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[Live-Report] : Lek Sen au Nouveau Casino (20/02/2013)

[Live-Report] : Lek Sen au Nouveau Casino (20/02/2013)

21 février 2013 | PAR La Rédaction

“Vous avez quel âge? 60 ans. Et vous aimez le reggae? Oui”. Cet échange dans la queue préfigure l’ambiance à l’intérieur : l’éclectisme à l’image de la musique de Lek Sen. Avec un public cosmopolite, le live révèle le plein potentiel de l’artiste sénégalais et la portée de sa démarche. Du vrai, pas d’artifices et cela se sent.

Curieusement, les gens du troisième âge sont bien les premiers à être présents. Dans un coin, les triplettes d’Oberkampf qui aiment la musique de Dakar et se disent surprises de ne pas voir plus d’Africains. Assez comique sachant que cela manquait de jeunes tandis que les projecteurs affichent sur les murs des extraits sportifs en mode rétro à la cadence super-accélérée. L’ambiance est bon-enfant et l’impression initiale satisfaisante. Sous les lustres en mode lounge-chic illuminés de violet, les “jeunes” entrent peu à peu, poussettes, costards, rasta, gens normaux, 6 ans, 17 ou 35. D’ailleurs le DJ a 65 ans et chauffe la salle en mode urban Dakar. Son principe? Se faire plaisir et espérer que cela soit contagieux. Le petit rythme sympathique continue bon train, le kora est à l’honneur, couplé à un chant poétique récitatif de Sissoko. Le thème? Les thèmes classiques et indémodables tant qu’il sont bien exprimés. L’amour, le départ, le voyage. Simple, comme la musique bien faite. Le rythme continue, les gens se dandinent petit à petit malgré eux tout en sirotant une bière. On se met doucement dans la vibe. Mais c’est le calme avant la tempête. Car lorsque Lek Sen fait son entrée sur scène, c’est un déchaînement d’énergie. Paré d’un treillis et arborant un tee-shirt à l’effigie du lion de Judée rugissant, le ton est donné. On se demande d’ailleurs qui suit le rythme, Lek Sen ou le batteur. La volonté et la détermination du guerrier de Sion portent son cri de révolte. Les injustices ne passeront pas. Car, entre chaque morceau, il en profite pour placer des petites remarques, du genre “la moitié du monde est prête à suivre 3 hommes dans un bureau qui rédigent. Il faut se poser des questions. J’en ai marre de voir les gens se flinguer. Je suis juste un petit mec, mais je regarde ce que je vois.”
Et ça repart. Beat box improvisé, il enchaîne sur la guitare avec ses accompagnements qui sont à la hauteur. Du tempo hip-hop rappelant les loops de Mobb Deep aux petites mélodies stridentes à la Snoop D.O.G.G from West Coast, on devine l’influence majeure du hip-hop qui l’inspire. Et de commenter : “Je kiffe le rock’n roll justement parce-que c’est rock’n roll”. Et enchaîne sur du reggae. Sa musique est vraiment polyvalente et Lek Sen dégage une présence sur scène, occupe l’espace et n’hésite pas à faire des pas de danse avec une gestuelle très hip hop entrecoupée de tradition wolof. La technique musicale est au rendez-vous. La fosse se dandine et s’agite de plus en plus. Les vibes vous prennent et vous remuent d’une énergie douce et arbitraire. Il était dur de se contrôler pour ne pas se laisser aller et suivre le mouvement. La scénographie est minimaliste et l’éclairage, adéquat, accompagne les phases d’accélération ou de posétude. Le mélange des genres est au top. Melting pot réussi, les styles se combinent en toute cohérence et c’est à peine si l’on perçoit les shifts entre les morceaux qu’il utilise à escient pour temporiser et maintenir l’audience attentive. “Comment ça va?” demande-t-il, en guise de mini-intermède. Réaction timide, des petits “ouais” convaincants mais isolés se font entendre. Et il enchaîne : “C’est pour vous chauffer. J’ai plus de voix que vous”. Ovation du public, et il présente son équipe après que la passion l’eût pris et fait oublié les commodités élementaires. Sa voix polyphonique éraillée sert de ligne de basse et est clairement un instrument à part entière. Par ailleurs, la différence acoustique avec l’album est frappante. Cela n’a littéralement rien à voir. Et pour cause, la qualité de sa voix, faite de puissante sobriété, est difficile à restranscrire sur CD. Cette voix , qui donne la mesure du talent de Lek Sen, est la colonne vertébrale de la prestation ; elle canalise toutes les notes et les sublime en offrant sincèrement une touche originale.
Prise de micro énergique, éclairage rouge et jaune ardent ou deep-blue mystique, voix prenante et émotions à vif, tout concorde chez Lek Sen. Authentique de la tête aux pieds. ”Je suis partout étranger” annonçait-il. Et c’est peut-être la raison pour laquelle il se sentait tellement à l’aise sur scène. Il était chez lui au Nouveau Casino. “Si le public était tous les soirs comme vous, on y va, on fonce gratuit” finit-il. Vous avez aimé l’album? Vous allez surkiffer le live.

Mettez de la musique dans votre vie, mm si on joue mal, mm si on joue faux.

Texte et visuels : Idir Benard.

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La Rédaction

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