Essais

Un bon hippie est un hippie mort : la folle épopée du groupe Métal Urbain par Eric Debris et Ovidie

07 octobre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Spécialisées dans les textes malins sur des groupes mythiques, les éditions Camion blanc viennent de publier le récit à quatre mains de l’aventure du groupe d’électropunk Métal Urbain. Un beau livre qui permet de se replonger dans l’énergie du Punk à ses débuts avec son refus de l’ère VGE et bien sûr son mépris souverain des babs, de leur philosophie molle, de leur musique sirupeuse et de leurs drogues débilitantes. Narré et illustré par le chanteur du groupe et graphiste de renom, Eric Debris (voir notre article sur l’art d’Eric Debris), « Un bon hippie est un hippie mort » est à offrir : à certains pour qu’ils se rappellent, à d’autres pour qu’ils sachent que le soufflé de mai 1968 n’est pas retombé tout de suite dans notre puritanisme ambiant, et aux plus jeunes pour qu’ils découvrent une période et un mouvement dont on connaît les avatars des années 1980 (voir le dernier film de Virginie Despentes) mais pas ou presque (heureusement la Villa Médicis les a exposés) les pionniers anglais, américains et français des années 1970 dont les Métal Urbain faisaient partie.

« Quasiment personne ne s’est remis du punk rock. »(p. 277). Mais peut-être la pire des choses eût-il été de s’en remettre. Métal Urbain est probablement le seul groupe français à avoir pu reprendre tels quels ses textes des années 1970 dans les années 2000 tellement les textes toujours au-delà du politique et jamais amoureux sont restés d’actualité. Et tellement ils n’ont jamais rompu avec l’énergie de contestation qui leur a donné naissance. L’histoire commence au début des années 1970 avec des lycées indépendants, fauchés et qui s’ennuient dans une société retombée dans la léthargie petite-bourgeoise des Trente Glorieuses finissantes. Éric Débris, Ricky Darling et Zip-Zinc bidouillent eux-mêmes leur matériel, donnant naissance à l’électro-punk dès qu’un petit héritage de deux d’entre eux permet de financer les synthés. Clode Panik s’adjoint en chanteur et en 1976 une des deux grandes scènes qui déménage un peu à Paris avec le Gibus, le Golf Drouot leur donne accès à un tremplin. Il ne gagnent pas mais mettent un tel bordel que les fanzines ne parlent plus que d’eux. Même désordre tonitruant sur les plateaux de télé. 1978, Panik se retire et Débris prend le micro, mais la France s’encroûte et la joyeuse bande s’exile à Londres, le Berlin de l’époque question prix et où la dure réalité sociale rend l’écho de leurs textes violents tout à fait tonitruants. Sous le nom de Doctor Mix, Éric Debris et ses compères inventent la noisy pop. Une expérience en soi, mais dont l’expérimentation passe mieux en album que sur une scène où les musiciens font en fait les Djs avant l’heure. Seuls punks français à être reconnus aux États-Unis, où ils tournent, ils restent inclassables et incasables jusqu’au milieu des années 2000 où les Transmusicales de Rennes les accueillent en fanfare, aux côtés (ou plutôt sur une autre scène et en même temps) de leurs dignes et déjà vétérans héritiers, les Béru. Le temps de vérifier que le punk touche aussi les générations à venir, même si, au temps du téléchargement, le « No Future » et la contestation jamais démentie ont du mal à remplir les poches de ces éternels fantassins de la critique.

La narration peaufinée par Ovidie et le témoignage vibrant d’Eric Debris sont illustrés à chaque page par des photos, des extraits de fanzines, de journaux locaux ou encore les fameuses couvertures des albums du groupe, dessinées par Éric. A travers l’épopée souvent joyeuse et presque toujours musclée de ce groupe, c’est toute une culture restée dans l’underground et jamais reprise par l’institution qui est évoquée. Un bel objet à l’écho puissant.

Ovidie et Éric Debris, Métal Urbain, Un bon hippie est un hippie mort, Camion Blanc, 405 p., 34 euros. Sortie le 14 septembre 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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