Jazz

Christian McBride’s New Jawn Quartet à Jazz à la Villette [Live Report]

Christian McBride’s New Jawn Quartet à Jazz à la Villette [Live Report]

13 septembre 2017 | PAR Alice Aigrain

Après une première partie assurée par le Léo Jassef Sextet qui ne convainc pas totalement, ne parvenant pas à partager la complexité sensible de ses compositions faute de générosité et vitalité, le Christian McBride’s New Jawn Quartet entre en scène.

L’énergie du Quartet se dégage à la première note, aidée par les regards complices des musiciens et le sourire généreux du leader au public. La salle se réchauffe d’une bienveillance et d’une attente. Elle écoute chaque improvisation, chaque chorus et découvre cette nouvelle formation menée par l’un des meilleurs contrebassistes de sa génération.

Christian McBride est un nom du jazz qui a traversé les courants et les groupes. Si son nom est présent sur plus de trois cents albums, dont ceux des plus grands jazzmen de sa génération, il dirige aussi et propose une musique singulière. Son univers semble n’avoir aucune frontière, riche de chacune de ses collaborations, il en a tiré l’essence pour façonner discrètement les détails de son jeu. On y retrouve ainsi la liberté expérimentale de Pat Metheny ou de l’éclectisme d’Herbie Hancock. Hier soir, Christian McBride a joué de la contrebasse de toute sa virtuosité, mais aussi de sa spontanéité ample et généreuse. Ses doigts pincent les cordes de sa contrebasse comme d’autres pincent celles d’un banjo, les propositions rythmiques sont d’une complexité rare et la couleur de son jeu semble se déplacer sur la totalité d’un échéancier Pantone. Le public s’émeut ou s’emporte à l’écoute de ses improvisations tout en restant comme en suspens, dans l’attente hébétée de la prochaine position que son corps et ses doigts prendront sur son instrument.

Les innovations rythmiques sont également portées par Nasheet Waits, le batteur, impressionnant de précision et d’inventivité. Ses trop peu nombreuses improvisations laissent dans la salle une tension palpable. Personne ne pourrait prédire où il mène l’audience, mais il la prend à bras le corps sans hésitation, alternant les moments très fournis à ceux d’un minimalisme silencieux pour finalement ne la laisser s’échapper qu’une fois que les spectateurs sont abasourdis. Avec Christian McBride, la complicité ne fait pas de doute, les moments de jeu à deux sont d’une justesse déconcertante, comme si ces deux-là partageaient un hémisphère cérébral. Une sensibilité commune qui donne une sensation de symbiose dont semblent parfois exclus les deux cuivres.

En effet, le quartet se compose enfin de Josh Evans et Marcus Strickland respectivement à la trompette et au saxophone. Les deux souffleurs impressionnent par leur jeu précis et leur liberté. Leurs improvisations sont cependant plus retenues, au point que le quartet semble parfois fonctionner comme deux duos. Finalement l’écoute entre ces deux parties s’installe au cours du concert pour le plus grand plaisir du public.

Christian McBride’s New Jawn Quartet ©DR

On a restauré « Man on the Moon » de Milos Forman
Grandeur et décadence, un manifeste pour le changement
Alice Aigrain
Contact : [email protected] www.poumonsvoyageurs.com

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *