Musique

Live Report’: enfin une prestation homogène pour l’Orchestre National de France

Live Report’: enfin une prestation homogène pour l’Orchestre National de France

14 novembre 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Lundi soir nous étions de nouveau au Théâtre des Champs-Elysées pour l’avant dernier concert du cycle Beethoven de l’Orchestre National de France. Étaient représentées ce soir-là la 8ème et la 3ème symphonie dite Héroïque, ainsi que la création de Pascal Zavaro intitulée La bataille de San Romano. Un concert qui après la prestation précédente nous surprend agréablement par l’homogénéité de l’exécution autant que par l’implication dont ont fait preuve les musiciens et leur chef.

 

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Après avoir malheureusement constaté lors des précédents concerts un manque de soin et d’investissement à l’égard des symphonies les moins connues, on s’attendait à passer encore une fois un moment d’ennui pendant la 8ème symphonie. Ce fut donc une agréable surprise que de voir les musiciens et leur chef pleinement concentrés et actifs, s’amusant dès le début du concert, et d’entendre une 8ème symphonie pleine de charme, brillante et pétillante. Ce qui caractérise particulièrement le 8ème opus du maître allemand, c’est justement un esprit délicatement fantasque où règnent légèreté, humour et ou perdure néanmoins un côté martial et impérieux, abordé toutefois ici avec beaucoup plus de grâce et d’insouciance que dans les précédentes symphonies. Un esprit que Gatti a su nous retransmettre en soulignant par exemple particulièrement le caprice mélodique inhérent au premier mouvement, marquant spécialement la rythmique conquérante et accentuant par la nuance la ballade doucereuse du second thème plus lent et moins marqué. Une alternance de caractère qui perdure tout au long de l’œuvre que le chef saura mettre en lumière et maintenir par le traitement précautionneux du tempo et des silences, ménageant par la même le suspense. De manière générale l’orchestre nous apparaît ce soir empreint de plus d’ampleur et de grandiloquence, on le remarque notamment par le traitement de la nuance à la fois soignée et amplifié. Néanmoins on regrette encore et toujours le manque de subtilité, d’écoute et de précision (avec des départs toujours imprécis particulièrement au début du 4ème mouvement) des violons. Trop soucieux de s’imposer, impérieux voire égocentriques, ils gâchent malheureusement tout du long chaque soli des bois et font sentir un manque d’homogénéité et de cohésion plus que regrettable.

On reste dubitatif quant à la composition de Pascal Zavaro, l’accueil du public s’en ressentira d’ailleurs. Ce n’est pas tant la musique en elle-même qui dérange, mais l’incompréhension quant à la réalisation de la thématique évoquée dans le titre, La bataille de san romano, (du nom du tryptique peint par Ucello et de la bataille médiévale qu’il évoque,) ainsi que du rapport à l’œuvre de Beethoven que l’on peine à cerner. En soit, l’œuvre est plaisante à écouter, elle joue notamment beaucoup sur les effets de suspense. Néanmoins hormis dans le traitement et la place réservée à la trompette, on ne retrouve que peu le côté médiéval, chevaleresque et guerrier, de même le côté martial des symphonies de Beethoven. Aussi, l’on se demande si l’œuvre avait réellement sa place au sein du cycle Beethoven et pour cette représentation.

Enfin, vient le moment de la sublime et héroïque 3ème symphonie de Beethoven. Considérée comme la première grande symphonie du compositeur, elle tient une place particulière dans le répertoire et évoque la gloire et la splendeur d’un héroïsme idéalisé, un héroïsme dont Beethoven voyait la réalisation en Napoléon Bonaparte pour qui il avait dans un premier temps dédicacé l’œuvre. L’interprétation de Gatti et de ses musiciens fut tout du long teintée d’énormément d’émotion. D’une grande justesse l’orchestre nous a ce soir véritablement emportés, élevés dans l’imaginaire Beethovonien avec notamment un second mouvement bouleversant, et ce malgré le départ raté des cordes. Quoiqu’il en soit l’on a senti ce soir une véritable volonté de peindre un tableau, de raconter une histoire, ce qui manquait jusqu’alors cruellement. Le troisième mouvement nous entraîne dans une folle cavalcade, Gatti adopte un tempo très vif et rapide (sans être non plus trop emporté), qui sied néanmoins parfaitement à cette course effrénée. On reste accrochés jusqu’au final dont les thèmes et allures variées ont été particulièrement bien magnifiés par le maestro, permettant de faire ressortir toute l’ampleur et le lyrisme du mouvement. Gatti apparait d’ailleurs dans ce final d’autant plus attentif et exigeant avec chacun des pupitres.

Loin des prestations en dents de scie des précédentes représentations l’ONF faisait donc en ce lundi soir plaisir à voir et à entendre avec une prestation globale beaucoup plus harmonieuse et homogène. On salue particulièrement les prestations du pupitre de cor pour les deux symphonies, des trompettes particulièrement sollicitées dans la création de Zavaro et également le hautbois brillant, lumineux dans l’héroïque. Quant aux cordes, il serait temps qu’ils se remettent en question, puisqu’ils font malheureusement défaut à chaque concert et sont apparus encore une fois que le point noir de l’orchestre. Espérons voir une prestation pleinement aboutie pour le dernier concert qui donnera à entendre la fameuse 9ème symphonie.

photos: sites.radiofrance.fr / pascalzavaro.com

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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