Danse
Cinédanse : Forsythe en solo

Cinédanse : Forsythe en solo

07 septembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

La reprise, par Charleroi danse, le 18 septembre 2021 de la pièce de William Forsythe A Quiet Evening of Dance, est l’occasion d’évoquer le court métrage de danse réalisé en 1995 par Thomas Lovell Balogh, sobrement intitulé Solo.

Guillem

Jean-Pierre Elkabbach, nommé directeur de France Télévisions sous la présidence de François Mitterrand, eut l’excellente idée de proposer à la meilleure ballerine de son temps, Sylvie Guillem, une carte blanche sous la forme d’une émission entièrement conçue par elle. Evidentia, tel en fut le titre, fut diffusé en 1995 sur France 2 à l’occasion des fêtes de fin d’année. La regrettée Françoise Ha Van tourna et monta les séquences en noir et blanc, à la manière godardienne, alternant images de Guillem dans l’intimité, propos en voix off, intertitres signifiants encadrant trois magnifiques cinédanses : Blue Yellow, Smoke et Solo.

Les deux premiers, enregistrés en couleur, mettent en valeur la danseuse étoile hors de son registre classique habituel. Blue Yellow est une chorégraphie signée du Britannique Jonathan Burrows, très habilement captée par Adam Roberts dans un jeu de cache-cache ; Smoke est un duo de Guillem avec Niklas Ek, enregistré par le frère de celui-ci, Mats Ek (tous deux étant fils de la grande chorégraphe Birgit Cullberg), qui s’achève par une formidable variation féminine de Guillem. Solo, hommage de la danseuse à l’auteur de la pièce In the Middle, Somewhat Elevated, qui lui permit de sortir des sentiers battus, est un court métrage du réalisateur anglais, tout jeune à l’époque, Thomas Lovell Balogh.

Forsythe

D’après nos souvenirs, c’est après avoir visionné le film de fin d’études de Tom Balogh, Capoeira, dance of the diaspora (1994), montré par nous à la réalisatrice et également à la productrice de l’émission, Béatrice Dupont, de RD Studio, qu’il fut demandé à l’élève de la Central St Martins de filmer dans le même esprit qu’il l’avait fait pour enregistrer l’art martial brésilien la variation de Forsythe. Ce film expérimental, intéressant en soi, prouve également, si besoin était, que le chorégraphe avait été un danseur d’exception, au style singulier, capable d’improviser, de faire éclater le vocabulaire classique sur lequel il continuait encore à s’appuyer, de se monter exigeant envers ses interprètes comme il n’a cessé de l’être avec lui-même.

Le chorégraphe-danseur est en une premier temps pris de très près, en silence ou presque: un gros plan découvre ses pieds protégés par des chaussettes; il mêle torsions et tensions d’orteils aux entrechats, brisés, chassés classiques; il fait sonner le parquet, fait crisser le tapis en PVC; un panoramique vertical dévoile le pantalon plissé d’Issey Miyake qui fait office de collant de danse; les bras en action autour d’une tête aux cheveux ras contredisent l’impassibilité du visage et déclenchent des accords bruts au violon de Thom Willems et Maxime Franke démarqués d’une suite de Bach. La vitesse d’exécution, l’imprévisibilité des enchaînements, l’intensité de chaque geste et l’impression de démembrement paraissent épuisants; les plans s’enchaînent dans la pénombre du studio ou la danse prend plus d’air et d’espace. La démo gagne à être revue.

Visuel : photogramme du film Solo (1995) de Thomas Lovell Balogh.

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Nicolas Villodre

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