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[Live Report] Ballake Sissoko & Vincent Segal : conversation de cordes et de cultures

[Live Report] Ballake Sissoko & Vincent Segal : conversation de cordes et de cultures

10 septembre 2015 | PAR Alice Aigrain

Il est de ces instants que l’on croit voler au temps qui passe. Incontestablement l’auditoire de Jazz à la Villette a vécu l’un de ceux-là, hier soir lors du concert de Ballake Sissoko & Vincent Segal.

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 La distorsion du temps

Ici la musique prend son temps. Le temps de s’écouter, de se dérouler, d’évoluer. L’oubli du micro dans les loges par le violoncelliste Vincent Segal a permis aux spectateurs d’entendre la kora de Ballake Sissoko un peu seul. Un son cristallin –d’une pureté rare tout en étant teinté des sonorités de son continent d’origine – joué d’un doigté subtile, bientôt rejoint par celui du violoncelliste. Ce démarrage désorganisé prend une dimension autre quand les deux instruments se rejoignent. La kora nous jouait des airs enchanteurs, l’adjonction du second instrument semble finaliser le sort musical. Commence alors une douce conversation.

Nous n’entrons pas pour autant dans un dialogue où chacun affirme sa différence, plutôt dans une synergie, un synthétisme où sans perdre sa singularité chacun apporte sa contribution à un tout. Cette complicité instrumentale découle de celle des deux musiciens. Depuis plus de 6 ans, et après deux albums salués par la critique comme par le public, les deux comparses ont développé une conversation non verbale. Avec leur morceau « Super étoile », ils rendent hommage au groupe de Youssou N’Dour. Ils disent admirer la longévité et la stabilité d’un grand groupe aux musiciens si fidèles : « C’est preuve qu’il y a de l’amitié et du respect ». Au vu de la connivence de notre duo, nous espérons qu’il en sera de même,  au moins pour le bonheur de nos oreilles. Finalement comme pour nous conforter dans nos espoirs : « on ne remercie pas sa famille » glisse  Vincent Segal pour parler de Ballaké et de l’ingénieur du son qui les suit depuis des années. Est ce parce qu’ils sont comme une famille ou parce que ces deux taiseux ont trouvé un autre moyen pour discuter pendant des heures, que la symbiose est totale ? Qu’importe, le bonheur du public est palpable face à ces mélodies méditatives que seule l’écoute franche et totale des deux musiciens peut permettre de faire naître.

La relativité de l’espace

La relation entre une kora et un violoncelle, entre deux musiciens de formation classique (conservatoire pour Vincent Segal, et enseignement traditionnel griotique pour Ballaké Sissoko), entre deux continents, deux cultures musicales, deux instruments à corde – représentatif d’un certain académisme dans chaque pays –  vient bousculer les codes et les frontières. Ballaké Sissoko semble utiliser l’intégralité des capacités de la kora, tout comme Vincent Segal qui, en alternant l’archer et les cordes pincées, vient teinter la musique de sonorités toujours plus riches et diverses, et de son jeu très corporel et expressif, anime la scène. Entre classicisme africain et traditionalisme européen, nous ne sommes finalement pas dans un carcan mais dans un vaste espace de liberté et d’ouverture. Et comme s’il fallait le démontrer un peu plus, quelques morceaux d’influence brésilienne viennent s’ajouter à ceux de musique classique mandingue. Le morceau «Passa Quatro », ils le dédient à Ivan Vilela « qui a porté à son paroxysme l’ouverture de la musique », nul doute qu’ils sont de ceux qui contribuent, eux aussi, à une musique où les cultures et les sensibilités se croisent, dialoguent, et coexistent en harmonie.

Visuel : © Claude Gassian

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Alice Aigrain

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