Théâtre
Affamé de mots : Xavier Gallais dans « Faim » de Knut Hamsun

Affamé de mots : Xavier Gallais dans « Faim » de Knut Hamsun

10 septembre 2015 | PAR La Rédaction

Perché au sommet du Lucernaire, Xavier Gallais fait résonner et tressaillir entre ciel et terre, Faim, le roman de Knut Hamsun dans une interprétation puissante mais toute en retenue.

[rating=4]

Il suffit que des comédiens et des metteurs en scène de plus en plus nombreux s’emparent des mots de la littérature pour redécouvrir ou simplement découvrir des œuvres. Qu’il s’agisse des Fables de La Fontaine, contées par Fabrice Luchini la saison dernière, ou de l’adaptation par Emmanuel Noblet du plus contemporain roman de Maelys de Kerangal, Réparer les vivants, qui a fait vibrer le Off d’Avignon cet été, la tendance théâtrale est à la lecture. Et on ne peut que s’en féliciter, surtout si cela permet de tirer de l’oubli des textes d’une insoutenable beauté et d’une dérangeante actualité.
C’est le cas de Xavier Gallais qui, aidé à la mise en scène par Arthur Nauzyciel, s’en est allé, tel un chasseur de perles, recueillir La Faim, un roman écrit à la fin du dix-neuvième siècle par Knut Hamsun. Personnage trouble et ambigu, dont seuls les sombres temps ont le secret, Hamsun est une figure mythique, tout à la fois célébré comme le génie et le père de la littérature norvégienne (Prix Nobel en 1920) et contesté de par son admiration à l’égard du IIIe Reich et son engagement pronazi. Ainsi, à écouter sa prose au travers de Xavier Gallais, on s’interroge sur l’aveuglement politique d’un homme aussi affûté dans la description et l’examen des ténèbres de la psyché humaine.
Monter au « Paradis », le pigeonnier du Lucernaire, pour assister à la déchéance d’un écrivain qui a choisi de se laisser « défigurer vivant simplement par la faim » … la situation est des plus cocasses. La pauvreté du décor – là un sapin clignotant, là un distributeur de café dont aucune tasse ne sort, ici un paquet cadeau – rend justice et justesse à la poésie et la violence d’un récit qui retrace l’errance dans Christiana d’un homme rongé par la faim et l’orgueil, absent à lui-même et habité par la folie. Dans une bouleversante sérénité, et malgré les épaules de son personnage que l’on imagine frêles et décharnées, Xavier Gallais porte les mots de cet être fantomatique et nous transporte littéralement dans les affres du « chagrin d’être toujours en vie ». Si, comme le texte le voudrait, il n’est pas ou plus aussi simple, quand on est affamé, de se rendre au commissariat pour s’y porter sans logis et se voir offrir sans condition ou interrogatoire poussé l’hospitalité, on ne peut certainement pas rester indifférent au lamentable spectacle que nous offre Hamsun, encore moins, si celui-ci est interprété d’une superbe et délicate pudeur.
Faim de Knut Hamsun mis en scène par Arthur Nauzyciel. Au Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs (6è). Téléphone : 01 45 44 57 34. www.lucernaire.fr

Crédit photos: Fabien Pio

Marianne Fougère

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