Musique
Live report : Troy Von Balthazar à la Machine (15/04/11)

Live report : Troy Von Balthazar à la Machine (15/04/11)

21 avril 2011 | PAR Camille Jamain

En concert à la Machine du Moulin Rouge, c’est un Troy Von Balthazar tout en simplicité et en charisme qui, comme à son habitude, a livré un spectacle riche en émotion et en moments de grâce.

Ceux qui connaissent déjà l’animal ne seront guère surpris de l’événement que représente chaque apparition du leader de Chokebore. Certes Troy a su, depuis maintenant vingt ans, s’enrichir au fil des expériences et des collaborations les plus diverses pour bâtir une œuvre singulière tant dans sa musique que dans sa manière. Cependant on connait hélas que trop bien la difficulté de faire vivre au public cette évidence face à la scène qui nous laisse après coup avec cette impression quasi mystique d’avoir partagé un instant unique.

De passage pour la seconde fois en six mois sur les scènes parisiennes après la sortie du lumineux How to Live on Nothing, TVB est cette fois-ci précédé de A Newborn Riot of Dream qui n’est rien d’autre que le one-man band du guitariste de Chokebore. On se prend alors à rêver d’une hypothétique apparition du quartet (TVB étant accompagné depuis quelques temps par Christian Izzo, également batteur de la formation hawaïenne), mais cela n’arrivera pas et c’est peut-être mieux comme cela… Assis et quasi immobile, Jonathan Kroll nous livre un délicat exercice d’overdubs et d’effets en tout genre mais à la longue le spectacle sans véritable relief devient un peu lassant et le public venu nombreux salue sans grande conviction.

A peine le temps d’échanger quelques critiques et je me rends vite compte que ce soir le public majoritairement trentenaire est peu en proie au doute quant à la qualité du show qui va suivre. Troy  Von Balthazar arrive donc seul en scène, une sobre et rapide présentation et le show démarre sur « To a Girl With One Wing Gone », parfaite ballade folk pour une mise en bouche. Puis vient « Santiago« , surement le titre le plus rock de sa discographie penchant volontiers vers le sadcore de Chokebore : évidement on ne s’y attendait pas vraiment à ce moment du set mais le morceau revêt une tout autre parure, entièrement réarrangé, les refrains se sont transformés en d’aériens breaks dissonants où Troy s’accompagne uniquement d’un mini-synthétiseur repris par le micro chant, offrant au titre un contraste des plus jouissif.

Au passage sa guitare l’abandonne, celle qui l’accompagne depuis ses débuts, il semble désemparé mais s’en amuse avec le public, une solution de secours est trouvée à la va-vite car Troy le solitaire partage sa vie entre Berlin, Paris, Los Angeles et Hawaï et ne s’encombre que de l’essentiel. (La fin de l’histoire s’écrira quelques heures plus tard dans la nuit où je me retrouverai accompagné de quelques amis à remettre sur pied sa Telecaster, magie du printemps.) Pas déstabilisé pour autant Troy enchaîne les titres de son dernier opus, une loop station qui sert également de boîte à rythme suffit à accompagner les morceaux jamais aussi dénudés qui gagnent encore en intensité tant la manière qu’a Troy d’incarner ses textes se suffit à elle-même. « Wings, My Diamond Brain, In Limited Light » ponctuent le set brillamment, aucun titre n’est semblable à ce que l’on peut trouver sur disque, les effets de voix ne sont jamais superflus et « Bad Controller » rappelle volontairement les accents tragiques de « Day of Nothing ».

Troy entretient une complicité avec son public d’un rare naturel et même si l’on se prend à regretter un instant la dimension des lieux, sa capacité à s’adresser à un comme à mille est éblouissante. Assis en tailleur avec pour seuls accompagnements une bande préenregistrée sur un radiocassette et une percussion faite de coque de noix, il semble s’excuser ironiquement d’être lui-même, « I do what I can to get through the day, I drink to keep the tigers away ». Point d’orgue de cette intimité, « I Block the Sunlight Out« , a cappella, il oscille littéralement autour du micro pour livrer une prestation solaire qui laissera le public un temps hypnotisé.

On dodeline sur « Catt » quand au milieu du morceau il est rejoint par son batteur et sa bassiste qui assure aussi toutes les voix féminines de l’album. Le concert prend une tout autre dimension sans que Troy ne perde sa proximité avec le public, on passe en revu les titres les plus pop, « Dogs, Dots & Hearts », puis il reviendra seul pour un magistral « Infinity Face » qui laissera la foule définitivement convaincue que cet homme est unique et que ses apparitions sont précieuses, comme une suspension du temps où l’on se retrouve dans un bain d’ombres et de lumière.

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Camille Jamain

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