire l’ADN des premiers instants, et cette prose pas toujours calée sur le rythme (ici domine l’inspiration Daho), mise au service de comptines dépressives et cyniques (« Les Bars des Musées », « Super Héros »), de divagations vagabondes (« Les Vacances Continuent »,« Le Rôdeur »), de romances dantesques et chaotiques (« Apocalypse », « Coup d’État »),  de narrations libidineuses (« Gamine », « Une Autre Fois »).

Le tout est globalement inscrit dans un second-degré et un humour particulièrement tranchant, comme lorsque l’on nous confie la détresse qu’occasionne la cuite, inadaptée et gênante, prise à l’intérieur des bars des musées. Un aveu qui dit presque à lui seul les ambitions d’un album que l’on sait avoir été construit au sein d’un esprit intelligent et arty (Perez est diplômé de philo, a été artiste en résidence au Palais de Tokyo, et a participé à une installation sonore à la Villa Noailles à Hyères l’an passé), mais qui, dévergondé par la force de la vie, s’est vu contraint de faire de la pop. De la très bonne pop, cependant.

Perez, Saltos, 2015, Absolute Management / Barclay, 48 min.

Visuel : (c) Thomas Levy Lasne

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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