Jazz
Jazz à la Villette : Une soirée au rythme de la joie

Jazz à la Villette : Une soirée au rythme de la joie

07 septembre 2021 | PAR Vanessa Benzaquine

C’est à la Grande Halle de la Villette dimanche dernier que nous avons pu retrouver à l’occasion du festival Jazz à la Villette une ribambelle d’artistes emblématiques de la musique jazz. En première partie, Ray Lema et Laurent de Wilde nous ont fait voyager par leur duo de piano entrainant. En deuxième partie, nous retrouvions les pianistes Bachar Mar-Khalifé et Bojan Z, entourés de trois invités inattendus, Émilie Parisien au saxophone, Vincent Peirani à l’accordéon et Lynn Adib au chant.

Une harmonie complice

Laurent de Wilde et Ray Lema se font face aux extrémités d’un même piano. Les deux amis de longue date rattrapent le temps perdu et nous délivrent un dialogue musical enivrant. La complicité entre les deux artistes ressort de façon évidente : une harmonie dans leur jeu et des échanges complices. Les mélodies se répondent et se confondent. Ray Lema nous présente cet agencement comme une énigme à résoudre. Elles créent une sonorité originale, tout comme la disposition des instruments. Ray Lema parle de « roues rythmiques ». Cet agencement particulier vise à confondre le spectateur, qui ne sait parfois plus par qui sont jouées les notes. Une énergie communicative se dégage de leurs morceaux. Les artistes dansent et partagent leur dynamisme au public. L’ambiance est festive. Les morceaux mais ne se ressemblent pas. Un début plutôt doux, qui s’apparente à une balade, suivis de mélodies plus dynamiques. Les rythmes s’accélèrent, ils s’entrecoupent. On pourrait croire à une course, Ray Lema cherchant à rattraper les notes de celles de son partenaire. Il finit par le rattraper et les notes sont de plus en plus rapprochées. Les deux pianistes finissent leur duo en harmonie. Finalement, la musique n’est-elle simplement pas un jeu entre amis ?

Un carnet de voyages

Ray Lema et Laurent de Wilde nous partagent leurs diverses inspirations. Ray Lema rend hommage au fameux musicien nigérien, Fela Kuti, grand inspirateur de la musique africaine. Leurs morceaux s’inspirent également de l’éthio-jazz, forme de jazz née en Éthiopie à la fin des années 50 et réputée depuis les années 70. Il explique également que sa musique est beaucoup inspirée de ses origines congolaises. C’est le sourire au lèvre que l’artiste nous conte des anecdotes amusantes sur l’origine des titres de ses morceaux, et notamment de « Poulet Bicyclette », un duo de piano entre les deux amis qui tient son nom de la façon dont les personnes préfèrent acheter leur poulet en Côte d’Ivoire. Il parle de « Bicyclette » parce que les consommateurs préfèrent poursuivre le poulet plutôt que de l’observer sur la broche. Laurent de Wilde nous partage également un hommage personnel émouvant intitulé « I miss you dad ». La mélodie de ce morceau est particulièrement touchante. L’artiste cherche à nous transmettre ses souvenirs d’enfance. Certaines notes rappellent la mélancolie, d’autres sont beaucoup plus enthousiastes.

Une réunion heureuse d’artistes

Bachar Mar-Khalifé et Bojan Z, complices depuis plus de quinze ans, se taquinent amicalement dès leur entrée sur scène. L’ambiance de la salle est toujours aussi chaleureuse. Bachar Mar-Khalifé a baigné dans la musique depuis son plus jeune âge puisque son père, Marcel, est l’un des artistes libanais les plus fameux. Bojan Z est lui aussi né dans une famille mélomane et a appris le piano dès l’âge de cinq ans. Dans l’une des interviews accordées à notre journal, Bachar Mar-Khalifé insiste sur la dimension thérapeutique de la musique : « Partager ma musique avec d’autres gens qui l’exécutent avec moi, et partager d’autres sensations avec le public. ». Qui n’a jamais écouté son artiste préféré en période de tristesse ou d’angoisse ? Les deux pianistes sont rejoints au fur et à mesure de la soirée par trois invités surprises. C’est Émile Parisien qui se joint à eux le premier, accompagné de son saxophone envoûtant. L’accordéoniste Vincent Peirani arrive ensuite, habillé de son costard élégant. Les deux artistes ont une présence singulière sur scène : leur musique ensorcèle. La voix de Bachar Mar-Khalifé est rejointe par celle de la chanteuse de musique arabe, Lynn Adib. Son arrivée apporte de la fraicheur et son chant oriental est captivant. Bachar Mar-Khalifé pense la musique comme une création collective. Cette soirée représente à la perfection la définition qu’il se fait de la musique.

 

Des instruments d’origines variées

Les instruments présents sur scène sont d’origines très variés. Piano acoustique, piano synthétiseur, darbouka mais aussi des rythmes tapés avec les mains et les doigts. Des mélanges qui paraissent étranges au premier abord mais qui se marient bien. En plus des instruments et des voix chantés est délivré un discours chanté par Bachar Mar-Khalifé : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont fils et filles du désir de Vie en lui-même. Ils viennent par vous mais non de vous, et bien qu’ils soient avec vous, ce n’est pas à vous qu’ils appartiennent ». Il s’agit en réalité de paroles écrites par le poète libanais Khalil Gibran à qui l’artiste rend hommage.

L’ensemble des artistes présents en cette soirée apparaissent très émus de ces retrouvailles et le public, ravi de ces découvertes musicales et humaines, l’est tout autant.

Le festival de Jazz la Villette se tient jusqu’au 12 septembre !

Visuel : Vanessa Benzaquine

Disparition de Jean-Paul Belmondo, monstre sacré du cinéma français
Olivier Atlan : « Nous sommes une Maison de la culture avec des missions qui sont celles d’une scène nationale »
Vanessa Benzaquine

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture