Politique culturelle
Sébastien Lagrave nous parle du festival « Africolor » qui a bien lieu en ligne

Sébastien Lagrave nous parle du festival « Africolor » qui a bien lieu en ligne

21 novembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Après s’être réinventé plusieurs fois en fonction de la situation sanitaire et par-delà le confinement, le Festival Africolor a bien lieu. Il s’est redéployé en ligne et a commencé le 14 novembre 2020 avec l’Orchestre du Grand Bamako. Également à l’affiche et en live streaming, on pourra entendre Senny Camara, Duo, Indépendances Cha Cha, Ballaké Sissoko, Sylvain Rifflez et Mah Damba. Sébastien Lagrave nous parle de ce festival qui fait le lien entre France et Afrique, de sa place dans le territoire francilien et de son rôle dans la saison Africa.

Le mot d’ordre de votre programmation était « On rentrera KO, on sortira OK ». C’est un peu ce que vous avez permis en organisant en quelques jours le festival en ligne pour qu’il ait bien lieu ?

Malheureusement la création de Ray Lema qui portait ce titre ne pourra pas se jouer car, avec le confinement et le passage au live streaming, nous privilégions les petites formes qui sont plus adaptées aux petits écrans. Mais cette adaptation a pu avoir lieu et les musiciens ont tous joué le jeu dès le départ, car ce qu’ils souhaitaient avant tout, c’était jouer.

Parmi les concerts programmés et adaptés en live streaming, pouvez-vous nous parler de la rencontre avec Ballaké Sissoko ?

La rencontre avec Ballaké date de 2013, lors d’un duo avec Andy Emler. Ensuite nous nous sommes souvent croisés, que ce soit ici ou à Bamako. Il nous a fait l’amitié de partager des créations avec de jeunes talents. Il est de toutes les aventures, et surtout, c’est un maître de la Kora.

Entre l’Afrique et la France

Quel sont les liens entre Africolor et la saison Africa 2020 ?

Nous sommes partie prenante de la saison Africa 2020. Nous produirons plusieurs soirées en juin prochain, dans 5 villes de France qui montreront justement la diversité des musiques urbaines et électroniques, notamment d’Afrique de l’Est qui sont trop peu connues ici. Alors que nous avons souvent tendance à résumer l’Afrique au Sahel, il faut réaliser qu’il s’agit de 54 pays.

Comment la musique permet-elle de repenser l’histoire des relations entre l’Afrique et la France ?

La musique est au cœur des mutations concrètes des relations entre la France et l’Afrique. La façon dont les musiques africaines ont été autrefois absentes ou reléguées, puis portées au théâtre, pour devenir un phénomène mondial qui envahit toutes les cours d’écoles, montre les mutations sociétales, politiques et culturelles dans notre relation au continent. Les artistes Africolor qui ont été emblématiques de cette évolution sont ceux qui étaient inconnus en 1989 et qui sont désormais des stars : Angélique Kidjo, Femi Kuti, Danyel Waro etc…

Pouvez-vous nous parler des concerts Indépendance Cha Cha ?

Indépendance Cha Cha est une création qui fait revivre à la première personne les grands personnages des indépendances africaines, en duo avec un musicien qui interprète les musiques de cette période. Nous sommes dans un aller-retour entre la grande histoire, peu connue en France, et l’histoire intime de ces pères fondateurs.

Un festival et un engagement ancrés dans un territoire

Agrégé de philosophie, chanteur lyrique, à l’origine d’un festival de métal, directeur de centre culturel, féru de jonglage et bien sûr directeur d’Africolor depuis 2012… Pouvez-vous nous parler du fil rouge de votre parcours et de vos engagements ?

Le fil rouge est avant tout émotionnel et artistique car, à chaque fois, j’ai été saisi par la beauté des moments que je vivais. Ensuite, cet engagement est territorial, car entre la Seine-et-Marne, la Seine-Saint-Denis et Africolor, ce sont bien les banlieues qui sont pour moi des territoires de création. C’est donc aussi un engagement politique, puisque je trouve dans Africolor un lien entre l’artistique, le sociétal, le mémoriel, l’action internationale au Mali et à Grande Comore et le territoire de la Seine-Saint-Denis.

Pouvez-vous nous parler du rayonnement d’Africolor et de l’Orchestre du Grand Bamako tout au long de l’année?

À l’année, nous menons des actions de coopération internationale au Mali et à Grande Comore, soutenues par le Département de la Seine-Saint-Denis, l’Institut Français et l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie). À travers ces actions, nous sommes en relation continue avec les associations de ressortissants, notamment en Île-de-France. La rencontre avec les publics se fait donc d’abord parce que ce sont des habitants de la Seine-Saint-Denis qui sont en relation avec leurs pays et villages d’origine.

Visuel : affiche du festival Africolor (c) God save the Screen

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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