Politique culturelle
Olivier Atlan : « Nous sommes une Maison de la culture avec des missions qui sont celles d’une scène nationale »

Olivier Atlan : « Nous sommes une Maison de la culture avec des missions qui sont celles d’une scène nationale »

07 septembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Du 10 au 30 septembre, la nouvelle Maison de la culture de Bourges ouvre ses portes toutes neuves lors de trois week-ends denses. Olivier Atlan est, depuis 2011, le directeur de ce lieu iconique de l’histoire de la culture publique en France. Rencontre.

La Maison de la culture de Bourges est un lieu de mémoire, depuis son inauguration en 1964 par André Malraux. Êtes-vous dans la filiation ou au contraire dans la rupture ?

Nous sommes vraiment dans la filiation de Malraux et surtout de Gabriel Monnet qui a créé cette Maison et qui en a été le premier directeur. C’est une maison de création depuis les années 1960. Nous sommes une des seules scènes nationales de France à avoir un vrai atelier de décor avec trois permanents, un atelier qui est construit aussi bien pour des compagnies théâtrales que pour le Festival d’Avignon ou le TNB de Rennes.

Qu’est-ce qui a changé depuis sa création ?

Auparavant, dans la Maison de la culture de Bourges, il y avait tout : bibliothèque, vidéothèque, arts plastiques, spectacles… Aujourd’hui, nous sommes une Maison de la culture avec des missions qui sont celles d’une scène nationale. Il y a un terreau culturel favorable à Bourges : c’était une des plus grandes villes gallo-romaines, appelée Avaricum ; c’est de la Maison de la Culture qu’est né le Printemps de Bourges ; aujourd’hui, il y a l’inauguration de cette nouvelle Maison, etc. Dans tous les cas, ce qui reste très fort de cet héritage de Malraux, c’est toujours cette confrontation aux grandes œuvres de l’humanité.

En ce mois de septembre, vous intégrez la nouvelle Maison, qui n’est pas située dans les murs de l’ancienne. Cela intervient après dix ans de travaux.

Oui, au départ, l’idée était de rénover l’ancienne Maison de la culture, mais des fouilles archéologiques ont mis à jour des hypocaustes, de grosses conduites d’eau à l’endroit où il y avait les thermes. Serge Lepeltier, alors maire de Bourges, et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, ont finalement pris la décision de construire une nouvelle Maison de la culture à proximité de l’ancienne. Cela a permis d’entrer dans l’ère de la modernité technique.

Que comporte cet outil moderne ?

C’est un vaste ensemble. Il comporte une grande salle de 700 places, avec un plateau de 30 mètres de mur à mur et 16 mètres de profondeur. Elle peut passer à 600 places par un dispositif qui fait avancer le plateau en couvrant les trois premiers rangs de siège. Il y a également une petite salle de 200 places qu’on appelle la « Black Box », qui est une salle rectangulaire noire sans sens privilégié – on peut y mettre le plateau à peu près où on veut, même en configuration frontale, bifrontal ou trifrontal. Un gradin de 200 places peut s’escamoter, disparaître complètement. C’est une salle qui offre toutes les possibilités et qui peut aussi être une salle de travail, où faire des séries. Ensuite, nous avons une superbe salle de répétition totalement équipée, avec un plancher de danse, des barres, des miroirs. Tout est fait de façon à ce que les choses se déroulent le plus simplement possible.

La Maison comporte également un cinéma, n’est-ce-pas ?

En fait, nous avons deux salles de cinéma : une de 160 places et une de 120 places. La programmation est celle d’un cinéma d’art et d’essai. Nous proposons des ciné-concerts et des manifestations un peu singulières autour du cinéma.

Est-ce un outil ? Est-ce que le cinéma trace comme une passerelle avec les arts vivants ?

C’est une bonne question que nous nous posons également. Un certain public de cinéphiles vient uniquement au cinéma, c’est vrai. Mais la carte d’adhésion qu’on propose est valable à la fois pour le spectacle et le cinéma. Donc oui, bien sûr qu’il y a des croisements de publics, beaucoup de gens vont à la fois au spectacle et au cinéma.

En regardant votre programmation, on a l’impression que vous cherchez à être le plus large possible, est-ce que je me trompe ?

Vous ne vous trompez pas. Nous ne sommes pas en Île-de-France, où l’offre culturelle est spécialisée. A Bourges, il y a bien entendu une programmation de musiques actuelles qui est faite par le Printemps de Bourges pendant le festival, mais au-delà, nous sommes une des seules structures à programmer de façon régulière des spectacles pluridisciplinaires.

Vous avez la charge du spectacle vivant à Bourges ?

Oui. L’éventail est forcément très large. Gilbert Fillinger, qui a géré cette maison de 1995 à 2005, a introduit la danse contemporaine dans la programmation. Il a réussi à créer un public. Je suis convaincu que la danse est l’acte qui croise le plus de disciplines artistiques. Donc j’essaie d’équilibrer entre la danse, le théâtre et la musique. Et bien sûr, grâce à ce nouveau plateau plus grand, on va pouvoir élargir la programmation, avec de grands spectacles de cirque ou de magie qui nécessitent de très grands plateaux. Nous allons pouvoir ouvrir également le champ du côté des musiques, que ce soit le jazz ou les orchestres lyriques et symphoniques qu’il est désormais possible d’accueillir.

Parlons d’aujourd’hui, puisque le grand jour est arrivé ! À partir du 10 septembre, vous lancez non pas une soirée d’ouverture mais un mois d’ouverture. Pouvez-vous raconter un peu plus précisément comment vous avez articulé cette programmation  ?

J’ai travaillé en lien direct avec toutes les équipes de La Maison de la culture. Nous avons essentiellement construit cette programmation autour de nos artistes associés

Quels sont vos artistes associés ?

Il y a le Turak Théâtre, les Anges au plafond, Camille Rocailleux, Julie Delille, mais aussi le quatuor Tana, et à partir de cette année, nous allons travailler plus particulièrement avec Dorian Rossell, et Martin Zimmermann. Voilà. Les artistes associés ont fait des spectacles partout, notamment participatifs, qui vont se dérouler pendant l’inauguration. L’idée est d’amener le public vers la Maison. Comme il en a été privé pendant dix ans, désormais, il pourra investir le lieu – il y aura même un bar-restaurant. Les performances et les spectacles vont agir de façon concentrique, et converger vers la Maison.

Pendant les week-ends d’ouverture, il y aura donc des choses qui se passeront dans la Maison, et d’autres à l’extérieur ?

Absolument. Dans l’espace public à Bourges et autour de la Maison. Je tenais à ce que les artistes puissent être présents dès le premier mois. On sait que l’inauguration officielle sera un très beau moment symbolique. Je voudrais profiter de cette inauguration pour ouvrir cette maison non seulement au public, mais aussi à la population. C’est pourquoi beaucoup de propositions sont gratuites pour venir découvrir la maison, comme des visites avec des artistes par exemple. L’inauguration sera un événement à Bourges, cela va nous permettre d’aller à la rencontre de ceux qui ne viennent pas naturellement. C’est toujours le même discours qu’on entend, « c’est pas pour nous, c’est pas pour nous ». Pourtant, nous ne sommes pas là pour faire des spectacles qui ne soient visibles par personne. Disons qu’avec cet événement de l’inauguration, on va forcément toucher des gens qu’on n’aurait pas touchés simplement si c’était une saison classique.

Un dernier projet dont nous n’avons pas parlé, c’est ce livre Dessine-moi une maison !

Oui, cela remonte à il y a trois ans. Dominique Delajot a commencé a réalisé un carnet de bords sur les années précédant l’ouverture. Il s’est associé à la peintre et dessinatrice Cathy Beauvallet, et nous avons publié ces carnets pendant deux ans tous les dix jours. Aujourd’hui, cela devient un livre, un objet d’art. En parallèle, nous avons aussi travaillé avec un photographe qui a documenté le chantier, mais a également fait un travail tout à fait personnel autour des ouvriers et des artisans. Il y a toujours de l’humain. Il va lui aussi éditer un livre, et l’exposition de l’ouverture sera consacrée au travail qu’il a fait depuis trois ans. Donc nous présenterons les traces des trois dernières années, des traces sensibles.

Visuel:  portrait d’Olivier Atlan ©Yannick Pirot.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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