Musique

Paris Music Festival : Grands moments et belles découvertes

Paris Music Festival : Grands moments et belles découvertes

24 mars 2017 | PAR Alice Aigrain

Pour la seconde édition du Paris Music Festival, plus de 100 concerts étaient donnés en l’espace de 4 jours. Dans des lieux insolites – Petit Palais, église Saint Eustache, crypte archéologique de Notre-Dame -, dans les petites salles de concert de Paris – Sunset, le Flow -, et jusqu’à la philharmonie, les aventures musicales ont envahi la ville. La sélection éclectique avait de quoi ravir tout le monde. Retour sur trois des beaux moments que le festival nous a offerts.

Vincent Segal, au Sunset Jazz Club

Au Sunset un jeudi soir, la salle voûtée est pleine pour ce concert annoncé à 22h. Au programme, le violoncelliste Vincent Segal, en solo. L’habitué des collaborations ne se produit pourtant jamais seul. On le connaissait dans ses collaborations avec des musiciens de tous horizons – de son groupe Bumcello à Cesária Evora en passant par –M ou Sting – , il y a quelques mois, nous nous délections de sa prestation avec Ballake Sissoko (voir l’article ici) à la philharmonie, alors c’est avec une certaine joie que attendions de découvrir seul celui qui s’est imposé comme LE violoncelliste. Avec son naturel et son amicalité, il annonce être peu à l’aise avec l’exercice et nous propose de jouer ce qu’il a l’habitude de faire lors de ses sessions d’entraînement. Il enchaîne standards de jazz, soli plus classiques de violoncelle et musiques brésiliennes. À chaque fois, il réussit à raconter une histoire, se dédoublant par la multiplicité de son jeu alternant l’ultime délicatesse et la puissance, passant avec une fluidité parfaite de l’archet aux cordes pincées. De Django Reinhardt à de grands standards jazz comme September Song, le showcase de Vincent Segal se fait dans une douce ambiance intimiste et généreuse dans laquelle se déploie une infinité de sonorités et de couleurs.

Jean-Michel Blais au Petit Palais

Il y a aussi eu un moment hors du temps, ce vendredi en milieu d’après-midi dans le hall du Petit Palais. L’acoustique particulière d’un lieu aux dimensions exceptionnelles, dans lequel viennent raisonner tous les sons. Parasitant ? Pas forcément. Le pianiste nous encourage à accueillir ces bruits comme autant d’évènements ponctuels qui viennent entrer en collision avec sa musique. Cela fait sens puisque son premier album a été enregistré dans son appartement montréalais fenêtre ouverte. Véritable bijou musical, intitulé II, il s’y tisse tout l’univers du musicien. Une multitude de technicités s’y croise pour former un tout qui aime les contrastes. Passant de cascades d’arpèges tonitruantes à un jeu enlevé incorporant quelques dissonances dans une douce contemporanéité, Jean-Michel Blais a composé pour son public une tracklist qui joue aux montagnes russes. Entre chaque pièce, il confie sa démarche, remerciant l’auditoire pour son écoute. Le public est en réalité subjugué par une prestation qui renouvelle sans renverser la table, qui amène vers un nouvel horizon, à force de ressenti. Il sera certainement un des grands noms de cette nouvelle génération de musiciens qui a intégré et recomposé sa musique à partir d’une formation classique, d’une compréhension de la musique contemporaine, d’un attrait pour la culture jazz, et d’un respect de la pop. Sans complexe, les musiciens de cette génération proposent chacun une vision de leur propre appréhension de cette multitude d’influences. Jean-Michel Blais le fait avec une humilité sincère et une justesse infinie. On y retrouve une sensibilité pop, qui rappelle indéniablement Chilly Gonzales auquel il est souvent comparé et qui vient du même label (Arts & Crafts). Certains morceaux laissent paraître une posture contemporaine ou jazz, dans sa façon d’explorer les capacités de son instrument : pied sur la sourdine, d’une main tirant les cordes, de l’autre jouant quelques notes, son piano sonne comme une contrebasse. Sa solide formation en piano classique n’est cependant jamais loin, avec un certain penchant pour le minimalisme, on entend parfois un peu de Philip Glass. Chaque pièce est un récit, fantastique ou ancré dans le réel dans lequel le pianiste embarque son auditoire. Quelques pièces de son prochain opus clôturent ce concert désespérément trop court, le voyage se prolonge en un futur prometteur que l’on se languit de découvrir dans son entièreté.

Sylvain Rifflet et Jocelyn Mienniel au Sunset Jazz Club

Retour au Sunset, après la soirée de la veille réservée aux soli, place ce soir au duo. Un à la flûte – basse et alto, l’autre au saxophone et à la clarinette, Sylvain Rifflet et Jocelyn Miennier, sont armés de leurs instruments et d’une multitude de pédales à effets. S’il est vrai qu’ils ne sont physiquement que deux sur scène, ils semblent à l’oreille être bien plus nombreux. Une loop de beat-box et un percussionniste émergent dans le duo, un coup sur l’octaver et la note de la flûte basse devient un accord ou un unisson. Les sonorités se tordent, la musique prend forme, construite devant le public. Chaque manipulation est une surprise, chaque geste est une proposition nouvelle. Dédoubler, déphaser, mais toujours d’une rythmique effrénée, le duo enchaîne les morceaux, entre leurs compositions et des reprises de grands noms du jazz de Michel Portal à Henri Texier. Un beau moment qui transporte aux quatre coins du globe, au gré de vagabondages et d’explorations sonores que le duo crée avec bonne humeur et un réel plaisir de jouer et de partager.

©rédit photo: Couverture de l’album Il  de Jean-Michel Blais

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