Musique

[Live report] Breton, Détroit et Arctic Monkeys aux Vieilles Charrues

[Live report] Breton, Détroit et Arctic Monkeys aux Vieilles Charrues

20 juillet 2014 | PAR Thibaut Tretout

A en juger par l’affluence en fin d’après-midi sur le site des Vieilles Charrues, et par la richesse, une fois encore, de la programmation, le samedi 19 juillet s’annonçait comme une journée exceptionnelle et trépidante.

Les Londoniens de Breton, venus présenter leur second album, War Room Stories, se seront sentis à Carhaix comme chez eux, pour le plus grand festival auquel, de leur propre aveu, ils aient pris part. La voix basse, éraillée sur les aigus, de Roman Rappak, répond aux accords de ses quatre complices, déchaînant une apparition de drapeaux anglais et la ferveur des fans du premier rang, au moment où le soleil, inopiné, daigne nimber le site. Puisant aux sources de la plus pure tradition britannique, Breton livre une prestation qui, sans être surréaliste en termes d’originalité musicale, se révèle aussi attachante que la personnalité de ses interprètes, qui auraient peut-être mérité une programmation plus tardive.

Pour les trois garçons de Jabberwocky, l’auteur de référence est Lewis Carroll, et leur prestation est en effet l’occasion d’une échappée électro-technique qui, doucement, à coups de beats sourds et obsédants, d’effets psychédéliques et de voix synthétiques habilement balancées, nous fait basculer dans un univers aussi enveloppant qu’il est mystérieux.

Avec The Red Goes Black, quatuor constitué d’authentiques Bretons, le public peut jouir de l’incroyable virtuosité de musiciens dont la maîtrise instrumentale produit l’effet d’un road trip envoûtant, tendre et viril, qui fait presque oublier l’indigence des paroles.

Côté Glenmor, pour les retrouvailles de Bertrand Cantat avec le festival des Vieilles Charrues, l’impatience est palpable. Le poète maudit se présente d’abord seul, guitare sèche à la main, suscitant une véritable ovation. Droit dans le soleil, Cantat livre, avec ses acolytes de Détroit, et particulièrement Pascal Humbert à la basse, des ballades écorchées qui ne sont pas sans évoquer les accents d’un Saez, ou le vibrant Sa Majesté, sans concession et superbe. La montée en puissance est progressive, et réussie. Le concert de Détroit impose un rock puissant et dévastateur, qui dérive ensuite vers l’interprétation des classiques de Noir Désir, déchaînant la ferveur des inconditionnels de Cantat. « Lazy », « Un jour en France », « Le vent l’emportera », « Tostaky », « A ton étoile » : le public n’a rien oublié de la légende et prend littéralement feu pour le final de ce concert qui n’est pas le chant du cygne de Cantat, mais bien plutôt celui d’un tigre toujours aussi habité. Ce fut peut-être du Noir Détroit, mais personne ne s’en plaindra.

Julien Doré, lui, n’aura fait que du Julien Doré, soit une prestation sans feu ni flamme, comme si l’interprète de Love peinait à s’imposer sur la scène Kerouac. Cette fragilité du dandy peut séduire, et Doré ne ménage pas ses efforts, mais la prestation reste en-deçà de ce qui eût été nécessaire pour faire aimer – et non subir – les compositions quelque peu brouillonnes de Love.

Fort heureusement, Fakear, sur la scène Grall, reconnaissant d’être reconnu, prodige et enjoué, nous invite, « avec [son] cœur », à un voyage que rythment des pulsations hypnotiques dont la poésie donne à rêver les Apsaras d’un univers à part.

Le plaisir, décidément retrouvé, ira crescendo : côté Glenmor, en effet, les Arctic Monkeys séduisent avec un rock pleinement abouti dont Alex Turner – veste en cuir noir, cheveux plaqués façon sixties – est le royal interprète. Sa voix chaude et sensuelle, aussi envoûtante a capella qu’avec les entrées ciselées des autres « gamins » de Sheffield, a la densité d’un fleuve et la profondeur d’un océan. La cause du réchauffement climatique n’est plus à chercher : Arctic Monkeys fait fondre les cœurs, et la banquise avec.

Le rap reprend sa place, immédiatement après, sur la scène Kerouac, incarné par un Disiz au sommet de son art : sans fatigue apparente, faisant l’amour avec son cœur, pas avec son corps, le compositeur-interprète délivre un message parfois sévère – avec MC, en particulier… – , souvent amusant – « Et mon cul, c’est du K.F.C. » – mais toujours sensible et systématiquement juste. Disiz ne sera peut-être pas disque de platine, mais sa « Transe Lucide » est sans conteste le disque utile qu’il ambitionne d’avoir écrit. Kamikaze amoureux, adepte de l’autodance, le rappeur français prouve une nouvelle fois que l’identité est une création perpétuelle, et que la France a le pouvoir de s’inventer.

Après l’apologie du rap, place à la maestria de Wesley Pent, le Diplo des platines, qui mixe et remixe avec bonheur des morceaux puissants et composites, qui mérite à raison de figurer parmi les dinosaures de l’électro contemporaine.

Au même moment, sur la scène Glenmor, débarquent – d’une autre planète, manifestement, et tant mieux ! – les flamboyants de Shaka Ponk, dont la prestation impressionne et déchaîne encore et encore, à chaque morceau, en dépit de l’heure tardive, l’enthousiasme d’un public innombrable. Servis par une mise en scène d’une exceptionnelle technicité – les singes qui leur servent d’animal totémique sont magnifiquement rendus –, par une énergie débordante et un sens quasi diabolique du rythme, Shaka Ponk tient la cadence jusqu’à la fin. De « Te gusta me » à « Sex Ball », en passant par une réinterprétation vibrante de « Get up, stand up ! », les créateurs du collectif le plus génialement simiesque de l’histoire déclarent au public qu’il est le meilleur spectacle. La réciproque est vraie.

La programmation de ce dimanche, dernier jour de festival, est à retrouver sur le site officiel des Vieilles Charrues.

Thibaut Tretout et Gweltaz Le Fur

Visuel : (c) affiche du festival

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