Musique
Piers Faccini, la rencontre

Piers Faccini, la rencontre

26 septembre 2011 | PAR Clement Fraioli

Ce 26 septembre, Piers Faccini sort son 4ème album, intitulé My Wilderness, dont il est l’auteur, le compositeur et, bien évidemment, l’interprète. Pour cet album, l’artiste s’est entouré d’un bassiste (Jules Bikoko), d’un violoniste (Rodrigo D’Erasmo) et d’un batteur/percussionniste (Simone Prattico), mais pas seulement! En effet, au fil des morceaux, on découvre avec plaisir une trompette aux accents roms amenée par Ibrahim Maalouf, ainsi que des sonorités africaines par le biais de l’artiste malien Makan Tounkara. Vous l’aurez compris, Piers Faccini est intéressant, que cela soit par sa pratique de l’art (en plus de la musique, il fait de la peinture et de la photographie) que par le regard qu’il porte sur ce dernier. Rencontre avec un artiste rare, et donc précieux!


Vous faîtes de la musique, de la peinture, de la photographie, d’où vient cette volonté de se diversifier dans les arts?

Je ne me considère pas vraiment comme photographe, en ce qui concerne la peinture, j’en fais depuis plus longtemps; j’ai exposé mes toiles dans des galeries et j’ai vécu de la peinture avant de vivre de la musique. Je pense que beaucoup de musiciens ou de peintres explorent d’autres arts. Dans mon cas, j’ai fait les Beaux-Arts de Paris et j’ai exposé assez jeune (première exposition à 22 ans, ndlr). Je jouais déjà de la musique à l’époque, mais en le prenant moins au sérieux, pensant qu’il était impossible de vivre de la musique. Mais la passion pour la musique était toujours là, je continuais donc à composer et, vers 26 ans, j’ai voulu confronter la solitude du peintre devant sa toile à l’expérience de la scène où l’artiste est face à son public, et partage directement avec lui. Cependant, je ne me sentais pas complètement prêt à le faire seul, c’est pour ça que j’ai commencé par monter un groupe avec Francesca Beard, appelé Charley Marlowe. Ce groupe a duré 5-6 ans et ça c’est naturellement fini et j’étais alors prêt à être le frontman de mon propre projet. J’ai donc commencé à faire des albums, tout en gardant cet intérêt pour l’image, que j’exprime notamment par la peinture.

 

La tendance s’est donc inversée, la musique prenant le pas sur la peinture?

Oui, mais cela se renversera probablement à nouveau un jour. Pour moi, l’important est d’avoir quelque chose à dire, la création doit résulter d’un besoin, d’une nécessité. Le jour où je ne me sentirai

 plus d’écrire des chansons, je sais que l’autre « avenue », la peinture, sera là pour moi. Je considère que les différents arts ne sont que des « filtres » différents pour exprimer une même chose; l’instant décide de lui-même du type de « filtres » à utiliser. Par exemple, je n’écris pas tous les jours, mais je sens parfois que j’ai des morceaux en moi, que le « verre déborde », je me consacre alors entièrement à la composition, pour ensuite m’en détacher pendant un certain temps.

 

La pratique de la peinture influence-t-elle votre manière d’écrire des chansons?

C’est difficile d’avoir un regard sur son propre travail, mais on me dit souvent que ma musique est très dans l’image, dans le « mood » de paysages ou de voyages. Je me rends alors compte que ma manière de faire de la musique est très visuelle, ce qui est probablement du à mon expérience de la peinture.

 

Que signifie pour vous le titre de l’album, My Wilderness?

Le mot wilderness est difficile à traduire, il désigne des espaces vides, pas domptés par l’homme, au sens propre comme au figuré. Le titre, pour moi, décrit l’écriture des chansons qui s’apparente à sauter par dessus un mur séparant de connu de l’inconnu, du wilderness. On entre alors dans un monde sans les mêmes repères, comme dans un désert où tout est semblable sans être la même chose. J’aimais donc bien l’idée de dire que mes chansons sont comme des ballades dans ces espaces, comme des récits de voyages dans ces espaces non apprivoisés, qu’ils soient physiques ou symboliques.  Selon moi, cela veut également dire que les chansons sont mystérieuses et qu’on on ne peut pas les expliquer. Une œuvre d’art ne peut pas s’expliquer mais peut se comprendre « émotionnellement ». Ainsi, le message ne doit pas être extérieur à la chanson, c’est la chanson elle-même qui doit être le message. Bob Dylan, lorsqu’on lui demandait son avis sur la politique, répondait que ce n’était pas lui qui comptait, qu’il n’était qu’un folksinger, et que seules ses chansons délivraient un message; je suis assez d’accord avec ça.

 

Cet album est marqué par différents courants musicaux, venus du monde entier (musique orientale, blues américain, musique africaine…), d’où proviennent toutes ces influences ?

C’est assez involontaire de ma part. J’ai développé, au fur et à mesure de ma vie, un langage musical, et je me rends compte que ce langage est métissé. C’est un reflet de mes origines (Piers Faccini est né en Angleterre d’un père italien, et vit en France depuis des années, ndlr), et de mes expériences. Plus jeune, j’ai écouté toutes sortes de musiques (indiennes, africaines, brésiliennes…) et, des années plus tard, je prends conscience que ces influences font partie de mon écriture. Pour la musique africaine par exemple, j’écoute Ali Farka Touré depuis mes 19 ans (il en a 41, ndlr), ce sont donc des influences qui sont profondément ancrées en moi. De toute manière, les influences sont des choses mystérieuses: un grand musicien malien, Makan Tounkara, qui joue du N’Goni (instrument à cordes pincées d’Afrique de l’Ouest, ndlr) et qui est présent sur l’album, m’avouait écouter de la country car, selon lui, cela ressemble à la musique malienne. Cela veut dire que dans sa façon de l’écouter, cette musique lui est familière; tout comme quand j’écoutais Ali Farka Touré, et que cela me semblait familier sans vraiment savoir pourquoi. On peut comparer ce sentiment à une rencontre amoureuse, lorsque l’on découvre une personne pour la première fois mais qu’on a l’impression de déjà la connaître. Ces influences ne viennent donc pas d’une volonté d’appropriation car j’essaie toujours de faire mes propres chansons; c’est seulement a posteriori que je me rends compte de la présence de ces reflets. Tout cela se fait finalement de manière très naturelle et très inconsciente, sans aucune préméditation.

 

Vous jouerez bientôt votre album  en live sur les scènes françaises, notamment le 25 octobre au Café de la Danse à Paris; comment appréhendez-vous le passage du disque à la scène?

Je pense que c’est sur scène que le disque prend vie. En effet, c’est souvent après les concerts que les gens découvrent, et donc achètent, l’album. Malgré cela, je ne pense pas au live quand j’écris un album; pour moi ce sont deux exercices différents. Du coup, cela m’oblige à faire des arrangements très différents, car, sur quelques morceaux, il y a beaucoup d’arrangements, d’éléments, ce qui m’oblige à faire autrement une fois sur scène. En concert, je suis soit en trio (batterie, guitare, violoncelle/basse) en Europe, soit en duo, notamment aux États-Unis, pour des raisons économiques. Les arrangements évoluent donc avec ça, et c’est une étape que j’aime beaucoup car cela garde les chansons en vie.

 

Pour finir, et pour les lecteurs de toutelaculture.com, pouvez-vous nous dire les lieux culturels que vous appréciez le plus?

Pour moi, le plus beau théâtre de Paris c’est les Bouffes du Nord. J’y ai joué deux fois et c’est un lieux fabuleux. Sinon, de par ma formation aux Beaux-Arts, j’ai passé énormément de temps dans les salles de peintures françaises du musée du Louvre; c’est un truc de dingue ! Je parle de peintres comme Chardin, Delatour ou les frères Le Nain, c’est tellement beau. Dès que j’ai du temps de libre et que je suis dans le coin, je vais au Louvre et je ne fais que les salles françaises!

 

Il ne vous reste plus qu’à découvrir le nouvel album de Piers Faccini

 

 

 

 

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Clement Fraioli

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