Musique

Live Report : Django Drom, un hommage triomphal à Django Reinhardt et à son peuple

Live Report : Django Drom, un hommage triomphal à Django Reinhardt et à son peuple

05 octobre 2012 | PAR Sarah Barry

La Cité de la Musique vient d’accueillir la dernière de Django Drom, un spectacle conçu il y a deux ans par Tony Gatlif et Didier Lockwood, afin de célébrer en musique et en images Django Reinhardt et la culture rom. Succès absolu : la salle n’a pu s’empêcher de faire retentir ses acclamations après chaque démonstration technique de musiciens plus que virtuoses, presque extra-terrestres.

Cité de la Musique, 20 heures. La très contemporaine et très classieuse salle des concerts a fait le plein. La lumière baisse, le silence se fait. Entre en scène Karine Gonzales, flamboyante crinière brune, chaussures à claquettes aux pieds. La jupe blanche se met à virevolter autour d’elle, au rythme  de ses envolées sauvages où les semelles claquent frénétiquement. S’incruste un air de violon ; Didier Lockwood, le chevalier de la Légion d’honneur plusieurs fois récompensé qui donne son nom à des salles de spectacle, vient d’entrer par la petite porte et se rend auprès de Terpsichore, tandis que son archet tourbillonne dans les airs. Danse et violon se font du charme cependant que s’amène tranquillement, instrument en main, le trio vedette des guitaristes : Hono Winterstein, guitare rythmique, les immenses Stochelo Rosenberg et Biréli Lagrène, guitare solo, qui n’en sont pas à leur première collaboration. Le rideau est levé, nous voilà embarqués dans les roulottes des Tziganes.

Car ce spectacle est une invitation au voyage : le montage imaginé par Tony Gatlif assemble les multiples archives récoltées par le réalisateur sur Django Reinhardt et l’univers gitan. Défilent principalement en noir et blanc, des visages de caractère sur fond ambiancé de différents motifs : l’errance, les roulottes, la fête, la danse, le cirque, les tarots, les montreurs d’ours, les tubas, les guitares bien sûr. Les photographies se superposent et se déplacent sur les décors dans une sorte d’animation 3D qui donne vie à tout un peuple, les images figées se relâchent et se font parfois cinéma. Des gravures et des affiches de la Belle Epoque sont les témoins d’un regard particulier porté il fût un temps sur la culture gitane. Cette savante combinaison vient compléter le spectacle scénique tandis qu’elle bouge au rythme de la musique, tenant en éveil tous les sens du spectateur.

Les morceaux s’enchaînent et ne se ressemblent pas ; après un passage obligé par le Minor Swing, on alterne avec science entre des mélodies calmes, lentes, parfois tristes et des inflexions plus festives, qui mettent chaque main de maître à contribution afin de tenir le rythme endiablé du jazz manouche. Chacun y va de son solo : l’accordéoniste Emy Dragoï ne peut retenir son sourire tandis qu’il promène ses doigts sur le clavier ; la guitare rythmique baisse d’un ton pour laisser retentir les enchaînements graves de la contrebasse de Diego Imbert ; les violons manipulés par Didier Lockwood et Fiona Monbet remontent dans les aigus et se promènent à leur guise dans les octaves, avant de céder la politesse à la clarinette de Florin Gugulica. Quant aux guitaristes, au nombre de neuf à la fin du spectacle, ils rivalisent de talent et d’espièglerie ; Biréli Lagrène se joue de la tonalité des morceaux et l’on croit entendre pendant deux secondes des petits extraits de la Lettre à Elise ou de la Marche impériale de Star Wars dans ses solos, tandis que les doigts se déplacent à une vitesse inconcevable sur les cordes de la guitare.

L’univers musical de Django est omniprésent, mais il s’enrichit ici de petites phases plus modernes, comme des thèmes funk, des passages à la guitare électrique, ou encore des recours à la pédale wah-wah pour le violon de Didier Lockwood. Ce dernier fait d’ailleurs figure de chef d’orchestre implicite, tandis qu’il s’active sur la scène et dirige les débats selon la volonté de Tony Gatlif. A noter également les interventions chantées de Norig, une voix émouvante aux accents folkloriques qui n’est pas sans rappeler certaines bandes originales composées par Goran Bregovic pour les films d’Emir Kusturica.

Comme pour s’assurer de rester éternellement gravé dans les mémoires (et comme s’il n’en avait pas déjà assez fait), le spectacle se termine sur une adaptation du Boléro de Ravel, que Django lui-même avait remanipulé pour la guitare. Didier Lockwood pousse ce grand classique dans ses retranchements avec un crescendo surréaliste porté magistralement par les seize musiciens sur fond d’orage apocalyptique. Karine Gonzalez tourne à en perdre l’équilibre, Norig envoie dans la cacophonie finale des cris de chimère mythologique et le silence qui suit est envahi d’applaudissements et de vivas. Une démonstration de force, qui vient défendre l’honneur de tout un peuple souvent mis à mal en Europe.

 

Visuel : (c) Sarah Barry

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Sarah Barry

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